À l’inauguration de l’exposition, Jean-Louis Mainguy, le patriarche Raï, le nonce apostolique, Mgr Gabriele Caccia, et Mgr Boulos Matar, archevêque de Beyrouth.
Une exposition d'une très rare collection d'objets liturgiques a été inaugurée hier à la villa Audi. Don de Jean-Louis Mainguy, membre de l'Association libanaise des chevaliers de Malte, la collection comprend plus de 450 pièces d'orfèvrerie du XVIIe au XIXe siècle, d'objets en bronze ciselé, de reliquaires et d'ex-voto, de peintures, de livres rares et d'objets d'art. Elle se prolongera jusqu'à la fin du mois de janvier 2017.
L'inauguration de l'exposition a eu lieu en présence du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, ainsi que du nonce apostolique, Mgr Gabriele Caccia, du président de l'Association libanaise des chevaliers de Malte, Marwan Sehnaoui, ainsi que de Raymond Audi et de l'évêque maronite de Beyrouth Mgr Boulos Matar.
Dans son mot de bienvenue, Marwan Sehnaoui a tenu à rendre hommage à « cette collection exceptionnelle et unique qui est à l'image de ce que disait Platon : "Le beau est l'expression physique du vrai." Dans chacun de ces objets se retrouve l'âme de ceux qui ont voulu rendre louange au Seigneur, à l'instar de l'œuvre de l'Ordre de Malte, qui par son action auprès des pauvres, des malades, des personnes âgées et handicapées sans aucune distinction sert le Seigneur lui-même », a-t-il rappelé. Quant au patriarche, il a exprimé tout son étonnement devant cette merveilleuse collection en gratifiant l'Ordre de Malte d'un label de qualité et d'élévation tel que cela peut être constaté au travers de toute son œuvre au Liban. Il a terminé en disant : « Pour moi, être parmi vous ce soir est plus qu'un honneur, c'est un privilège. »
Soif de découverte
La collection a donné lieu à la parution, aux éditions de la Fondation Audi, d'un ouvrage d'art retraçant l'historique de chacune des pièces, avec une documentation et un avis d'expert qui l'accompagnent. Ce magnifique ouvrage de plus de 500 pages est vendu au profit des œuvres de l'Ordre de Malte au Liban à la villa Audi. Il s'ouvre sur un avant-propos du donataire, Jean-Louis Mainguy, dont nous reproduisons ici l'essentiel :
« Cette collection a commencé à Beyrouth un matin de mai 1980. Un voisin qui habitait comme moi la rue Ruchaid el-Dahdah (petite rue reliant la rue Monnot à la rue du Liban, dernière rue habitée avant la ligne verte qui coupait Beyrouth en deux quartiers bien distinctes) m'apporta un ciboire en or qu'un jeune combattant avait trouvé dans les décombres du centre-ville... J'acceptai ce présent inattendu à la seule condition qu'il ne fût pas volé, mais véritablement trouvé... Ce point me fut confirmé par le combattant en question dont le seul but, à ses dires, était de préserver cette pièce sacrée qu'il avait découverte lors d'une de ses inspections dans les ruines du Vieux Beyrouth, et, pour confirmer sa bonne foi, il n'accepta aucun dédommagement en contrepartie de son geste. Je conservai cet objet de culte pour ce qu'il représentait de symbole spirituel sauvé des violences de la guerre du Liban, dans l'espoir qu'un jour il puisse rejoindre l'une des cathédrales reconstruites du centre-ville.
« C'est en mai 1997, dix-sept ans plus tard, à l'occasion de la visite de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II au Liban, que cet objet trouvait enfin son sens et sa destination. Je décidai de l'offrir à Sa Sainteté comme symbole de la permanence de la foi chrétienne au pays du Cèdre (...).
« Commence alors une quête personnelle, doublée d'une soif de découverte du sens profond de l'objet sacré, de sa signification, de son évolution et de son aboutissement. Commence alors l'aventure d'une collection constituée au fil des ans autour du moment fondateur de notre foi qu'est le mystère de l'eucharistie. Commence alors la découverte de la démesure qui a conduit depuis des millénaires l'homme à vouloir pour Dieu le plus beau des espaces de prière, le plus élaboré des ouvrages, le plus précieux des objets de culte réalisés "à l'échelle du Seigneur" et de sa perfection.
« Cette aventure, je ne m'en doutais aucunement alors, devait me mener d'antiquaires en collectionneurs, de ventes aux enchères en experts en art liturgique. Cette tranche de vie se doublait aussi d'un engagement auprès des œuvres de l'Ordre souverain de Malte, au sein duquel, après mes années de noviciat et de vœux simples, je devais prononcer les trois vœux monastiques que sont les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ; ces vœux me conduisaient bien naturellement au détachement de tous les biens terrestres pour me consacrer dorénavant au service du Seigneur, de sa Parole, et au service de celles et de ceux qui sont le reflet de son visage en ce monde, nos seigneurs les pauvres et les malades. »
Ce qu'il y a de mieux pour ce qu'il y a de plus précieux...
Expert en art sacré et orfèvrerie religieuse au Liban, Patrice Biget, qui signe un billet dans l'ouvrage consacré à l'exposition, en témoigne par ces mots : « La diversité de ce que j'avais sous les yeux est un exemple des plus significatifs de ce que les artistes et artisans ont produit de mieux au XVIIIe et au XIXe siècle, la plupart du temps d'ailleurs en France, et ce dans l'unique but de servir la gloire de Dieu et de l'Église.
« (...) C'est dans l'ombre des couvents ou dans l'anonymat des ateliers, des fonds de cour qu'ont été façonnés avec patience et minutie ces objets qui nous accompagneront dans l'accueil de ce qu'il y a de plus précieux pour nous, chrétiens, le saint sacrifice du Christ, la vénération de la Très Sainte Vierge, les reliques des martyrs. »
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