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Liban

Pour Élie Aboud, la double identité est une clé de la réussite

Interview

Le député français d'origine libanaise et cardiologue confie, dans l'ouvrage « Élie Aboud, la République au cœur », sa vision de sa carrière et de son engagement politique.

16/11/2016

Né au Liban, Élie Aboud est un médecin et un homme politique français, membre du parti Les Républicains. Il a effectué il y a quelques jours une visite au Liban à l'occasion, notamment, de la présentation de Élie Aboud, la République au cœur, un livre d'entretiens signé Luc Gras (Éditions du Mont), au Salon du livre francophone de Beyrouth. Lors de ce bref passage au Liban, L'Orient-Le Jour l'a rencontré pour retracer son parcours aussi bien professionnel que politique.
À 16 ans, le bac en poche, Élie Aboud quitte le Liban lorsque la guerre éclate en 1976, pour suivre des études de médecine à Montpellier. Il devient cardiologue et par la suite chef du service de cardiologie à l'hôpital de Narbonne (Sud). Touché par « le virus politique qui a totalement envahi (son) esprit », le jeune médecin se fraye un nouveau chemin. Il débute sa carrière politique comme élu local dans la ville de Béziers. D'abord conseiller municipal, puis premier adjoint au maire de Béziers, il devient suppléant et enfin député de l'Hérault en 2007. Réélu en 2012, il continue d'exercer sa fonction de parlementaire et compte se présenter pour un troisième mandat.
Dans Élie Aboud, la République au cœur, l'intéressé raconte sa double appartenance, son attachement à son pays natal, son amour pour la République et ses valeurs. Pour lui, sa double identité est la clé de la réussite : « La France m'a façonné et je pense que ma touche orientale m'a aidé dans mon évolution politique. Mon esprit méditerranéen me rend proche des gens... Et comme ma circonscription est située en bordure de mer, cette culture d'ouverture est fortement appréciée. »
« Membre du groupe d'amitié France-Liban, je me rends très souvent au Liban où mes parents, mes amis, mes compatriotes vivent, et me tiens informé de la situation », ajoute le cardiologue. « Le Liban me concerne et j'éprouve encore aujourd'hui le besoin de compenser mon manque d'implication dans ma terre natale, dû à la guerre et à mon départ forcé. »

Accusé d'extrémisme
« Marqué par une période bouillonnante, une situation souvent explosive au pays du Cèdre, j'avais du mal à comprendre, à concevoir l'existence d'un État à l'intérieur de l'État, à accepter l'irrespect basique des valeurs de la nation. Je voulais écarter ce danger de la France. J'ai travaillé alors d'arrache-pied sur des propositions de loi et des amendements instaurant la conformité aux valeurs républicaines et à ses symboles. D'autant plus que j'y palpais un état d'esprit, une tendance au développement de "la culture de l'excuse", susceptible d'entraîner l'affaiblissement de l'État », souligne-t-il. Ce qui explique, poursuit-il, ses propositions de loi sur l'interdiction de drapeaux étrangers hissés à l'intérieur des mairies ou sur leurs façades, de siffler la Marseillaise... et la mise en place de moyens répressifs afin de préserver l'honneur des emblèmes du pays. « On m'a accusé d'extrémisme alors que mon humanisme, mes idées philosophiques, mes engagements m'opposent totalement au Front national. Ainsi, j'ai éprouvé le besoin d'écrire, d'exprimer, d'exposer la raison de l'orientation de mes travaux ; de raconter ma rencontre avec la République, de dévoiler mon vécu au Liban durant cette tranche d'âge de 3 à 16 ans où l'on n'est pas encore ouvert au monde. Et de témoigner de ce que j'ai vu, compris et appris de la vie. Mon expérience politique a enrichi toute ma vie mais m'a éloigné (non sans douleur) de ma carrière médicale. J'ai tourné la page par respect pour le mandat et pour tous ceux qui m'ont élu », dit-il encore.

La situation au Liban
« Nous avons été témoins en 1976 de la guerre des autres chez nous, de conflits d'États voisins sur notre territoire. Le Liban explosait, tandis que dans les pays arabes régnait tout juste une tension politique. Alors qu'actuellement, face à la situation volcanique dans la région du Moyen-Orient, le Liban est militairement plus ou moins épargné », souligne Élie Aboud. Pour lui toutefois, le véritable danger était la vacance de la présidence de la République. « Certains ont pu penser à tort que le pays pouvait continuer à fonctionner sans président », lâche-t-il. Le rôle et la tâche du chef de l'État ne seront pas faciles, estime-t-il, listant une série de défis de taille : « Comment concilier l'inconciliable ? Le président (...) va-t-il pouvoir satisfaire simultanément les intérêts du Hezbollah et du bloc du Futur, diamétralement opposés ? Sans oublier la fracture profonde entre sunnites et chiites dans les divers pays arabes... Face aux innombrables embûches en perspective, le nouveau locataire de Baabda devrait "user de magie pour sortir de son chapeau" un accord géostratégique qui réussira à concilier les intérêts des différents protagonistes et répondre à leurs attentes. »
Sur le lien qu'il a gardé avec le Liban, le député confie : « Je suis très attentif au devenir du pays de mes ancêtres. Car la France et le Liban ont un lien particulier, historiquement très ancien. C'est la raison pour laquelle mon séjour à Beyrouth cette fois-ci a pour but d'établir une convention entre la faculté de médecine de Montpellier et celle de l'Université libanaise, qui renforcera la coopération entre les deux institutions. » Cet accord permettra, détaille-t-il, un échange de professeurs de Montpellier prêts à consulter au Liban, d'internes, de formations d'équipes pluridisciplinaires. « Par ailleurs, fidèle à mon habitude, je défends haut et fort la cause libanaise qui me concerne particulièrement, partout, dans mes interventions dans l'hémicycle, dans les émissions télévisées, à tel point que j'ai acquis la réputation "d'expert" dans les crises du Moyen-Orient. Sans oublier le fait que les Libanais de France qui me connaissent savent que je serai à leur écoute, toujours prêt à aider si on me le demande, notamment en cas de problèmes ou de difficultés administratives », conclut-il.

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