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Liban

Un Marseillais retrouve enfin la tombe de son père tué à Beyrouth en septembre 1975

Guerre du Liban

Une cérémonie s'est tenue au siège des Kataëb à Saïfi pour rendre hommage à un ancien combattant français tué par un sniper sur le toit de l'immeuble du Capitole.

05/10/2016

« C'est incroyable d'être ici, peut-être qu'il est mort là où je me tiens maintenant », murmure Gunther Borella, debout sur le toit de l'immeuble Asseily, connu sous le nom d'immeuble du Capitole, au cœur du centre-ville de Beyrouth.

Gunther Borella, 46 ans, ressortissant français, a pu visiter pour la première fois, hier, l'endroit où son père, Alexis François Borella, réformé en 1966 par l'armée française, est tombé le 29 septembre 1975, au début du deuxième round de la guerre. Il se battait aux côté des Kataëb et avait pris en charge la formation militaire du groupe « Béjim » (phonétique des initiales en arabe de Pierre Gemayel, fondateur du parti Kataëb), notamment l'équipe des femmes, dont faisait partie Jocelyne Khoueiry, ancienne combattante, actuellement responsable du centre Jean-Paul II pour le service social et culturel.

« Il est mort par la balle d'un sniper qui l'a atteint au front. Il était avec l'une des filles de l'unité. C'était au début du deuxième round de la guerre », raconte cette dernière. « Nous l'avons enterré au cimetière latin de Fanar et nous avons tenu à avoir, sous les bombes, un prêtre pour la cérémonie », souligne de son côté Maroun Machaalani, ancien chef des unités des commandos Kataëb au début de la guerre du Liban et qui a arrêté de porter les armes en 1986 pour se consacrer à Dieu.

François Borella avait fait la guerre d'Algérie dans les rangs de l'armée française. Il a ensuite combattu à titre personnel dans les rangs de l'armée républicaine cambodgienne contre les Khmers rouges. C'est au printemps 1975 qu'il est venu au Liban. « Mon père a été tué quand j'avais 4 ans, mais je ne l'ai su qu'à l'âge de 12 ans », souligne Gunther Borella, dont les parents étaient en instance de divorce quand son père est parti au Liban.

Gunther Borella, qui habite et a grandi à Marseille, est parti sur les traces de son père comme on va en pèlerinage. Il renoue avec sa grand-mère paternelle qui habite dans l'Est de la France, récupère quelques vieilles photos de son père. « Je me souviens que sa maison ressemblait à un musée dédié à la mémoire de mon père. Jusqu'à la fin de sa vie, elle s'est attendue à voir son fils frapper à la porte et revenir. Moi aussi, jusqu'à l'âge de 20 ans, j'ai toujours pensé que mon père reviendrait. Pourtant, la famille avait bel et bien appris son décès en 1975, par le biais de l'ambassade de France à Beyrouth », indique Gunther Borella. « J'ai toujours voulu retrouver les restes de mon père. Me recueillir sur sa tombe. J'aurais voulu rapatrier son corps, mais j'ai su qu'il a été transféré en 1983, dans une fosse commune », raconte-t-il. « Dans ma tête, mon père est un héros. C'était un homme pur et généreux qui se battait pour des causes justes », poursuit-il.

 

De l'importance d'une page Facebook
Gunther Borella a tenté de retrouver une première fois la dépouille mortelle son père en 2006. Mais les portes se sont rapidement refermées. Le temps est passé, mais le souvenir de son père et les actualités du Liban ne l'ont jamais quitté.

En juin 2016, il entre en contact avec Georges Boustany, qui a créé une page Facebook intitulée « La guerre du Liban au jour le jour » et qui a cosigné avec Gabriel Gemayel le livre Drôle de guerre, histoire d'une guerre incivile. Georges Boustany se base entre autres sur les archives de L'Orient-Le Jour pour alimenter sa page Facebook. « Gunther m'a dit que son père est mort au Liban et m'a demandé si je pouvais l'aider. Je l'ai fait sans trop de conviction. J'ai pensé qu'il était impossible de retrouver les ossements d'un combattant français tué en pleine guerre du Liban. Je suis quand même entré en contact avec mon ami Gabriel », raconte-t-il.
Gabriel Gemayel se mobilise tout de suite, entre en contact avec des anciens combattants Kataëb, crée avec Georges Boustany un groupe WhatsApp pour mettre Gunther au courant minute par minute des progrès de la recherche.

« Nous avons retrouvé la tombe en juillet. Je suis allé au cimetière latin de Fanar avec Maroun Machaalani, qui avait côtoyé de près François Borella. Nous avons cherché dans les registres du cimetière pour localiser la tombe et nous avons appris que ses ossements avaient été transférés dans une fosse commune en 1983. J'étais persuadé que nous allions le retrouver et nous avons réussi », note Gabriel Gemayel.Jocelyne Khoueiry se souvient d'un « homme droit, gentil et généreux. Il est resté avec nous quelques mois. Il nous a surtout entraînés à la guerre de rue. C'était au camp d'Amaz, dans le jurd de Jbeil, mis en place par les Kataëb au début de la guerre », raconte-t-elle.
« Quelques jours avant sa mort, il m'a donné un poème qu'il avait dactylographié et qu'il avait annoté ensuite. Il était, comme une prémonition, dédié à ces hommes morts au combat, aux soldats oubliés à qui personne ne rend hommage. J'ai gardé ce poème dans mon porte-monnaie. Je l'ai porté sur moi, tous les jours durant quarante ans. Là, j'ai l'occasion de le rendre à son fils », ajoute-t-elle.

Hier, les anciens combattants du « Béjim » ont remis à Gunther Borella, également lors d'une cérémonie au siège du parti Kataëb à Saïfi organisée par Paul Tarazi, chef du département d'hommage aux anciens combattants, la gourmette et la montre de son père. Les combattants qui avaient évacué le corps du Français, âgé à l'époque de 38 ans, avaient gardé ces deux objets de valeur espérant un jour qu'ils pourraient les remettre à un proche de l'homme qui s'est battu à leurs côtés pour défendre leur idée du Liban et surtout leur présence dans le pays du Cèdre. « C'était une autre époque. Avec les accords du Caire en 1969, donnant aux Palestiniens le droit de se battre contre Israël à partir du Liban et leur permettant de porter les armes à l'intérieur du pays, les chrétiens du Liban se sont vus obligés de se battre pour défendre leur quartier et leur existence dans le pays. Ils n'avaient plus d'autre choix », souligne en conclusion, Maroun Machaalani.

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yves gautron

J'ai passé plus d'un an avec les Forces Libanaises en 81-82. J'associe au souvenir des Français morts tous les jeunes Libanais que j'ai connu ou non et qui sont tombés pour la défense de leur terre

Sabbagha Antoine

Nous ne pouvons que saluer l'héroïsme français durant la guerre ou la paix .

Le Faucon Pèlerin

Là où il y a de la bravoure et de l'héroïsme, il y a toujours un Français.

Bustros Mitri

Récupérer 41ans plus tard , la gourmette , la montre, le poème, ....Chapeau pour ceux qui les ont gardé tout ce temps !
Un cas de la guerre au moins, ou le deuil devient possible..

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