Des Libanaises, accompagnées de leurs enfants, dénoncent la loi qui leur interdit de transmettre leur nationalité à leurs familles.
En face de l'ambassade de France, rue de Damas, des enfants portent le drapeau libanais et répètent par cœur des chansons patriotiques diffusées par les haut-parleurs. Ces enfants vivent au Liban, se sentent libanais et se reconnaissent comme tels. Et pourtant, ils ne le sont pas.
La campagne Ma nationalité, mon droit pour moi et ma famille a observé hier un sit-in en face de la chancellerie française, à l'occasion de la fête de l'Indépendance. À midi, des femmes et leurs enfants, de jeunes hommes ou de petites fillettes, se sont rassemblés pour revendiquer le droit d'être citoyens libanais à part entière.
Karima Chebbo, coordinatrice de la campagne, a expliqué à L'Orient-Le Jour le choix de la date et du lieu du sit-in. « Nous fêterons dans deux jours l'Indépendance du pays, et nous trouvons qu'il n'y aura jamais une véritable indépendance sans des lois indépendantes de toute notion sexiste ou xénophobe », a-t-elle affirmé.
Quant au lieu du sit-in, Mme Chebbo précise qu'il s'agit d'un choix symbolique. « La loi interdisant à la femme libanaise la transmission de sa nationalité à sa famille date de 1925, année où le Liban était toujours sous mandat français. Le pays a plus tard eu son indépendance, en 1943, alors que la loi est toujours en vigueur jusqu'en 2016 », dit-elle. De son côté, la présidente du Conseil national de la femme, Iqbal Doughan, a réaffirmé que « le sit-in devant l'ambassade de France n'est pas contre la France, un pays que nous respectons et qui a modifié ses lois pour assurer à la femme le droit de transmettre sa nationalité ». « Nous sommes là aujourd'hui pour nous adresser à l'État libanais et combattre la mentalité patriarcale qui empêche les femmes d'être sur un pied d'égalité avec les hommes », poursuit-elle.
Ces propos sont soutenus par les manifestants, grands comme petits, qui brandissent des pancartes sur lesquels sont écrits à la main des slogans tels que: « Nous demandons une loi fabriquée au Liban », « Une loi de 1925 est une loi obsolète », ou encore « Nos enfants ne sont pas des étrangers, vos lois sont étrangères. »
(Lire aussi : Mitri : L’implantation des réfugiés, un prétexte pour ne pas octroyer le droit de transmission aux femmes)
Les droits les plus « élémentaires »
Hanadi est mariée à un non-Libanais. Ils ont quatre enfants qui sont nés au Liban, qui ont vécu au Liban et qui sont intégrés dans des écoles libanaises. « Si un jour ma fille veut devenir architecte, elle ne le pourra pas. Elle n'a pas le droit de choisir le métier qui la passionne parce qu'elle doit opter pour celui qu'elle pourra exercer sans devoir passer par un syndicat », dit-elle. « Ce sont les droits les plus élémentaires qui sont interdits à mes enfants », se plaint la maman.
La fille de Hanadi, malgré son bas âge, est au courant de la situation des enfants des Libanaises mariées à des non-Libanais. « Je suis libanaise et je ne comprends pas en quoi je suis différente de ma camarade de classe qui, elle, a droit à la nationalité. Maman, pourquoi je ne suis pas libanaise ? » s'interroge la fillette. Mourad, un jeune garçon tenant la main de sa mère, souffle un petit « oui » lorsqu'on lui pose la question « Est-ce que tu es libanais ? ». Aux responsables, Mourad n'a qu'une seule chose à dire: « Nous voulons la nationalité. »
Ibtissam est veuve. Elle s'est mariée à un Syrien en 1982. « J'ai travaillé dur pour élever mes six enfants, quatre garçons et deux filles, qui n'ont aucun avenir dans leur pays », raconte-t-elle avec amertume. « Les garçons ne cessent de me répéter qu'ils ne se marieront pas tant qu'ils ne peuvent pas trouver un emploi et un logement », ajoute-t-elle.
En réponse aux propos du président du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, comme quoi il était favorable à une loi permettant à la femme de transmettre la nationalité à ses enfants, mais qu'il fallait exclure les femmes mariées à des Palestiniens ou des Syriens « pour préserver notre terre », Karima Chebbo affirme que « l'obtention d'un droit ne devrait pas passer par des exclusions xénophobes ». « Nous avons tout le temps qu'il faut pour lutter pour le droit de la Libanaise à transmettre sa nationalité à sa famille, quelle que soit la nationalité de son mari. Nous ne baisserons pas les bras », conclut-elle.
Pour mémoire, cette série de témoignages recueillis en 2014
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La campagne Ma nationalité, mon droit pour moi et ma famille a observé hier un sit-in en face de la chancellerie française, à l'occasion de la fête de l'Indépendance. À midi, des femmes et leurs enfants, de jeunes hommes ou de petites fillettes, se sont rassemblés pour revendiquer le droit d'être citoyens libanais à part entière.
Karima Chebbo, coordinatrice de la campagne, a expliqué à L'Orient-Le Jour le choix de la date et du lieu du sit-in. « Nous fêterons dans deux jours l'Indépendance du pays, et nous trouvons qu'il n'y aura jamais...

