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Culture

Martin Piche bâille... et le public s’esclaffe

Sur les planches du Monnot*, Jacques Mougenot est atteint d'un mal curieux, il s'ennuie, ce qui intrigue au plus haut point et agace son psy. Une comédie comme une séance de psychothérapie, où le rire est l'antidote de la morosité et de l'ennui.

Jacques Mougenot et Hervé Devolder dans «Le cas Martin Piche». Photo D.K.

Pour son huitième spectacle, Persona Productions se tourne vers une comédie au thème étrange, l'ennui. S'ennuyer... concerne tout le monde et toutes les époques! Que l'on soit un artiste peintre, une comptable, un chevalier de la table ronde, Mme Bovary, une vache hollandaise, un soldat de la guerre de 14 ou un piano à queue, nous sommes tous confrontés à ce vilain parasite que constitue l'ennui.
Mais s'ennuyer peut être aussi un bonheur! Halte à l'activisme forcené, pitié pour les pauvres parents qui courent, leur progéniture sous le bras, de l'entraînement de foot au cours de danse. Assez de culture obligée et jamais digérée, vive les vacances désœuvrées! Sans expérience de l'ennui, pas d'individu sain. À force de l'éviter, contre vents et marées, sommes-nous condamnés à devenir des robots glissant de la frénésie à la dépression ? Sauf que s'ennuyer dans une vie monotone et grise, aujourd'hui, pousse à agir et à réagir. Ne pas laisser la vie se figer, voilà ce que Martin Piche décide un jour de faire, poussé par son épouse sur un divan lacanien.

Se coucher ou ne pas se coucher ?
Il y a quelques années, on ne consultait pas un psy, on allait « voir quelqu'un », et plutôt en rasant les murs. Les thérapies pour les non-initiés étaient réservées aux fous ou aux artistes en mal de vivre. Aujourd'hui, consulter un psy sans aucun a priori est devenu un geste anodin. Que ce soit pour surmonter un mal-être passager, un traumatisme, des sautes d'humeur, un deuil, ou par simple curiosité, ceux qui ont côtoyé le divan en ressortent apaisés. Sauf que tous ces symptômes sont étrangers à Martin Piche qui souffre simplement d'ennui. « Vous voyez, docteur, y a guère que la nuit que je ne m'ennuie pas, puisque je dors. Mais enfin je dors, donc je n'en profite pas beaucoup non plus. » Drôle de personnage que ce monsieur Piche, est-il désœuvré, dépressif ou simplement imbécile ?

Un mystère à élucider, pour 150 euros
La pièce s'ouvre sur un décor désespérément rouge. Le metteur en scène fait-il allusion au cabinet de Freud ? « Non, précise Hervé Devolder, mon intention était de mettre en scène un psychiatre hors du commun, aux méthodes loufoques et non conventionnelles. » Et d'ajouter : « D'ailleurs, le code vestimentaire ne répond même pas à celui d'un psy. » Il prépare donc son enregistreur, consulte son carnet de rendez-vous avant de faire entrer son patient. Celui-ci attend et n'a d'ailleurs pas l'air d'entendre qu'on l'appelle mais s'ennuie inlassablement et, surtout, hésite. Il hésitera face au siège sur lequel il devra s'asseoir, face au portemanteau pour suspendre son imper dont il a d'ailleurs du mal à se défaire. Rien, absolument rien ne l'intéresse et c'est pour cela qu'il vient consulter. Mais monsieur Piche manque d'humour, souffre d'un problème de communication, ne se préoccupe de rien ni de personne et son cas aiguise la curiosité de son psy et celle du spectateur.
Une séance préliminaire fera rire la salle de la première à la dernière minute, par un humour d'autodérision efficace. L'absurde des personnages est servi par un texte au style aiguisé, soutenu par un discours philosophique: «La peur de l'ennui est la peur de la mort», affirmait Freud. Les deux acteurs, Jacques Mougenot et Hervé Devolder, l'un, auteur de la pièce et comédien épatant, est plus vrai que nature dans son rôle de patient et l'autre, talentueux metteur en scène dans le rôle du psy, attentif et provocateur, va tenter de résoudre cette énigme. Ensemble ils entraîneront le spectateur dans une voltige spectaculaire où l'on passe de l'insolite au burlesque et du grave au comique. En passant par un ou deux instants d'ennui, sans doute voulus par les artistes, histoire de faire goûter aux spectateurs le thème principal de l'œuvre.

*« Le cas Martin Piche », une comédie au théâtre Monnot. Persona Productions. Jusqu'au 31 octobre, à 20h30. Billets en vente à la librairie Antoine.

Pour son huitième spectacle, Persona Productions se tourne vers une comédie au thème étrange, l'ennui. S'ennuyer... concerne tout le monde et toutes les époques! Que l'on soit un artiste peintre, une comptable, un chevalier de la table ronde, Mme Bovary, une vache hollandaise, un soldat de la guerre de 14 ou un piano à queue, nous sommes tous confrontés à ce vilain parasite que constitue l'ennui.Mais s'ennuyer peut être aussi un bonheur! Halte à l'activisme forcené, pitié pour les pauvres parents qui courent, leur progéniture sous le bras, de l'entraînement de foot au cours de danse. Assez de culture obligée et jamais digérée, vive les vacances désœuvrées! Sans expérience de l'ennui, pas d'individu sain. À force de l'éviter, contre vents et marées, sommes-nous condamnés à devenir des robots glissant de la...
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