En ce qui touche certaines disgrâces et certaines souffrances de l'humanité, l'imagination des écrivains les mieux doués semble impuissante au regard du témoin qui se borne à rapporter les faits comme ils existent vraiment. C'est pourquoi, dans les conjonctures graves et les situations critiques, le simple témoignage supplante parfois l'œuvre composée par l'écrivain. Si la paix de notre esprit, de notre conscience et de notre honneur même se trouve intéressée par certaines vérités, l'opinion publique demande, non des fictions, mais des réalités, même si elles sont cruelles. Nous ne voulons ni accuser ni condamner, mais essayer de comprendre la complexité de certaines situations parfois désespérées et parfois suicidaires. Mais avant de développer le sujet, nous voudrions rappeler deux réponses que l'actrice Marilyn Monroe a données en son temps à un journaliste qui lui avait demandé pourquoi elle avait posé nue dans un calendrier qui lui donna la célébrité et qui fut vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Elle répondit : « J'avais souvent faim et je ne pouvais pas payer mon loyer depuis trois mois. »
Autant qu'on puisse écrire, tout n'est pas dit, et souvent l'on vient trop tard lorsque des êtres humains se dégradent et s'offrent en pâture au regard de spectateurs ou téléspectateurs qui ne rougissent pas de ce qu'ils voient. Une nouvelle forme d'esclavage moderne est née. Des êtres en mal de vivre, en mal d'argent, en mal de célébrité sont dans une situation de détresse. Ces êtres sont, pour la majorité, des femmes dont l'abaissement est tel qu'elles semblent avoir perdu jusqu'au sens le plus élémentaire de la dignité humaine. Nous-mêmes et l'opinion publique nous émouvons et nous révoltons devant le spectacle de corruption auquel s'adonnent hommes et femmes dans les films X.
Ce qui est le plus étrange, c'est qu'il faille vaincre l'indifférence, l'ironie même des gens du peuple ; leur dessiller les yeux, leur faire prendre conscience de la gravité du mal et de leur propre responsabilité, éveiller leur intérêt, gagner leur sympathie, obtenir leur concours afin de mettre fin à ce drame. Devons-nous admettre que le destin a marqué de sa griffe anonyme certains êtres pour les vouer à se livrer irrésistiblement à la lubricité et à la libido avec une excessivité paradoxale ?
Il faudrait faire un effort pour comprendre ces personnes aveulies qui se dégradent en chair et en esprit pendant deux ans, le temps d'un contrat, de 300 dollars par film, à raison de deux à trois par semaine, pour ensuite être jetées dans la nature. L'équilibre moral et psychologique semble-t-il évanoui à jamais ? Et que dire de leur état d'âme ? Des filles et des femmes larguées au large et dans les larmes, laissées sans cesse dans le monde en proies humaines à dévorer. Ces films et cette sensualité qu'on affiche ouvertement font vivre le monde contemporain adolescent et adulte dans un état hypersexuel qui n'est pas sans danger.
Un langage courant chez un nombre dérisoire d'adolescents le lundi matin à l'école : « As-tu vu le film X samedi soir sur XXL ? », XXL étant une station satellite de films pornographiques ; son camarade acquiesce malicieusement de la tête et la tourne à droite pour rencontrer le regard d'un troisième camarade qui fait semblant de ne rien comprendre, mais qui parle de la scène à son meilleur ami. Toutefois, le problème n'est pas seulement au niveau de la jeunesse, mais aussi au niveau de l'adulte. Après avoir visionné ce genre de film qu'on appelle parfois hard à juste titre, l'adolescent et l'adulte non avertis associeront la tendresse avec la grossièreté, les caresses affectueuses avec la violence, le consentement amoureux avec la soumission, la virilité avec l'abus.
La beauté au service du vice
De nombreux(ses) adolescent(es) ont déjà vu un film X. Ils/elles subissent une « maltraitance audiovisuelle » qui a un impact identique à un abus sexuel. Les images sont très faciles d'accès, non seulement sur le petit écran pour ceux qui ont un receiver, mais aussi sur Internet. En grandissant, l'adolescent(e) ajuste progressivement l'idée qu'il/qu'elle se fait de la sexualité avec la réalité qu'il/qu'elle rencontre. Mais le film X fait «effraction» dans l'univers de la jeunesse. Il bouleverse l'évolution du jeune en lui donnant une représentation fausse de la sexualité à un moment où il est en pleine puberté. L'impact sera très différent selon les cas. La plupart des adolescent(e)s (ceux/celles qui ont un bon équilibre psychologique) vont digérer ces images en fonction de leur état d'âme et de conscience (ces jeunes ont la possibilité de faire le tri ; ils savent que ce n'est pas la réalité). D'autres, en conséquence, mélangeront les situations sentimentales pures et douces avec la haine, les échanges de mots doux avec les paroles humiliantes, la douceur avec la brutalité et l'agression.
