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Liban - La psychanalyse, ni ange ni démon

La névrose phobique ou l’hystérie d’angoisse (suite) : la projection

Par un déplacement à l'extérieur, une projection de la représentation refoulée ou du signifiant, le phobique transforme un conflit interne cause de l'angoisse en une situation externe. Cette situation externe où l'objet phobique lui-même peut être évité. Si j'ai peur du chat, de l'ascenseur, de la rue ou de parler en public, je peux les éviter. Le mécanisme, inconscient de ce déplacement de l'intérieur vers l'extérieur, est la projection.
Défini par Laplanche et Pontalis (Vocabulaire de la psychanalyse) comme «opération par laquelle le sujet expulse de soi et localise dans l'autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des désirs qu'il méconnaît ou refuse en lui». Cette notion de projection est entrée dans le langage courant. On voit bien comment. Lorsque par exemple deux amis discutent ensemble, que l'un attribue à l'autre une pensée ou un sentiment, et qu'il se voit rétorquer par l'autre: mais tu projettes. Cependant, le mécanisme reste archaïque et on le retrouve, quoique pas tout à fait le même, et dans le fonctionnement de la névrose phobique et dans la paranoïa. Dans la paranoïa, la projection est plus archaïque que dans la névrose phobique. Avant de bien comprendre ce mécanisme, dans sa première théorie de l'angoisse, Freud pensait que l'énergie libidinale n'est pas convertie dans le corps comme dans l'hystérie de conversion, mais déchargée sous forme d'angoisse dans l'hystérie d'angoisse. Avec Inhibition, symptôme et angoisse (1926), ayant compris que c'est l'angoisse qui provoque le refoulement et non l'inverse, c'est l'échec du refoulement et la réapparition de l'angoisse qui spécifient l'hystérie d'angoisse. Ce tournant est capital dans l'œuvre de Freud.
Chaque névrose lutte pour échapper à l'angoisse. Cette conclusion est non seulement d'ordre psychanalytique, mais aussi d'ordre philosophique. La névrose obsessionnelle construit des fortifications de plus en plus grandes pour échapper à l'angoisse, l'hystérie innerve dans le corps les raisons inconscientes qui provoquaient l'angoisse et la névrose phobique projette à l'extérieur les idées à connotation sexuelle dont elle se débarrasse en les déplaçant sur des objets (animal, ascenseur, rue, avion...).
Le phobique a ainsi trouvé une solution plus économique que les deux autres névroses. Les pensées sexualisées qui font un retour forcé sont déplacées symboliquement sur des tremplins extérieurs que le phobique peut plus facilement éviter. Ainsi Freud explique la phobie du cheval du petit Hans par l'ambivalence vis-à-vis du père projetée à l'extérieur : la peur d'être mordu par le cheval signifie la peur d'être châtré par le père. Le conflit ambivalent auquel est soumis le petit Hans est déplacé et résolu au prix de la peur et de l'évitement des chevaux. D'autres exemples de phobie montrent, comme dans la peur du vide, comment le corps du sujet identifié à ce qui peut se détacher entre lui et la mère sombre dans une chute sans fin. Dans la claustrophobie, on retrouve souvent le désir et la crainte inconscients d'être enfermé dans le corps de la mère.
La problématique inconsciente à laquelle est soumis le phobique est, comme dans les autres névroses, la problématique œdipienne. La castration, nous l'avons vu, n'est pas seulement la castration de l'enfant. C'est aussi celle de la mère, soit une opération portée par le père sur le lien imaginaire de la mère à l'enfant. À la mère, le père dit: «Tu ne réintégreras pas le produit de ton corps.» Et comme l'enfant jouit en s'identifiant à l'objet phallique supposé combler le manque de la mère, il y a comme une complicité inconsciente, jouissive, entre la mère et l'enfant pour que leur lien persiste. L'intervention symbolique du père prive la mère de son enfant de même qu'elle castre l'enfant de son désir incestueux pour la mère. En échange, en perdant sa fonction imaginaire d'être le phallus qui comble le manque de la mère, l'enfant entre dans le registre de l'avoir ou de ne pas l'avoir.
Comme pour les autres névroses, c'est dans cette interrogation sur l'être et l'avoir que le sujet se débat, conflit qui suscite une extrême angoisse et contre laquelle le phobique se défend avec la stratégie que nous venons de décrire.
Enfin, l'élément clinique important qu'il faut mentionner est ce que l'on désigne classiquement par objet contraphobique. C'est la fonction que le sujet donne à ce qui va lui permettre de se protéger contre l'angoisse dans la situation où il la craint habituellement. Ainsi, si le phobique est accompagné par une personne proche, il peut plus facilement traverser la rue, prendre un autobus ou descendre dans le métro. L'objet contraphobique est un substitut du père, créé par l'enfant, et, plus tard, par l'adulte.

Chawki AZOURI


Par un déplacement à l'extérieur, une projection de la représentation refoulée ou du signifiant, le phobique transforme un conflit interne cause de l'angoisse en une situation externe. Cette situation externe où l'objet phobique lui-même peut être évité. Si j'ai peur du chat, de l'ascenseur, de la rue ou de parler en public, je peux les éviter. Le mécanisme, inconscient de ce...

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