Le peuple descend régulièrement en masse dans la rue pour exiger la démission de la présidente Park Geun-hye. Kim Hong-ji/Reuters
Les députés sud-coréens ont entamé hier une série d'auditions inédites et ont soumis l'élite entrepreneuriale du pays au feu de leurs questions sur le retentissant scandale de corruption dans lequel est impliquée la présidente qui est menacée ainsi de destitution.
Les puissants chefs de conglomérats familiaux, les fameux « chaebols » sud-coréens comme Samsung et Hyundai, figurent parmi ceux qui seront entendus par une enquête parlementaire, avant un vote sur une destitution de la présidente Park Geun-hye vendredi. Le scandale est centré sur la confidente de l'ombre de Mme Park, Choi Soon-sil, soupçonnée d'avoir extorqué à des groupes industriels des « dons » de près de 70 millions de dollars versés à deux fondations douteuses. La présidente est accusée de complicité avec son amie de 40 ans, arrêtée début novembre pour fraude et abus de pouvoir et accusée d'avoir détourné une partie des « dons » à des fins personnelles.
Dans le cadre de leurs auditions télévisées, les députés ont entendu hier du personnel de la présidence sud-coréenne, alors que le peuple descend régulièrement en masse dans la rue pour exiger la démission de Mme Park. Mme Choi, qui dément toutes les accusations, a été convoquée par le Parlement pour demain. Mais l'intéressée a fait savoir qu'elle ne s'y rendrait pas pour raisons de santé. D'après les députés, elle risque une peine de prison pour outrage.
Ressentiment de l'opinion
Les enquêteurs du Parlement devaient entendre aujourd'hui divers patrons, dont l'héritier présomptif de Samsung Lee Jae-yong, le président de Hyundai Chung Mong-koo et sept autres capitaines d'industrie. Figurant parmi les personnalités les plus riches et les plus puissantes de Corée du Sud, le « Choigate » a mis en lumière le ressentiment de l'opinion envers ce qui est perçu comme leur situation privilégiée en ces temps de ralentissement de la croissance.
D'après des sources entrepreneuriales citées par le journal Chosun Ilbo, nombre de ces magnats se préparent frénétiquement pour éviter toute humiliation publique, avec des réponses apprises par cœur. Les dirigeants de « chaebols » n'ont pas l'habitude de répondre aux questions ou de se justifier, y compris aux yeux de leurs actionnaires. « Cela fait partie de la culture entrepreneuriale viciée de Corée du Sud, profondément enracinée, que de traiter les familles fondatrices comme si c'était la royauté », explique Shim Jung-taik, auteur de plusieurs ouvrages sur Samsung. « En temps normal, aucun d'entre eux n'aurait participé à ces auditions. Mais la colère de l'opinion publique (...) est trop forte pour être ignorée, même par le gratin », dit-il.
C'est Samsung, le plus grand groupe du pays, qui a le plus donné aux fondations de Mme Choi 20 milliards de wons (17 millions de dollars), suivi par Hyundai, SK, LG et Lotte. Le parquet a mené des perquisitions au siège de Samsung parmi d'autres. Le groupe est aussi accusé d'avoir financé à hauteur de plusieurs millions d'euros la formation équestre de la fille de Mme Choi en Allemagne. L'enquête judiciaire s'est élargie et le parquet veut savoir si Samsung a fait pression sur le gouvernement pour obtenir le soutien de la Caisse nationale de retraite lors d'une fusion controversée en 2015.
(Source : AFP)


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