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Moyen Orient et Monde - Entretien

Leïla Shahid : « Peres, c’est le discours de paix sans les actes »

L’ancien président israélien, Shimon Peres, décédé hier, au côté de l’ancien raïs palestinien, Yasser ReutersArafat, en 2001 à Majorque. Dani Cardona/Files

Leïla Shahid, ancienne ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne et ex-déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour », suite à la mort de l'ancien président israélien Shimon Peres.

 

Salué unanimement par la communauté internationale, Shimon Peres a pourtant une image assez négative dans le monde arabe. Comment l'expliquez-vous ?
On a fabriqué un mythe autour de Shimon Peres. Il serait le seul leader ayant réellement participé aux processus de paix, un martyr, mais la réalité est toute autre.

En soixante ans d'activité politique, Peres a vécu six guerres sans jamais s'y opposer. Aussi, n'oublions pas les quelques sombres épisodes de sa carrière : l'homme a encouragé dès 1955 l'agression tripartite française à Suez. Il est aussi celui qui a armé Israël de la bombe nucléaire. Il était également Premier ministre au moment du massacre du village de Cana au Sud-Liban qui a tué près de 100 civils en 1996.
Le mythe Peres vient des accords d'Oslo, de la mise en scène à Washington puis de son prix Nobel en 1994.

Mais il ne faut pas oublier que la déclaration de paix du 13 septembre 1993 est une déclaration de principe seulement. On a longtemps cru à la sincérité des parrains américains et européens, mais il n'y a eu ni le retrait des Israéliens des zones D et C ni les négociations sur les colonies ou le statut de Jérusalem. Et Peres n'a rien fait pour sauver ces accords. Il a choisi le camp de l'opportunisme : au lieu de poursuivre le travail d'Yitzhak Rabin, il a préféré s'allier à Ariel Sharon, « la figure anti-Oslo » par excellence.

 

(Lire aussi : Massacre de Cana : "un cauchemar!", se souvient Timur Goksel, ex-porte-parole de la Finul et témoin)

 

Était-il sincèrement engagé pour la paix ?
L'idéal d'un homme de paix est une fiction qui fait partie intégrante du « marketing d'Israël ». Aujourd'hui, la communauté internationale est mal à l'aise, parce que Benjamin Netanyahu fait figure d'homme politique brutal, difficile à gérer. Peres, de son côté, incarne l'homme accessible, qui n'est pas si différent des Occidentaux. D'origine polonaise, il arrive à 11 ans en Palestine. Il est très vite converti au socialisme et devient proche des dirigeants socio-démocrates européens. Aussi, Peres savait s'exprimer. D'une voix suave et séductrice, il était très loin du ton provocateur de Benjamin Netanyahu. Il avait compris que pour séduire une audience internationale, il fallait parler de paix. Mais il a bien évité de mettre en œuvre ses discours. En fait, Shimon Peres, c'est le discours de paix sans les actes de paix.

 

Vous avez pu le rencontrer à plusieurs reprises. Que retenez-vous du personnage ?
Shimon Peres était une personne très vaniteuse, très intéressée et amoureuse du pouvoir. Il n'était pas assez courageux pour endosser le rôle de Premier ministre, préférant se conforter dans celui de président. Ce dernier lui conférait un statut honorifique qui lui permettait de véhiculer l'image d'un Israël moderne. Il voulait exporter l'image d'un pays high tech, fort d'une jeunesse aguerrie et ouverte sur le monde quand la réalité du pays est aujourd'hui celle de colons et de réactionnaires gravitant autour de la galaxie Netanyahu. Rabin a été le plus courageux. Il a été beaucoup plus engagé dans le retrait des colonies, dans la pacification des rapports. Mais c'est aussi une personnalité plus timide, fragile. Il était mal dans sa peau. Ancien général, il savait s'exprimer face à des soldats mais avait beaucoup de mal face aux journalistes. Le processus de paix est mort le 4 novembre 1995, lors de son assassinat.

 

Pourtant, Mahmoud Abbas a salué un « un partenaire courageux pour la paix ». Pourquoi ?
Abbas a eu le courage d'avoir défendu les accords d'Oslo jusqu'au bout. C'est l'œuvre de sa vie. Il est difficile pour lui de renier ce rêve de voir Peres comme son partenaire de paix. Émotionnellement, il ne peut pas se dire que le processus de paix est mort, ça le tuerait.

 

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Leïla Shahid, ancienne ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne et ex-déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour », suite à la mort de l'ancien président israélien Shimon Peres.
 
Salué unanimement par la communauté internationale, Shimon Peres a pourtant une image assez négative dans le monde arabe....

commentaires (3)

C,ETAIT DES BULLES D,AIR DANS L,ETHER... QUE LE VIDE AVAIT PRIS AU SERIEUX... IL NE MANQUE PLUS QU,A ATTRIBUER LE PRIX NOBEL DE LA PAIX UN JOUR... A BAGHDADILE PRIX NOBEL DE LA PAIX A CES DEUX C,ETAIT

LA LIBRE EXPRESSION

19 h 47, le 29 septembre 2016

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Commentaires (3)

  • C,ETAIT DES BULLES D,AIR DANS L,ETHER... QUE LE VIDE AVAIT PRIS AU SERIEUX... IL NE MANQUE PLUS QU,A ATTRIBUER LE PRIX NOBEL DE LA PAIX UN JOUR... A BAGHDADILE PRIX NOBEL DE LA PAIX A CES DEUX C,ETAIT

    LA LIBRE EXPRESSION

    19 h 47, le 29 septembre 2016

  • Arafat et ses bandes armées ...ont envahi , pillé, violé ,outragé ,saccagé le Liban de Beyrouth à Marjayoun ...et voilà , qu'il y à encore des nostalgique de cette époque criminogène......

    M.V.

    13 h 43, le 29 septembre 2016

  • À contre courant...Analyse intéressante Mais c'est encore "des mots"

    Chammas frederico

    13 h 06, le 29 septembre 2016

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