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Liban

Chebaa : le 8 Mars alimente des rumeurs sécuritaires creuses

Éclairage
01/12/2016

En fin de semaine dernière, le président de la Chambre, Nabih Berry, avait dit redouter une réédition de la bataille de Ersal de 2013, cette fois à Chebaa, au Liban-Sud. Ses craintes d'une infiltration de terroristes, en provenance de Syrie, dans cette zone limitrophe à majorité sunnite feraient suite à ce qu'il décrit comme une intensification des combats au niveau de villages syriens situés sur le flanc est du mont Hermon, notamment Beit Jinn, le village du sud de la Syrie le plus proche de Chebaa.
Mais selon des informations de terrain, relayées à L'Orient-Le Jour par le général Khalil Hélou, analyste, la zone en question de Beit Jinn et ses environs « n'est le terrain d'aucune bataille à l'heure actuelle ».

S'étendant sur 5 km de large et 20 km de long, située à dix kilomètres de la frontière libanaise, cette zone, occupée principalement par l'Armée syrienne libre (et des éléments minoritaires d'al-Nosra), est encerclée par l'armée syrienne régulière. À moins que le président de la Chambre ne détienne des informations sur l'intention du régime syrien de mener une offensive sur cette zone, ses craintes semblent infondées. D'autant que pareille offensive de l'armée syrienne régulière impliquerait une autorisation tacite d'Israël (situé à 5 km de Beit Jinn). En cas d'offensive du régime, l'hypothèse que les factions de l'opposition fuient vers Chebaa ne serait pas à écarter, selon M. Hélou. L'on comprend néanmoins, au regard des données actuelles, que ce « danger » serait, le cas échéant, provoqué par le régime syrien, en accord avec Israël.

L'autre inquiétude du président de la Chambre est qu'Israël ne repousse des groupes armés positionnés dans le Golan, de manière à forcer leur déplacement vers Chebaa. Une entreprise qui, selon le 8 Mars, aurait pour enjeu stratégique de livrer ces groupes à l'assaut du Hezbollah sur le terrain libanais.

Pour mesurer l'ampleur de ce risque, force est de rappeler au préalable la géostratégie de la région de Arqoub-Hasbaya (où se situe Chebaa).
Deux voies d'accès mènent à Chebaa depuis la Syrie. La première conduit à remonter le mont Hermon puis à le dévaler jusqu'à Chebaa, ce qui consiste en 2 800 mètres d'escalade, et 2 800 mètres de descente. Un trajet particulièrement ardu, sans couloirs ni sentiers ratissés, quasi infranchissable par des groupes lourdement armés, ou en tout cas inadapté à un éventuel assaut contre le village libanais, surtout que l'armée libanaise est déployée sur tout le périmètre interne du mont Hermon.

La seconde voie d'accès à Chebaa, un choix plus vraisemblable pour des groupes armés munis d'une artillerie lourde, serait la voie directe qui mène du Golan jusqu'aux fermes de Chebaa.
Cette voie ne pourrait être empruntée que si Israël prend la décision tactique de l'ouvrir aux groupes armés, explique à L'OLJ le président du Comité des citoyens du Arqoub, Mohammad Hamdan. Depuis la fin du mois d'août dernier, Israël mène sur cette voie des travaux d'aménagement de deux routes au-delà de la ligne bleue, en transgression des fermes de Chebaa. Le Comité des citoyens du Arqoub s'était insurgé contre ces mesures. Outre les manifestations observées alors à Chebaa, une rencontre avait eu lieu entre des représentants des habitants et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, afin que des mesures soient prises à l'échelle de l'ONU. Sur le terrain, l'intervention de la Finul, à la demande des autorités locales, avait conduit à faire cesser les travaux, mais seulement ponctuellement, M. Bassil n'ayant pas transmis l'affaire aux chancelleries, rapporte M. Hamdan, qui fait assumer la responsabilité de la poursuite de ces travaux « aussi bien au palais Bustros qu'à l'ONU ».

