Alain Juppé. Photo AFP
Alain Juppé, Premier ministre conspué, condamné, puis absous par ses années bordelaises, est un orgueilleux devenu populaire qui fait figure de miraculé dans la vie politique française.
Entré en politique en 1976, quand Jacques Chirac, alors Premier ministre, cherche « un normalien sachant écrire », Alain Juppé a fait toute sa carrière dans les ombres et les lumières de l'ancien président. Un lien « quasi filial » revendiqué par l'un et l'autre : « le fils préféré » de celui qui l'a décrit comme « probablement le meilleur d'entre nous ».
Originaire de Mont-de-Marsan, Alain Juppé, comme Mitterrand, petit, voulait être pape.
Après une enfance heureuse, et une adolescence assez solitaire, à lire ou écouter Bach ou Beethoven dans sa chambre, c'est le parcours complet du premier de la classe : Normale Sup, l'agrégation de lettres classiques, l'Ena. Le goût des lettres ne l'a jamais lâché : un jour, en pleine campagne de la primaire, voyant l'heure avancer, il abrège devant un millier d'élus locaux car il va voir Britannicus. Ou il poste sur son blog un billet sur Chateaubriand un dimanche.
Ce surdoué longiligne au crâne dégarni se taille rapidement une réputation de belle mécanique intellectuelle, et de technocrate froid. Cela lui vaut le surnom d'Amstrad, marque d'ordinateurs des années 80. Collaborateurs dont il a oublié le prénom, ex-ministre qu'il n'a pas salué, député qu'il n'a jamais rappelé... Les anecdotes se multiplient pour montrer qu'il lui manque cette pâte humaine dont sont faits les présidents, et que son arrogance le perdra.
« Je suis orgueilleux, c'est-à-dire que j'ai une certaine idée de ce que je suis et ça me joue parfois des tours dans la relation avec les autres », résume ce pudique, qui dit « ne pas aimer l'introspection ». « C'est un homme qui n'exprime jamais de doute, d'où son air de grand sage. Et, très habile, il attend pour réagir d'avoir vu comment tourne l'opinion », critique un de ses adversaires locaux.
En politique, il a gravi tous les échelons, traversant le RPR et l'UMP qu'il a présidés. De conseiller technique, il est devenu député (1986), puis ministre du Budget pendant la première cohabitation, des Affaires étrangères pendant la deuxième, et Premier ministre de Jacques Chirac entre 1995 et 1997.
Vient ensuite sa chute, avec en 2004 la condamnation en appel à 14 mois avec sursis et un an d'inéligibilité pour l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, dont il a géré les finances pendant des années. « Ça a été l'épreuve la plus terrible de sa vie », a récemment témoigné son fils. Après un exil professoral au Québec, il reprend en 2006 du service à Bordeaux, dont il a déjà été maire (1995-2004) et député. « Oui, j'ai transformé Bordeaux et Bordeaux m'a transformé ! » lançait-il récemment. « Son expérience de maire l'a humanisé », vante un soutien.
Éphémère ministre de l'Écologie en 2007, il réintègre le gouvernement de 2010 à 2012 (Défense puis Affaires étrangères).
Fin août 2014, sans prévenir personne, il annonce sur son blog sa candidature à la présidentielle. « Il sait que c'est la dernière fois, il est déterminé », explique un de ses proches.
À droite comme à gauche, il y a unanimité sur son sens de l'État.
Déborah CLAUDE/AFP


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