Nicolas Sarkozy, lors du second débat télévisé de la primaire des Républicains, le 3 novembre 2016, à Paris. Éric Feferberg/Reuters
Le second débat de la primaire de la droite et sa rafale d'attaques contre Nicolas Sarkozy renforcent l'hypothèse d'un référendum à ses dépens. Le « droit d'inventaire » tant décrié par Nicolas Sarkozy s'est imposé avec violence jeudi soir lors d'un débat encore très regardé (2,9 millions de téléspectateurs sur iTELE et BFM TV après 5,6 millions lors du premier débat le 13 octobre) où ses anciens alliés ont mis en cause des décisions de son quinquennat et sa pratique de la fonction présidentielle.
Le prédécesseur de François Hollande a su repousser les assauts de Nathalie Kosciusko-Morizet, de Bruno Le Maire et de Jean-François Copé, mais cette posture presque exclusivement défensive a favorisé en retour son rival Alain Juppé. « Je ne suis pas sûr néanmoins que ces attaques soient forcément au passif de Nicolas Sarkozy, car il a répliqué en les renvoyant à leur rang de subalternes, se posant en "surplomb présidentiel" », déclare Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop. L'ancien président y puise aussi les ressorts de sa stratégie de victimisation, même si elle s'émousse depuis 2014. L'analyste convient que la bienveillance apparente des « petits » candidats envers Alain Juppé, épargné durant toute la soirée, augure d'un front commun pour le second tour avec des reports de voix au bénéfice du maire de Bordeaux, si l'hypothèse d'un duel Juppé-Sarkozy se confirme.
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Le « chiffon rouge » Bayrou
Face aux « discours d'exclusion » qu'il a dénoncés après le débat, le maire de Bordeaux, favori des sondages, a mis en avant le « rassemblement ». Que les rapprochements à venir participent d'une vengeance anti-Sarkozy ou d'une réelle appétence à l'union de la droite et du centre, peu importe finalement à l'état-major d'Alain Juppé, dynamique électorale oblige. « Cette primaire, ce n'est pas tant une question de préférence pour l'un ou l'autre que de mobilisation », plaide Gilles Boyer, son directeur de campagne.
À ce jeu, Nicolas Sarkozy, concentré sur son cœur de cible électoral, n'est peut-être pas le plus perdant. « L'enjeu pour lui est de passer le premier tour avec le plus de force possible et d'adapter sa stratégie au second tour, pas nécessairement sur l'impératif du rassemblement mais sur la posture présidentielle », juge Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive). « On voit bien qu'aujourd'hui on a une attente au sein d'une partie de la droite d'un "président de dynamique", pas d'un président rassembleur. Il y a une vraie interrogation autour d'Alain Juppé : Est-ce qu'on en aura pour notre argent ? » relève-t-il.
Et s'il a pu paraître en difficulté sous les missiles de ses concurrents, Nicolas Sarkozy a fait valoir jeudi soir une ligne politique « franche » et réussi à agiter l'épouvantail Bayrou auprès d'un électorat très hostile au maire de Pau depuis qu'il a voté François Hollande au second tour de la présidentielle de 2012. « Tout est fait pour inciter à la mobilisation de sa base militante et gagner à l'arraché sur un différentiel de participation par rapport à Alain Juppé », note Jérôme Fourquet.
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Mobiliser l'électorat de droite
« Sur une présidentielle classique, on a 80 % à 95 % de l'électorat de droite qui va voter. Vous avez 80 % des sympathisants des Républicains qui nous disent qu'ils ne comptent pas aller voter à la primaire. L'enjeu majeur, ce n'est pas forcément de piquer des électeurs au voisin, c'est d'aller taper dans ce gros réservoir », explique-t-il.
Il est trop tôt pour mesurer l'incidence du débat du 3 novembre sur les intentions de vote pour le premier tour, mais les sondeurs estiment que l'offensive contre François Bayrou, accusé d'entraîner Alain Juppé dans une « alternance de compromis » et de « petits arrangements derrière le rideau », peut porter chez les sympathisants de droite où seuls 25 % d'entre eux disent faire confiance au président du MoDem. « En 2012, Nicolas Sarkozy avait réussi à inverser le référendum. À la fin, ce n'était plus un référendum pour ou contre Sarkozy, c'était un référendum pour ou contre Hollande. C'est ce qu'il est en train de chercher à faire avec Juppé. De ce point de vue, hier c'était pas mal réussi », considère Jean-Daniel Lévy.
Selon un sondage Elabe réalisé jeudi soir à l'issue du débat, Alain Juppé reste le plus convaincant aux yeux des téléspectateurs devant Nicolas Sarkozy, mais ce dernier le devance chez les sympathisants de droite et du centre, ce qui n'était pas le cas le 13 octobre.
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