À Douma, dans la Ghouta orientale, les dégâts d’un raid aérien. Bassam Khabieh/Reuters
Les habitants des quartiers rebelles d'Alep se préparent à vivre aujourd'hui une courte trêve initiée par Moscou après avoir vécu une deuxième journée de répit dans les raids aériens du régime syrien et de son allié russe.
L'armée russe a annoncé que cette « pause humanitaire », qui selon Moscou doit permettre l'évacuation de civils et de combattants désirant quitter les quartiers rebelles, dans l'est de la deuxième ville de Syrie, doit entrer en vigueur ce matin à 05h00 GMT et durera onze heures. Cette pause est « suffisante » pour évacuer 200 blessés, a estimé l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, à la télévision suisse publique RTS.
Moscou avait annoncé mardi l'arrêt de ses raids aériens et de ceux de l'armée syrienne sur Alep-Est, soumise à un déluge de feu meurtrier depuis une offensive lancée par Damas le 22 septembre pour reprendre ce secteur qui échappe à son contrôle depuis 2012 et où vivent quelque 250 000 personnes. Les avions russes et syriens « n'approchent pas à moins de 10 km d'Alep », a précisé hier le général Sergueï Roudskoï, de l'état-major russe. « Il n'y a pas eu de raids aériens depuis mardi matin », a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). « Mais il y a toujours des combats sur plusieurs fronts aux abords des quartiers rebelles, notamment dans la vieille ville », avec des tirs d'artillerie du régime et des roquettes lancées par les rebelles, a-t-il précisé.
Un journaliste de l'AFP à Alep-Est a confirmé dans l'après-midi la suspension des raids aériens, précisant toutefois que de violents affrontements se poursuivaient. « Grâce à Dieu, il n'y a pas d'avions dans le ciel en ce moment. Mais il y a encore des tirs d'artillerie et de roquettes », a déclaré Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques blancs à Alep, les secouristes en zone rebelle.
Assad remercie Poutine
Profitant du répit dans les frappes, les habitants d'Alep-Est étaient sortis mardi à la recherche de nourriture, de plus en plus rare dans ce secteur assiégé depuis pratiquement trois mois. Ce matin, huit couloirs humanitaires, dont six pour l'évacuation de civils, de malades et de blessés, et deux pour le retrait de rebelles armés, mais qui peuvent également être utilisés pour les civils, devraient être ouverts et surveillés par des drones, selon l'armée russe. Des employés de la mission de l'Onu et des volontaires du Croissant-Rouge syrien vont aider à l'évacuation des civils et les accompagner durant tout le trajet après le départ d'Alep, a précisé le général Roudskoï.
L'armée syrienne a par ailleurs effectué un retrait pour « permettre aux combattants » de passer par « deux couloirs spécifiques » d'évacuation, a précisé un responsable du ministère des Affaires étrangères cité par l'agence officielle Sana. Damas et Moscou affirment bombarder les quartiers rebelles pour éliminer les « terroristes », principalement les jihadistes du Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'el-Qaëda). « C'est ainsi que nous pourrons protéger les civils » à Alep, a déclaré le président syrien Bachar el-Assad lors d'un entretien avec la chaîne suisse SRF 1 diffusé hier. Selon Sana, le président syrien a par ailleurs remercié, lors d'un entretien téléphonique, son homologue russe Vladimir Poutine pour « ses efforts » sur la scène internationale, malgré les « pressions » que subit Moscou.
Par ailleurs, près de Damas, quelque 620 rebelles et leurs familles ont commencé à évacuer la localité assiégée de Mouadamiyat al-Cham en vertu d'un accord passé avec le gouvernement, a indiqué un responsable local.
Dans ce contexte, un porte-avions russe et son escadre croisent au large des côtes norvégiennes, sans doute pour aller renforcer de dispositif déjà déployé au large de la Syrie, a-t-on appris hier de source diplomatique au sein de l'Otan. « Dans deux semaines, nous allons voir une intensification des attaques aériennes à Alep », a-t-il estimé. Selon des médias russes, les navires devraient s'engager dans la Manche puis emprunter le détroit de Gibraltar pour entrer en Méditerranée avant de rejoindre la Syrie où la Russie dispose d'une base militaire à Tartous.
