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Nos lecteurs ont la parole - Fouad J. Tabet

Lettre ouverte aux trois présidents

À Son Excellence monsieur Michel Aoun, président de la République
À Son Excellence monsieur Nabih Berry, président de la Chambre
À Son Excellence monsieur Saad Hariri, président du Conseil, nommé.

Ce n'est pas sans appréhension que je m'adresse à vous trois, à l'aube de ce que l'opinion publique et politique appelle «une nouvelle ère». Certains lecteurs considéreront les idées avancées d'utopiques, toutefois, telle est la réalité de notre vie politique. Aujourd'hui, vous êtes confrontés comme vos prédécesseurs à une situation politique inextricable. Devant les faits accomplis de cette vie politique, vous êtes obligés, et serez obligés dans les jours, les mois et les années à venir, de continuer à faire des
compromis.
En effet, il vous manque la bonne semence qui engendrera un pays stable et sans ambages: le sens de la citoyenneté. Les peuples du Liban sont à la recherche de leur identité. Vous n'êtes pas sans savoir que le Liban vit une période de son histoire confuse et trouble: confuse, en raison des courants politiques intérieurs qui ne font que s'entrechoquer. Trouble, en raison des interférences des puissances, régionales et internationales, qui s'intéressent au Liban, sans trop savoir pourquoi!
Le Liban est un pays peuplé de populations essentiellement religieuses, d'ailleurs représentées au sein du Parlement libanais. C'est un pays de 10 452 km2 qui n'a en son sein aucun citoyen qui puisse se dire «libanais». Que représente un pays sans citoyen?
Il manque à ce pays un dénominateur commun à toutes ces religions, à savoir la citoyenneté, et son sens: droits et devoirs.
En effet, les peuples du Liban sont avant tout des citoyens d'une religion (si l'on pouvait donner à la religion une citoyenneté) et non pas des citoyens d'un État. Depuis l'indépendance du Liban en 1943, deux hommes d'État, le président cheikh Béchara el-Khoury et le président Riad el-Solh, ont essayé de créer et d'éduquer ce citoyen; il a fallu l'assassinat en 1952 du président du Conseil libanais, monsieur Riad el-Solh, à Amman, lors d'une visite protocolaire, pour que ce processus échoue.
Depuis ce temps, le Liban vit aux soins intensifs, il ne s'est pas trouvé un seul chef d'État, un seul chef de parti, pour présenter un projet d'éducation nationale, à faire entériner par toutes les forces politiques en présence et imposer les statuts exceptionnels pour l'éducation d'un citoyen libanais. Celui-ci ne peut naître d'une génération spontanée, particulièrement dans un pays composé de populations hétéroclites et d'une mosaïque de religions, de traditions et d'histoires diverses. C'est un chemin qui doit passer par la cellule familiale, la mosquée, l'église, le primaire, le secondaire et l'universitaire avant d'éclore. À chaque nouvelle génération émergent des groupes de jeunes qui appellent, toutes communautés confondues, à la formation et l'éducation d'un citoyen libanais.
Malheureusement, dans les mois qui suivent ces initiatives, les forces politiques présentes se hâtent de détruire ces illusions.

Messieurs les présidents,
Face à de tels faits, que vous avez connus durant votre parcours politique, et si vraiment vous êtes animés du sentiment de vouloir créer «une nouvelle ère» pour ce pays, réunissez-vous et agissez pour préparer, ou faire préparer par une commission les règles d'une charte du citoyen libanais de demain. Même si cette entreprise va prendre un certain temps et même s'il faudra sacrifier certaines tendances politiques, à vos dépens, l'enjeu en vaut la peine.
Vous aurez alors accompli envers et contre tous (au niveau national et international) le seul moyen de nous sortir de l'imbroglio libanais: il s'agira, tout en préservant la spécificité de toutes les religions et l'équilibre politique – essentiel pour ce pays –, de faire sentir à ces peuples qu'ils appartiennent à une seule nation: séparation du religieux et de l'État, laïcité, ou une autre formule; ce sera votre responsabilité de trouver la solution.
C'est alors que vous aurez gagné la bataille des batailles, en éduquant «un Libanais».
Vous êtes-vous jamais posé la question de savoir pourquoi l'armée libanaise a sauvegardé jusqu'à ce jour cette nation? Ses officiers, soldats sont soumis à longueur de journées, de mois et d'années à des programmes d'éducation qui leur rappellent leur appartenance à un seul pays : le Liban.
Sinon, «nouvelle ère» ou pas, vous devrez vous résoudre, tous les trois, à laisser ce pays louvoyer et se «débrouiller» avec les moyens actuels du bord, sans grande illusion d'un changement: qu'en serait-il alors des bons vœux du «Changement et des réformes»?

Fouad J. TABET

À Son Excellence monsieur Michel Aoun, président de la RépubliqueÀ Son Excellence monsieur Nabih Berry, président de la ChambreÀ Son Excellence monsieur Saad Hariri, président du Conseil, nommé.
Ce n'est pas sans appréhension que je m'adresse à vous trois, à l'aube de ce que l'opinion publique et politique appelle «une nouvelle ère». Certains lecteurs considéreront les idées avancées d'utopiques, toutefois, telle est la réalité de notre vie politique. Aujourd'hui, vous êtes confrontés comme vos prédécesseurs à une situation politique inextricable. Devant les faits accomplis de cette vie politique, vous êtes obligés, et serez obligés dans les jours, les mois et les années à venir, de continuer à faire descompromis.En effet, il vous manque la bonne semence qui engendrera un pays stable et sans ambages: le...
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Selon une version officielle de l'époque, l'assassinat de Riad el-Solh à Amman le 17 juillet 1951 par le PSNS eut lieu afin de venger l'exécution d'Antoun Saadé, fondateur du PSNS, le 7 juillet 1949 par l'Etat libanais.

Annie

17 h 12, le 25 novembre 2016

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  • Selon une version officielle de l'époque, l'assassinat de Riad el-Solh à Amman le 17 juillet 1951 par le PSNS eut lieu afin de venger l'exécution d'Antoun Saadé, fondateur du PSNS, le 7 juillet 1949 par l'Etat libanais.

    Annie

    17 h 12, le 25 novembre 2016

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