Michel Bolasell et André Bonnet.
Un livre à quatre mains. Autrement dit un livre bicéphale avec une écriture toutefois fusionnelle. Les Insurgés de la pauvreté, signé par André Bonet et Michel Bolasell (Philippe Rey-287 pages), et présenté au Salon du livre francophone de Beyrouth, regroupe trente portraits qui ont en commun d'être de grandes figures, des personnages au cœur grand comme ça, ayant bravé la détresse humaine et tenté de triompher de la misère la plus noire. Une leçon de courage, une main tendue vers la fraternité humaine, une volonté de meilleur être pour les plus démunis.
André Bonet, ami du Liban et des Libanais, fondateur du prix des Spiritualités, secrétaire général du prix Méditerranée, auteur entre autres d'ouvrages sur le Curé d'Ars, de sainte Rita et des Chrétiens oubliés du Tibet, a jumelé sa plume avec Michel Bolasell, ex-journaliste, vice-président du Centre méditerranéen de littérature et auteur du Dernier Tango à Buenos Aires et des Derniers jours de Magellan.
Fructueux jumelage pour écrire un livre sur tous ceux qui luttent contre la pauvreté. De saint François d'Assise au XXIIe siècle au pape François en passant par saint Vincent de Paul, sœur Emmanuelle, Mère Teresa, Pedro Meca, Coluche, Muhammad Yunus, Bill Gates, Mark Zuckerberg et le Libanais Frère Jacques (Khalil)...
Trente personnes issues des couches sociales les plus diverses et pratiquant des professions éloignées les unes des autres pour contrer et endiguer l'état lépreux de cette misère qui enfle en ce siècle strident, dominé par un capitalisme sauvage, à la surconsommation vaine et arrogante et à la redistribution des revenus les plus injustes, parfois les plus révoltants et esclavagistes.
Préfacé par Jean-Christophe Rufin, l'ouvrage est une quête et une tentative de réponse à l'état de pauvreté. «Cette pauvreté qui ne sera jamais jugulée au monde», comme le dit Ban Ki-moon.
États et institutions ont beaucoup à faire en cette anarchie sociale et ont la (lourde) tâche de se pencher sur tant de frustration, de manque, de précarité, de fragilité, de vulnérabilité, d'inégalités. Il est évident que la notion de bonheur est incompatible avec le malheur des autres.
Qu'est-ce que c'est qu'un pauvre? Tout ce qui est en dehors, non seulement du pouvoir de l'argent et de la monnaie, mais tout exclu des connaissances, du confort basique, de la culture, de l'éducation, du savoir, de la propreté, de l'habillement décent, d'un ventre qui ne crie pas faim et famine, d'une hospitalisation et médicamentation accessibles et adéquates. Et la liste est bien longue quand on pense aux tas d'immondices à Calcutta, au Bronx de New York et à ses SDF, aux camps des réfugiés partout dans le monde, aux cimetières habités du Caire, aux effarantes horreurs des villages les plus démunis d'Afrique... Et on n'a pas tout dit!
Voilà un livre qui jette la lumière sur les besoins du monde à travers des hommes et des femmes qui ont contribué, chacun à sa manière, à soulager les maux des moins nantis (et chanceux) de tous les habitants de la terre. On ne choisit jamais de naître dans un bidonville ou dans les beaux quartiers ou une zone entre deux nuances....
C'est volontiers qu'on emprunte l'une des dernières formules de la préface de J-C Rufin: «Cette histoire est passionnante. André Bonet et Michel Bolasell ont su trouver la bonne distance et le ton juste pour nous la faire partager. Les figures qu'ils évoquent avec enthousiasme et tendresse sont autant de belles aventures humaines. Elles nous délivrent de nombreux messages et d'abord celui-ci : nous ne sommes pas au bout du chemin. Il reste encore beaucoup à inventer, à tenter, à partager.»
Toutes les religions monothéistes le clament. De la Thora au Coran en passant par l'Évangile, il est clair que la pauvreté, une évidence complexe, demeure toujours tributaire de l'Autre...

