Des procureurs turcs ont réclamé la prison à vie pour la célèbre romancière turque Asli Erdogan, accusée d'avoir collaboré avec un journal prokurde, selon l'acte d'accusation préliminaire dévoilé jeudi par des agences de presse turques.
Les procureurs demandent une peine de prison à perpétuité contre neuf collaborateurs du quotidien Ozgür Gündem au total, dont Asli Erdogan. Ils sont accusés d'être "membres d'une organisation terroriste armée", d'"atteinte à l'unité de l'Etat et à l'intégrité territoriale du pays" et de "propagande en faveur d'une organisation terroriste", selon les agences Anadolu et Dogan.
Le quotidien Ozgür Gündem, fermé par décret le mois dernier, est accusé par les autorités turques de soutenir le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante depuis 1984 et est classé organisation "terroriste" par Ankara, Washington et Bruxelles.
L'acte d'accusation préliminaire a été envoyé au tribunal, qui a 15 jours pour l'accepter ou le rejeter, ont précisé Anadolu et Dogan. La date du procès n'est pas encore connue.
Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan, qui n'a aucun lien de parenté avec le président Recep Tayyip Erdogan, a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Le dernier paru traduit en français, Le Bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dénonce la torture et les conditions de détention en Turquie.
L'arrestation de la romancière et linguiste âgée de 49 ans a provoqué une vague d'indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains. Ses soutiens affirment qu'Asli Erdogan souffre d'asthme et de diabète et s'inquiètent pour son état de santé.
Une pétition a été lancée après son arrestation sur le site change.org et a récolté, depuis, plus de 32.000 signatures.
Depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet, les autorités ont lancé contre les putschistes présumés de vastes purges qui ont aussi touché, plus largement, des médias et des partis d'opposition, suscitant l'inquiétude en Europe. La semaine dernière, les co-présidents et plusieurs députés du principal parti prokurde, le HDP, ont été placés en détention préventive dans le cadre d'enquêtes sur des activités "terroristes".
Quelques jours auparavant, le rédacteur en chef et plusieurs journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet avaient eux aussi été placés en détention.
La Turquie est 151e au classement mondial de la liberté de la presse dressé par RSF en 2016, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.
Dernières Infos
Turquie : le parquet réclame la prison à vie pour la romancière Asli Erdogan
AFP / le 10 novembre 2016 à 17h32


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin