Nicola Sturgeon, chef du gouvernement régional écossais, à l’ouverture hier du congrès de son parti nationaliste SNP, à Glasgow. Oli Scarff/AFP
La chef du gouvernement régional écossais a défié la Première ministre britannique en annonçant, hier, un projet de loi pour un nouveau référendum d'indépendance, face à un Brexit dont elle ne veut pas et dont elle n'accepte pas les termes. Le projet de loi sera publié la semaine prochaine, a déclaré Nicola Sturgeon en ouvrant le congrès de son parti nationaliste SNP, à Glasgow. Avant d'assortir cette annonce d'une menace à l'adresse de Theresa May : « Si vous pensez une seconde que je ne ferai pas ce qu'il faut pour protéger les intérêts de l'Écosse, détrompez-vous. »
Une sommation qui répond à l'intransigeance affichée par Mme May, il y a moins de 15 jours, devant les délégués de son propre Parti conservateur. « Le Brexit n'est pas facultatif. Et je ne laisserai pas des nationalistes diviser et miner la précieuse union entre les quatre nations du Royaume-Uni », avait-elle dit. « Nous avons voté au référendum en tant que Royaume-Uni, nous négocierons en tant que Royaume-Uni et nous quitterons l'Union européenne en tant que Royaume-Uni. »
Sauf que l'Écosse avait voté à 62 % pour rester dans l'Union européenne – quand le Royaume-Uni avait voté dans son ensemble à 52 % pour en sortir – et considère aujourd'hui que ni son point de vue ni ses intérêts ne sont pris en compte par l'exécutif britannique. Et que le SNP, malgré le vote contraire des Écossais en 2014, n'a pas renoncé à voir un jour une Écosse indépendante.
« Vandalisme constitutionnel »
Pour Mme Sturgeon, le Brexit est donc une occasion rêvée de remettre le sujet sur le tapis. Hier, elle a expliqué considérer comme un casus belli le refus de Mme May d'accorder au Parlement de Westminster, ou aux Parlements régionaux, le droit de s'exprimer par vote sur les termes du futur divorce d'avec Bruxelles. Les électeurs « n'ont pas voté pour que la voix des Écossais et de notre Parlement soit ignorée », a-t-elle dit, dénonçant la perspective d'un « acte de vandalisme constitutionnel ».
Elle accuse en outre le gouvernement britannique de se laisser entraîner sur le terrain du parti europhobe et anti-immigration Ukip, avec un discours qui attise la « xénophobie » contre les immigrants européens et risque de couper le pays du marché unique européen, au détriment de ses intérêts économiques. « Je ne pense pas que les gens ont voté pour ça. Ils n'ont pas voté pour jeter la rationalité économique avec l'eau du bain. Ils n'ont pas voté pour que nos entreprises soient confrontées à des barrières douanières ou que nos vacanciers aient besoin de visas », a-t-elle déclaré, affirmant que le Brexit allait coûter 80 000 emplois à l'Écosse. « Si vous ne pouvez pas, ou ne voulez pas nous laisser protéger nos intérêts au sein du Royaume-Uni, alors l'Écosse aura le droit de décider à nouveau si elle veut prendre un autre chemin », a-t-elle conclu.
En réaction, Downing Street s'est contenté de répéter le message régulièrement délivré sur les ambitions du SNP d'organiser un nouveau référendum : « La question a été abordée en 2014, a déclaré un porte-parole. Nous devons nous concentrer sur notre travail ensemble afin d'obtenir le meilleur accord pour le Royaume-Uni » avec l'UE. Au référendum d'autodétermination de septembre 2014, les Écossais avaient voté à 55 % contre l'indépendance. Pour en organiser un nouveau, le Parlement de Westminster doit donner son aval.
Parallèlement, la Haute Cour de Londres a entamé, hier, l'examen des recours contre la volonté du gouvernement de lancer la procédure de divorce d'avec l'UE sans vote préalable des députés britanniques, qui reviendrait selon les plaignants à « court-circuiter » le Parlement. Pour les auteurs des recours, le vote sur le Brexit était « consultatif » et doit donc être avalisé par le Parlement.
(Source : AFP)

