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Nos lecteurs ont la parole - Nay Ghanem

Pensées partagées avec le député martyr Antoine Ghanem

Je ressens le besoin de te parler, mais je ne sais pas par où commencer. Après neuf ans, tous les mots sont déplacés, la moindre pensée est absurde. Mais puisque je sais qu'intrinsèquement tu n'as pas changé et que je peux encore me confier à toi, je tente de briser cet affreux silence qui nous sépare.
Je te parle avec simplicité, toi qui es demeuré aimant, souriant, serviable, modeste et fidèle à toi-même en toutes circonstances. Toi qui as toujours compris la complexité des hommes sans jamais les juger. Toi qui as cultivé une paix intérieure inébranlable dans le chaos et l'injustice.
Pardonne-moi si je ne crois plus en rien. Car malgré les sacrifices, nous mourrons lentement au quotidien dans ce Liban qui ne nous ressemble plus. Mais je crois encore à la pureté de ton engagement et à celui de tes camarades. Je crois que seul l'amour inconditionnel et démesuré peut changer le destin. Je crois encore au soleil, au vent et aux vagues de l'océan. Je crois aux rires sincères de tes neuf petits-enfants. C'est toi qui allume le soleil tendrement et gracieusement pour les voir sourire?
Permets-moi de te parler au nom de tous les Ghanem, si différents, mais dont le cœur bat indéniablement de la même façon. Tu nous as promis que nous ne craignions rien si on s'arme d'amour, d'espérance et de pardon, et que nous restons justes face à l'épreuve. Pourquoi n'as-tu jamais mentionné que le chemin est parfois parsemé d'obstacles? C'est toi qui éclaire les étoiles lorsqu'il s'avère solitaire et difficile à parcourir?
Sans toi, la vie continue. La vie continue toujours. Elle continue différemment, mais elle continue. Je ne saurai te dire si c'est malheureux ou si c'est une chance offerte. Tu sais, la vie nous impose des combats, souvent vains. Et pourtant, il n'y a qu'un seul combat qui mérite d'être mené, c'est celui de vivre en aimant infiniment et inconditionnellement. Y a-t-il un autre combat qui mérite d'être engagé?
Pardonne-moi s'il m'arrive de douter des valeurs irréprochables que tu nous as transmises dans le sang alors même qu'elles ont protégé l'intégrité de notre âme. Et si je les trouve parfois inefficaces pour nous protéger des méandres de la vie, c'est parce que dans notre époque, la méchanceté gratuite est souvent confondue avec l'intelligence. Pourquoi l'insécurité politico-économique réveille-t-elle l'insécurité des hommes?
Je sais que demain est un autre jour. Mais j'espère aussi que justice soit faite dans le dossier de ton assassinat politique. Et pourtant je sais que tu n'attends plus rien et que tu répètes chaque soir sans esprit de retour ni de revendication: «Nous avons fait ce qu'il fallait.» Albert Camus, Le sang de la liberté, Combat, le 24 août 1944.

Je ressens le besoin de te parler, mais je ne sais pas par où commencer. Après neuf ans, tous les mots sont déplacés, la moindre pensée est absurde. Mais puisque je sais qu'intrinsèquement tu n'as pas changé et que je peux encore me confier à toi, je tente de briser cet affreux silence qui nous sépare.Je te parle avec simplicité, toi qui es demeuré aimant, souriant, serviable, modeste et fidèle à toi-même en toutes circonstances. Toi qui as toujours compris la complexité des hommes sans jamais les juger. Toi qui as cultivé une paix intérieure inébranlable dans le chaos et l'injustice.Pardonne-moi si je ne crois plus en rien. Car malgré les sacrifices, nous mourrons lentement au quotidien dans ce Liban qui ne nous ressemble plus. Mais je crois encore à la pureté de ton engagement et à celui de tes camarades. Je crois...
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