Illustration Ivan DEBS
Des millions d'Américains se sont rendus aux urnes hier pour désigner le successeur de Barack Obama à la Maison-Blanche et trancher entre deux candidats radicalement différents : Hillary Clinton et Donald Trump. La campagne, particulièrement violente, faite souvent d'attaques personnelles, a laissé un goût amer dans un pays plus que jamais divisé et a accru la méfiance des Américains envers leur classe politique.
Donald Trump, contraint de compter sur un spectaculaire sursaut dans plusieurs États, a promis un « Brexit puissance trois », référence au vote surprise des Britanniques pour sortir de l'Union européenne. « Les Américains sont assez étranges. Ils aiment le spectacle, mais quand il faut prendre une décision sérieuse, ils savent le faire », commentait Joyce Woodson, à Alexandria (Virginie), confiante dans une large victoire de la candidate démocrate.
Le vainqueur du scrutin succédera le 20 janvier à Barack Obama, premier président noir des États-Unis, dont la première élection en 2008 avait soulevé l'espoir d'un pays plus uni.
De longues files d'attente s'étiraient hier devant de nombreux bureaux de vote partout dans le pays, selon les journalistes de l'AFP sur le terrain.
« J'hésitais un peu entre les deux mais je n'ai pas confiance en Hillary, donc c'est ça qui a fait pencher la balance », expliquait Katie Kope, 19 ans, après avoir voté pour Trump dans l'arrondissement de Staten Island à New York.
Donald Trump a été brièvement hué lorsqu'il est allé voter dans une école près de la tour Trump où il habite sur la Ve avenue de New York. Hillary Clinton a voté avec son mari près de leur domicile de Chappaqua, en banlieue nord de la ville. « Tellement de gens comptent sur le résultat de cette élection, ce que ça signifie pour notre pays, et je ferai de mon mieux si j'ai la chance de gagner aujourd'hui », a-t-elle dit.
Outsider contre les « élites »
La démocrate comptait sur les minorités, les électeurs blancs diplômés et sur les femmes qui constituent la majorité de l'électorat (environ 52 % lors des précédentes présidentielles). Celle qui a été tour à tour Première dame, sénatrice de New York puis chef de la diplomatie américaine, présentait un CV impressionnant, mais sa personnalité suscite peu d'enthousiasme.
Donald Trump, volontiers brutal, souvent imprévisible, a galvanisé un électorat blanc modeste qui se sent laissé-pour-compte face à la mondialisation et aux changements démographiques. Candidat improbable que personne n'avait vu venir, le tribun populiste s'est présenté comme l'outsider déterminé à mettre fin à la corruption des élites politiques qui ont, selon lui, « saigné le pays à blanc ». Accusé de xénophobie et de sexisme par ses adversaires, cet ancien animateur vedette d'une émission de télé-réalité n'a jamais occupé le moindre mandat électif.
Avant mardi, quelque 42 millions d'Américains, sur les près de 200 millions d'inscrits, avaient déjà profité des possibilités de vote anticipé.
Favorite des sondages, la démocrate de 69 ans espère devenir, un quart de siècle après l'élection de son mari Bill Clinton, la première femme présidente de l'histoire des États-Unis. Elle est arrivée à New York en début de soirée hier, où elle devait affiner avec son équipe de « plumes » le discours qu'elle devait prononcer, quel que soit le verdict des urnes, dans un centre de conférences au toit de verre, le Javits Convention Center.
Donald Trump, 70 ans, qui avait prévu de regarder les résultats depuis l'imposante Trump Tower, à Manhattan, a lancé, dans son style coloré sur Twitter, un appel de dernière minute : « Cette élection est LOIN D'ÊTRE JOUÉE ! »
Comme il l'avait fait durant la campagne, le candidat républicain a émis la possibilité de ne pas accepter le résultat du scrutin, mettant en avant de possibles irrégularités en reprenant une fois encore le thème d'un scrutin truqué. « Nous allons voir comment les choses se passent aujourd'hui (mardi) », a déclaré l'ancien animateur de télé-réalité, joint par téléphone par la chaîne de télévision Fox News. « Espérons qu'elles se passeront bien et que nous n'aurons pas à nous inquiéter, ce qui signifie, espérons-le, que nous gagnerons. » Le promoteur immobilier new-yorkais avait auparavant déclaré : « Si je ne l'emporte pas, je considérerais cela comme une gigantesque perte de temps, d'énergie et d'argent. »
Tous les regards étaient braqués sur quelques États-clés qui pourraient décider de l'issue du scrutin, en premier lieu la Floride.
Les premiers bureaux de vote ferment sur la côte Est à 19h00 (00h00 GMT mercredi) et les tout premiers résultats partiels devraient être connus peu après. Le nom du vainqueur ne devrait pas être connu avant 03h00 GMT.
1ers résultats serrés
Donald Trump et Hillary Clinton ont engrangé à l'heure de mettre sous presse leurs premières victoires dans l'élection présidentielle américaine, l'emportant dans des États traditionnellement acquis à leur parti, ce qui laisse entier le suspense sur l'issue du scrutin. Mme Clinton l'a emporté dans le minuscule Vermont, Donald Trump dans l'Indiana et le Kentucky, selon les premiers résultats encore très partiels des chaînes de télévision américaines.
Les premiers résultats étaient trop serrés pour avancer aucune hypothèse en Géorgie, Caroline du Sud et Virginie, selon les télévisions.
Les Américains votaient aussi hier pour renouveler 34 des 100 sièges du Sénat à Washington et les 435 sièges de la Chambre des représentants.
Douze des 50 États américains élisaient aussi de nouveaux gouverneurs et des dizaines de référendums locaux sont organisés, sur des questions allant de la légalisation de la marijuana à la suppression de la peine de mort dans une trentaine d'États.
(Sources : agences)


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