« Discussion stratégique »
Sur le plan diplomatique, le président français François Hollande a promis de « tout faire » avec la chancelière allemande Angela Merkel pour « prolonger » la trêve à Alep et permettre l'acheminement d'aide humanitaire, avant de s'envoler pour Berlin où il devait rencontrer dans la soirée M. Poutine. Mme Merkel a toutefois dit ne pas attendre de « miracle », jugeant que la question des sanctions contre la Russie en représailles de ses bombardements « ne peut être retirée de la table » des discussions.
Selon un projet d'accord consulté hier par l'AFP, les chefs d'État et de gouvernement des 28 pays de l'Union européenne qui se réuniront aujourd'hui en sommet à Bruxelles doivent « fermement condamner » la participation de la Russie aux bombardements du régime syrien sur Alep. Les 28 auront « une discussion stratégique » sur leurs « relations avec la Russie », dont les conclusions ne devraient toutefois pas évoquer la possibilité de sanctions individuelles contre les autorités russes, selon des sources diplomatiques concordantes. Avant ce sommet, la chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, a présenté aux 28 États membres une proposition pour ouvrir un « dialogue » avec les puissances régionales et préparer le terrain à une transition politique et à la reconstruction en Syrie.
Enfin, des délégations russe et américaine ont discuté hier à Genève des moyens de distinguer les combattants du Front Fateh al-Cham des autres insurgés syriens présents à Alep-Est pour créer les conditions d'un nouveau cessez-le-feu. L'équipe américaine était emmenée par Michael Ratney, émissaire de Washington pour le conflit syrien, et la délégation russe formée d'experts militaires dont on ignore l'identité. L'Arabie saoudite et le Qatar ont notamment été invités à participer à leurs négociations, mais pas l'Iran, dit-on de source diplomatique occidentale. « L'idée est d'impliquer les Russes dans une discussion sur le sujet », a-t-on souligné de même source, avant l'entrevue qui s'est déroulée dans les locaux genevois de l'Union européenne. Le secrétaire d'État américain John Kerry a cependant déclaré hier soir qu'il n'avait « pas de grands espoirs » que ces discussions débouchent sur un cessez-le-feu.
(Sources : agences)


Le vieux routier de la politique us, Richard W. Murphy estime que l'enlisement de Riyad et de ses alliés au Yémen joue en faveur du héros. "Les us ont compris il y a deux ans qu'ils ne pourraient pas renverser le héros syrien", affirme cet ancien ambassadeur américain en bensaoudie, devenu par la suite sous-secrétaire d'Etat. Certains pays bensaouds entendent reproduire en Syrie le scénario afghan, façon de provoquer la chute d'Assad. Pourtant, l'administration américaine a compris il y a deux ans qu'il est impossible de le renverser . Ce changement de ton et de vision s'est produit il y a trois ans. Washington croit que le héros syrien pourrait faire partie d'un processus politique à venir bien que tout le monde ne soit pas d'accord avec cette vision. Assad est désormais un facteur sur lequel il faut compter. Pour la Syrie aujourd’hui, c'est une puissance qu'on ne peut ignorer , a déclaré Murphy. Et l'ancien diplomate d'ajouter : " Ce fut entre les années 2011 et 2012 que les Etats-Unis ont cru devoir changer de ton et ne plus exiger le départ d'Assad. Puisque son élimination est tout simplement impossible. pourtant, cette vision n'est pas celle de tout le monde. Il faut de toute manière amorcer des pourparlers puisque Assad n'est pas sur le point de partir". Interrogé sur le conflit au Yémen, le diplomate a relié cette guerre à la à la crise syrienne Les saouds se sont faits piéger au Yémen, ce qui leur enlève leur marge de manœuvre en Syrie.
14 h 56, le 20 octobre 2016