 

(Lire aussi : Hamdan : Aucun extrémisme ou terrorisme ne sera toléré dans le Arkoub)

 

Des travaux illégaux qui, du point de vue du 8 Mars, établiraient une situation de non-droit à même d'inciter des éléments armés syriens à s'infiltrer vers Chebaa, sans qu'Israël n'ait à y répondre directement. Mais pour Mohammad Hamdan, « toute infiltration d'éléments armés par cette voie serait une déclaration de guerre ouverte par Israël contre le Liban ». Un scénario que M. Hamdan juge, pour l'instant, inopportun.

Il faut savoir en outre qu'au niveau du Golan syrien, le seul groupe armé qui pourrait se voir contraint à un éventuel déplacement est le groupe de l'État islamique cloisonné à Quneitra (à l'extrémité du Golan), entre Israël et la Jordanie, d'une part, et l'Armée syrienne libre de l'autre, constate M. Hélou. Depuis hier soir, selon des informations de dernière heure qu'il rapporte à L'OLJ, près de 1 000 soldats de la FNUOD (force des Nations unies chargée d'observer le désengagement au Golan), qui s'étaient retirés du Golan, ont commencé à s'y redéployer. Un redéploiement qui semble faire suite à un accord tripartite entre Israël, la Russie et le régime syrien, avec pour objectif une offensive contre la poche de l'EI. Mais spéculer sur une fuite de ce groupe (ex-ASL et en nombre limité) jusqu'à Chebaa serait pour le moins hâtif. D'autant que Chebaa s'assimile plus à une impasse (de surcroît dangereuse) qu'à un débouché.

Cette région se targue de s'être auto-immunisée contre le terrorisme, en dépit de l'adhésion de certains de ses habitants au salafisme. « Ce n'est pas parce que la région est sunnite qu'elle est ipso facto favorable à la présence de groupes armés », affirme ainsi M. Hamdan. Des onze mille déplacés ayant afflué vers le Arqoub et Hasbaya (dont 7 000 à Chebaa) depuis le début du conflit syrien, la région n'en compte plus que 6 000 (dont 4 000 à Chebaa), rapporte-t-il.

De nombreuses contraintes (perquisitions surprises, couvre-feu strict...) auraient incité bon nombre de ces déplacés à opter finalement pour un retour en Syrie. Au niveau de la communauté interne des habitants, il est entendu que tout lien soupçonné entre des salafistes et des groupes de déplacés conduira à la marginalisation des premiers. La gestion de la présence des déplacés est coordonnée depuis trois ans par une instance regroupant toutes les autorités municipales, civiles et politiques de la région (qui compte le Parti socialiste progressiste, le courant du Futur, la Jamaa islamiya, le Parti démocratique libanais, le Parti syrien national social, le Parti communiste...).

Une immunité interne qui s'ajoute à la double protection de l'armée et de la Finul dans la région.
« Tout élément armé qui fait un pas dans le village fera face à une confrontation directe avec l'armée », conclut M. Hamdan, qui se dit « peu inquiet, mais prudent ». Le Comité des citoyens du Arqoub aurait d'ailleurs demandé à l'armée de renforcer ses effectifs dans la région.

Entre-temps, les rumeurs sécuritaires vont bon train au Liban, la dernière en date portant sur une possible expansion du Front al-Nosra vers Chebaa, qui ferait suite à la chute d'Alep. Ces rumeurs occultent, selon M. Hélou, l'existence d'îlots d'opposition autour de Damas (Khan el-Cheikh, Rakbé, Yarmouk, el-Tall...), devant servir de choix prioritaire aux combattants fuyant Alep. Pour l'instant, en tout cas, « aucun indice sur le terrain syrien ne permet de prévoir un afflux de combattants, quels qu'ils soient, vers Chebaa », conclut M. Hélou.

 

 

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LES PSEUDOS DIVINS RACONTENT UN TAS DE BOBARDS POUR ESSAYER D,ARRETER LE CHANGEMENT DE BOUSSOLE... LE TEMPS AVANCE. IL NE RECULE PLUS...

BOSS QUI BOSSE

Article fait pour endormir la résistance du hezb , qui de toute façon ne dort pas et comme étant aux 1eres lignes sait ce qui se passe et interviendra pour empêcher les bactéries et leurs sponsors israéliens qui les soignent et les arment de s'infiltrer.

ON NE DORT QUE D'UN OEIL DEPUIS LA RACLÉE QUE SE SONT PRIS LES PRÉDATEURS ISRAÉLIENS EN 2000 ET 2006 .

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