Des Alépins tentent de secourir un homme blessé lors d’un raid aérien sur le quartier rebelle de Fardous. Ameer Alhalabi/AFP
La Russie, alliée du régime syrien, s'est dit prête hier à assurer aux rebelles un retrait en toute sécurité d'Alep, une ville qu'elle bombarde sans relâche pour vaincre les insurgés, à deux jours de pourparlers russo-américains sur la Syrie.
Principal front du conflit syrien, Alep connaît son pire cycle de violences depuis le début il y a trois semaines d'une offensive de l'armée syrienne appuyée par les avions russes visant à reconquérir la partie rebelle, qui échappe au pouvoir depuis 2012.
À coups de bombardements intenses et destructeurs, mais aussi d'avancées sur le terrain, le régime du président syrien Bachar el-Assad veut soumettre les quartiers aux mains des insurgés, situés dans la partie est de la deuxième ville du pays.
De son côté, l'armée russe a annoncé être prête à garantir aux rebelles armés une sortie de la métropole septentrionale. « Nous sommes prêts à assurer un retrait sécurisé aux rebelles avec leurs armes, le libre passage des civils de la partie est d'Alep et leur retour, ainsi que l'acheminement d'aide humanitaire », a annoncé le général russe Sergueï Roudskoï, sans élaborer.
Enfants tués
Cette nouvelle proposition russe de points de sortie « sécurisés » – après une première en juillet – intervient avant une réunion internationale demain à Lausanne entre Russes, Américains et des représentants des pays de la région pour parler de la Syrie. Mais selon les analystes, cette proposition est une manœuvre pour soulager la pression en semblant présenter des alternatives diplomatiques.
« Il n'y a pas de changement dans la stratégie russe : l'objectif reste la destruction de la présence de rebelles à Alep », a déclaré Thomas Pierret, analyste et expert de la question syrienne.
Dans la partie rebelle où vivent 250 000 habitants, plus de 370 personnes, en grande majorité des civils dont 68 enfants, ont été tués depuis le 22 septembre dans les bombardements aériens et d'artillerie, selon un bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Au moins sept civils ont été tués dans une série de frappes aériennes hier, d'après l'OSDH. Dans le même temps, l'armée qui ne cesse d'avancer a capturé plusieurs collines surplombant la partie rebelle.
Un correspondant de l'AFP à Alep-Est a constaté que les frappes ont repris dans l'après-midi sur ce secteur assiégé depuis pratiquement trois mois et où les hôpitaux sont régulièrement visés. L'Onu, la France et les États-Unis ont dénoncé des « crimes de guerre ». La télévision d'État syrienne a, elle, fait état de tirs de roquettes par les rebelles sur une école dans la partie occidentale d'Alep, contrôlée par le régime. Selon l'OSDH, cinq enfants ont été tués.
Lausanne et Londres
Cinq ans après le début du conflit, la communauté internationale s'avère toujours incapable de mettre fin au bain de sang. Les États-Unis et la Russie, qui avaient « suspendu » il y a plusieurs jours leur dialogue sur la Syrie, ont annoncé deux réunions internationales avec des puissances arabes et européennes : la première samedi à Lausanne et la seconde dimanche à Londres. Le porte-parole du département d'État américain John Kirby a indiqué que le principal sujet de conversation à Lausanne serait « la brutalité continue du siège d'Alep et les frappes intentionnelles de l'armée russe et du régime syrien ». Le président russe « Vladimir Poutine a exprimé l'espoir que la rencontre prévue le 15 octobre à Lausanne (...) soit productive afin de contribuer réellement au règlement » du conflit syrien, a indiqué pour sa part le Kremlin.
Après Lausanne, le secrétaire d'État américain John Kerry se rendra dimanche à Londres pour retrouver ses « partenaires internationaux », c'est-à-dire très probablement ses homologues des puissances européennes, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France.
En outre, les chefs de la diplomatie française et russe se sont entretenus hier par téléphone de la Syrie, en dépit des vives tensions entre Moscou et Paris sur le dossier syrien, qui ont conduit le président Poutine à annuler une visite en France. Jean-Marc Ayrault « a réaffirmé la volonté de la France de poursuivre son dialogue avec la Russie, en toute franchise », selon un communiqué du Quai d'Orsay.
Sur un autre plan, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a pour sa part salué le rapprochement entre Ankara et Moscou. « Nous voyons la réduction des tensions entre la Turquie et la Russie comme une possible opportunité » pour trouver une solution en Syrie, a-t-il déclaré.
(Source : AFP)


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