Un camion d’aide humanitaire touché par des tirs, à Orum al-Kubra, près d’Alep, hier. Omar Hajj Kaddour/AFP
La Syrie replongeait hier dans la violence sous le regard impuissant de la communauté internationale réunie à l'Onu à New York, incapable de mettre fin au conflit qui ravage le pays depuis cinq ans et demi.
Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a solennellement appelé à « la fin des combats », en ouvrant hier la grand-messe annuelle de l'Assemblée générale des Nations unies. M. Ban a critiqué les multiples protagonistes qui « alimentent la machine de guerre » en Syrie. « Beaucoup de groupes ont tué des civils innocents mais aucun autant que le gouvernement syrien qui continue d'utiliser des barils d'explosifs contre des zones résidentielles et de torturer systématiquement des prisonniers », a-t-il affirmé.
Le ministère syrien des Affaires étrangères, cité par l'agence officielle Sana, a rétorqué que « les propos de Ban Ki-moon aujourd'hui sur la Syrie sont très éloignés des dispositions de la charte de l'Onu qui doivent être respectées par (la personne) qui occupe le poste de secrétaire général ».
Pour son ultime discours à la tribune des Nations unies, le président américain Barack Obama s'est, lui, borné à promettre de « poursuivre le difficile travail de la diplomatie » sur la Syrie.
« En Syrie, où il n'y aura pas in fine de victoire militaire, nous allons devoir poursuivre le difficile travail de la diplomatie qui vise à mettre fin à la violence et à apporter de l'aide à ceux qui en ont besoin », a-t-il déclaré. Sans mentionner directement le fragile cessez-le-feu négocié avec Moscou qui est en train de voler en éclats, M. Obama a dénoncé avec force l'attitude de la Russie « qui tente de retrouver sa gloire passée grâce à la force ». Barack Obama quittera le 20 janvier la Maison-Blanche en ayant refusé pendant quatre ans toute intervention militaire d'envergure au Moyen-Orient. Son homologue français François Hollande, qui comptait à l'été 2013 sur des frappes américano-françaises contre le régime du président syrien Bachar el-Assad, avant que M. Obama se ravise, s'est exclamé devant l'Onu « ça suffit ! ».
« Je n'ai qu'un seul mot à dire : ça suffit ! » a lancé le chef de l'État français pointant le régime syrien, « responsable » selon lui de « l'échec » du cessez-le-feu conclu sous l'égide des États-Unis et de la Russie. « La tragédie syrienne sera devant l'histoire une honte pour la communauté internationale si nous n'y mettons pas fin rapidement », a-t-il affirmé en qualifiant Alep (nord de la Syrie) de « ville aujourd'hui martyre ». Il a posé « quatre exigences » de la France dans ce dossier : « Imposer un cessez-le-feu, assurer l'acheminement immédiat de l'aide humanitaire, permettre la reprise des négociations politiques et sanctionner le recours aux armes chimiques. »
« Faiblesse totale »
Au même moment, un dirigeant de l'opposition politique syrienne, Riad Hijab, dénonçait à New York « la faiblesse totale » de la communauté internationale face à une guerre qui s'est internationalisée et complexifiée depuis mars 2011. Avec plus de 300 000 morts, des millions de réfugiés, une crise humanitaire au Moyen-Orient et en Europe et une Syrie en partie détruite.
« Le cessez-le-feu n'est pas mort », a pourtant assuré le secrétaire d'État John Kerry à l'issue d'une réunion dans un palace new-yorkais du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), rassemblant depuis un an 23 pays et organisations internationales impliqués dans le conflit. Mais le GISS n'a fait aucune annonce après une heure de discussions « dans une ambiance dramatique et lourde », selon le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault. M. Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov devraient toutefois se revoir dans la semaine et une nouvelle réunion du GISS aura lieu probablement vendredi, ont indiqué des diplomates.
Malgré la situation dramatique sur le théâtre de guerre, la diplomatie américaine refuse de jeter l'éponge, voulant à tout prix maintenir le dialogue avec Moscou pour trouver une porte de sortie diplomatique.
Raids et barils explosifs
La réunion du GISS a coïncidé avec une reprise des combats, au lendemain de l'annonce par l'armée du régime de Damas que le cessez-le-feu avait pris « fin ». Lundi soir, un raid meurtrier a frappé un convoi d'aide humanitaire près de la ville martyre d'Alep, faisant une vingtaine de morts, selon la Croix-Rouge. Une attaque, la plus meurtrière en Syrie contre un convoi humanitaire depuis 2011, qualifiée hier par Ban Ki-moon de « sauvage et apparemment délibérée » qui a « scandalisé » les Occidentaux et entraîné la suspension de l'acheminement par camions de l'aide de l'Onu qui avait à peine démarré. Il s'agit « d'un jour très, très sombre pour les humanitaires en Syrie et dans le monde », a tonné à Genève le porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'Onu (Ocha), Jens Laerke, en réclamant une « enquête ». L'Onu n'a pas dit d'où venaient les avions bombardiers, mais l'opposition syrienne a accusé la Syrie et son allié russe. Damas et Moscou ont nié avec la plus grande force. Toutefois, un responsable américain a estimé hier que des avions russes sont vraisemblablement à l'origine du bombardement du convoi humanitaire. « Notre meilleure estimation est que ce sont les Russes qui ont mené cette frappe », a déclaré ce responsable, en indiquant que deux avions russes SU-24 étaient sur la zone au moment du bombardement.
Par ailleurs, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, au moins 27 barils explosifs, l'arme de prédilection du régime de Damas, ont été largués sur Alep hier matin. Dans la ville et dans la province, au moins 39 civils ont été tués depuis l'annonce de la « fin » du cessez-le-feu, selon l'ONG syrienne.
L'accord américano-russe de Genève signé par MM. Kerry et Lavrov prévoyait une cessation des hostilités pendant sept jours à compter du 12 septembre, de l'aide humanitaire pour le nord de la Syrie et une collaboration militaire entre Washington et Moscou contre les jihadistes via un centre d'échange d'informations et de coordination. Le texte stipulait aussi que l'aviation syrienne serait clouée au sol pour ne plus aller bombarder l'opposition modérée et les populations civiles.
Mais cette fragile entente Washington-Moscou avait été sérieusement mise à mal samedi par une terrible bavure de la coalition militaire internationale conduite par les États-Unis : des frappes contre l'armée syrienne avaient tué 90 personnes dans la région de Deir ez-Zor. Une erreur, s'était défendu Washington, qui croyait viser des jihadistes du groupe État islamique. Un acte « délibéré », avait répliqué Damas.
(Source : AFP)

