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Liban - Salon Du Livre Francophone

On a tous un héros dans la tête

« C'est avec un langage totalitaire que démarre mon existence et c'est par un autre langage totalitaire que j'arrive au dernier chapitre de ma vie. » Boris Cyrulnik ne mâche pas ses mots lorsqu'il raconte la perversité du monde.

Boris Cyrulnik en conversation avec le Dr Sami Richa. Photo Michel Sayegh

Neuropsychiatre, directeur d'enseignement à Toulon et auteur de nombreux ouvrages, Boris Cyrulnik est, à l'âge de 6 ans, l'un des deux juifs rescapés d'une rafle de 1 700 personnes. Protégé durant la guerre par des chrétiens, « des personnes justes », comme il aime à les nommer, il sera, au moment de la libération, enfin autorisé à vivre librement. D'une famille composée de trente personnes au début de la guerre, il n'en restera que trois, un oncle, une tante qui va le recueillir, et lui-même.
Après 50 années d'aventures psychanalytiques, Cyrulnik avoue que tous les choix des hommes, leurs confessions et leurs visions du monde ne sont qu'un aveu autobiographique, une construction authentique de la personnalité où chacun détient non pas la vérité, mais sa propre vérité.
Neuropsychiatre mais aussi fin observateur de la société, il tente de comprendre le soi et l'altérité en développant dans son dernier ouvrage, Ivres paradis, bonheurs héroïques (éditions Odile Jacob), le concept du héros, la perversité du monde, le langage totalitaire et l'apport des justes.
Partant de son itinéraire tragique, il insuffle un optimisme au cœur des souffrances humaines en démontrant que l'on peut inéluctablement se reconstruire et aspirer au bonheur. Atteint très jeune par la rage de comprendre, il éprouvera le besoin irrépressible d'avoir un héros.

Le héros moderne
Boris Cyrulnik soulève ainsi le problème du « héros » en se posant la question suivante : « L'"héroïsation" constitue-t-elle un mécanisme de défense légitime, une adaptation à un contexte social délabré ? » Pour lui, aucun concept ne peut naître en dehors de son contexte culturel, et les héros sont souvent des remèdes contre la faiblesse, les humiliations et les blessures. Ils sont porteurs de messages idéologiques.

La réflexion avant l'engagement
Dans une situation tragique, le chef doit user de son talent théâtral pour pousser la foule à se prosterner, à se soumettre dans une perte totale de jugement et un désir de sacrifice. Personnifier ce qu'il y a dans le crâne de ses contemporains avec une intensité tout à fait spectaculaire, voilà ce que les dictateurs réussissent à faire, selon Cyrulnik. Dire non, s'opposer, faire un travail de réflexion est nécessaire, mais pas toujours constructif, ajoute-t-il. « Pour ne pas sombrer dans la violence, il faut souvent savoir céder la place et la parole », conseille le neuropsychiatre.

La résistance et le jihad
En comparant l'action de la résistance durant les deux guerres mondiales et les actes des jihadistes d'aujourd'hui, Boris Cyrulnik souligne que « les résistants des deux guerres n'avaient pas le souci d'être reconnus. Ils étaient des soldats de l'ombre alors que les jihadistes ont besoin d'être médiatisés afin de pouvoir suffisamment terroriser les peuples ». Pour lui, le « chef-d'œuvre » du terrorisme reste la journée du 11 septembre 2001 où, en une seconde, le monde entier est interpellé.
La violence est, conclut-il, une valeur adaptative et l'héroïsme est le récit qu'on en fait.

Neuropsychiatre, directeur d'enseignement à Toulon et auteur de nombreux ouvrages, Boris Cyrulnik est, à l'âge de 6 ans, l'un des deux juifs rescapés d'une rafle de 1 700 personnes. Protégé durant la guerre par des chrétiens, « des personnes justes », comme il aime à les nommer, il sera, au moment de la libération, enfin autorisé à vivre librement. D'une famille composée de trente personnes au début de la guerre, il n'en restera que trois, un oncle, une tante qui va le recueillir, et lui-même.Après 50 années d'aventures psychanalytiques, Cyrulnik avoue que tous les choix des hommes, leurs confessions et leurs visions du monde ne sont qu'un aveu autobiographique, une construction authentique de la personnalité où chacun détient non pas la vérité, mais sa propre vérité.Neuropsychiatre mais aussi fin observateur...
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