Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a déclaré mercredi à Strasbourg que la Turquie lèverait l'état d'urgence dès que la situation sera "pleinement normalisée", soulignant que pour l'heure la menace sur les institutions du pays persiste.
"Dès que nous aurons pleinement normalisé la situation, nous lèverons l'état d'urgence et sous l'état d'urgence, nous coopérons avec le Conseil de l'Europe, nous l'informons de toutes les mesures que nous prenons", a expliqué M. Cavusoglu lors d'un point presse au siège de l'organisation paneuropéenne, dont la Turquie est membre.
La semaine dernière, le commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Nils Muiznieks, avait exhorté Ankara à mettre fin "dès que possible" à l'état d'urgence - qui vient d'être prolongé de trois mois - instauré après le coup d'Etat avorté du mois de juillet.
"Je comprends bien que vous soyez inquiets", a dit M. Cavusoglu lors d'un discours devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, tout en appelant ses membres à venir en Turquie pour "se rendre compte de la gravité de la situation" et en soulignant que "la menace n'est pas complètement abolie".
Il a indiqué que les autorités avaient été "contraintes" de décréter l'état d'urgence pour "essayer de se débarrasser de cette organisation (le mouvement de l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, NDLR) qui est à l'origine du coup d'Etat et s'est infiltrée dans tous les rouages de l'Etat".
Alors que le pouvoir turc a lancé de vastes purges dans la fonction publique à l'encontre de personnes soupçonnées de liens avec Fethullah Gülen, M. Cavusoglu a reconnu mercredi que des fonctionnaires avaient pu être limogés par erreur.
"Des erreurs, c'est vrai, ont été commises. Notre responsabilité est de les corriger et de respecter le droit", a-t-il expliqué, soulignant que 3.000 fonctionnaires avaient déjà pu être réintégrés.
D'après des chiffres communiqués par les autorités turques, 32.000 personnes ont été arrêtées en Turquie dans l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de juillet et 70.000 font l'objet d'enquêtes.
L'opposition accuse le pouvoir de mettre à profit la situation d'exception créée par l'état d'urgence pour faire taire ses détracteurs.
Mardi soir, le Parlement turc a entériné la décision du gouvernement de prolonger de 90 jours l'état d'urgence dans le pays, à compter du 19 octobre. Ce vote était une formalité dans la mesure où l'AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, détient une confortable majorité au Parlement.
Fin septembre, M. Erdogan avait plaidé pour le prolongement de l'état d'urgence, estimant que la période initiale de trois mois "n'était pas suffisante", et avait même envisagé son maintien jusqu'à 12 mois.
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La Turquie lèvera l'état d'urgence dès que possible mais "la menace" persiste
AFP / le 12 octobre 2016 à 16h07


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