Le ministre Boutros Harb souhaite une initiative patriarcale qui sauverait le pays.
La crise politique et les difficultés économiques auxquelles le pays est confronté du fait de la paralysie des institutions depuis près de deux ans ont été hier au centre des entretiens du chef de l'Église maronite, le cardinal Béchara Raï, à Bkerké.
Mgr Raï a tenu dans l'après-midi une réunion avec une délégation des organismes économiques représentative des divers secteurs, qui lui a dressé un bilan plutôt négatif de la situation de presque tous les secteurs économiques. Le président de l'Association des banques, Joseph Torbey, a expliqué que les débats ont principalement porté sur la mauvaise situation du secteur commercial ainsi que sur les risques encourus par le Liban du fait du recul du tourisme. « En dépit de la stabilité au niveau de la sécurité, les transferts de l'étranger ont sensiblement diminué, ce qui a affecté l'activité commerciale », a-t-il expliqué, en mettant en garde contre de nouvelles mesures fiscales « envisagées par le gouvernement dans le cadre du budget de 2017, au moment où l'activité économique ne fait que régresser, et contre les projets de réajustement des salaires, alors que de nombreuses entreprises réduisent leurs effectifs ». Selon lui, ces décisions risquent de « pousser les entreprises libanaises à recruter des réfugiés (syriens) à la place des Libanais pour réduire leurs charges salariales ».
Auparavant, le patriarche avait reçu le ministre des Télécommunications, Boutros Harb, ainsi que le député Henri Hélou, pour deux entretiens axés sur la crise politique dans le pays. Dans une déclaration à la presse sur le perron de Bkerké, Boutros Harb a affirmé avoir sollicité l'intervention de Mgr Raï « afin d'éviter l'effondrement du pays ». Il a jugé fondamental dans ce cadre le lancement d'une initiative qui « empêcherait certains de creuser davantage le fossé entre les Libanais et qui mettrait fin aux surenchères qui ne peuvent en aucune façon représenter un moyen pour préserver le droit des chrétiens au sein de l'État ». Dans le même ordre d'idées, M. Harb a mis en garde contre « une destruction de l'État qui anéantirait avec elle la garantie principale de la présence chrétienne au Liban ». « La protection des chrétiens passe par une reconstitution du pouvoir, à commencer par la présidence dont la vacance est essentiellement préjudiciable aux chrétiens », a-t-il dit. Le ministre a en outre fait état d'une « convergence de vues avec le patriarche sur la nécessité d'une rationalisation du discours politique qui devient grave ».
De son côté, M. Hélou, qui a été retenu à déjeuner par le patriarche, a plaidé en faveur d'une reprise du dialogue national qu'il a présenté comme une voie vers une sortie de la crise en cours dans le pays.