Les modes d'accession aux films X et aux stations satellitaires sont nombreux, car qui veut peut. Certains parents naïfs et dans le vent, un peu nouvelle génération, vous diront que les adolescents apprendront la technique de l'amour en visionnant ces films. Comment peut-on parler de technique lorsque dans ces films tout est mécanique, les dialogues stéréotypés, le langage vulgaire, l'affection simulée? Certains iront jusqu'à prétendre que les couples inexpérimentés sur le plan conjugal apprendront à mieux jouir de leurs sens et qu'il y aurait là un aspect pédagogique de l'érotisme.
Ensuite, il y a récidive dans la vision de ces films, et franchement, on finit par avoir une addiction pour les films X. Cela peut avoir des conséquences nocives sur des esprits d'adolescents ou d'adultes incapables de prendre de la distance par rapport à ce qu'on leur donne à voir. Les scènes vues sont dites dangereuses quand elles cessent d'exposer des corps simplement dénudés pour montrer des corps violés et souffrants, exhibant une pseudo-libido.
Ici, la problématique n'est pas la consommation de l'acte sexuel tout court, mais le sentiment de toute-puissance, de contrôle total de l'homme sur la femme. Aujourd'hui, ce que l'on voit dans l'immense majorité des films X, ce n'est pas seulement une femme et des hommes, mais des hommes qui soi-disant exercent un pouvoir absolu sur une femme, qui la contrôlent totalement pour s'en servir comme bon leur semble. Le plus périlleux, c'est que ces films arrivent à persuader qui de droit que la femme trouve un réel plaisir à être soumise et humiliée, et il faut que l'apothéose se termine dans un sourire niais et radieux, sinon démoniaque.
Toute beauté est un reflet de la beauté divine, et c'est vraiment sinistre et décevant qu'on mette la beauté au service du vice. Lorsque des femmes aussi jeunes et aussi jolies sont disponibles pour faire damner des innocents, ce n'est plus de l'admiration qu'on ressent, mais une sensation amère, révoltante et acerbe.
Toutes considérations étant faites, il a été prouvé que les délits d'ordre sexuel commis sur le plan conjugal et extraconjugal sont le fruit d'une assistance assidue aux spectacles de série X de l'adolescent et même de l'adulte, qui établissent inconsciemment un lien entre violence et érotisme.
Le plaisir de l'homme et les larmes cachées de la souffrance féminine
Cette assimilation du plaisir de l'homme contre les larmes cachées et la souffrance féminine est proposée à des publics très jeunes ne pouvant pas faire une différence nette entre fiction et réalité. Et c'est le but que se fixe l'industrie du X de faire prendre «l'apparence» par le «réel». Le plus grave, et, disons-le franchement, le plus dangereux, c'est que ces films nous laissent comprendre que la femme trouve un plaisir à être soumise, violentée et humiliée. Ainsi, certains finissent par agir selon des règles qu'ils croient partagées, où la brutalité serait la valeur première des normes sexuelles.
Les scénarios se ressemblent à quelques différences près. En fait, il est question d'une jeune fille présentée comme «experte» malgré son âge et qui subit les assauts de plusieurs hommes qui font des commentaires sur la qualité de ses capacités érotiques. La jeune femme accepte tout et se plaît à demander à ses partenaires de pousser le jeu le plus loin possible pour lui permettre d'arriver au summum du plaisir.
Les figurantes qui se croient des starlettes, si on peut les appeler ainsi, sont exploitées par les metteurs en scène qui les transforment en femmes objets ou femmes jouets en situation de faiblesse, possédées par plusieurs partenaires de race blanche, noire ou jaune, de sexe masculin ou féminin, et parfois par des transsexuel(les) et des travesti(e)s. Chacun(e) ajoute une technique nouvelle que son/sa concurrent(e) n'a pas prévue. À la fin du film, la fille qui rechignait à subir autant d'assauts à la fois simule la jouissance la plus totale, et le sourire est de rigueur, même si les quatre à cinq accouplements engagés sont de nature bisexuelle, sadique ou sadomasochiste.
Le marquis de Sade, célèbre pour avoir innové et encouragé le sadisme, mot dont l'étymologie est tirée de son nom, a écrit une rime qui ferait frémir tout homme de bonne volonté. Cette rime est la suivante: «Tous les hommes sont fous, et qui n'en veut point voir, doit rester dans sa chambre et casser son miroir » (autrement dit, en cassant son miroir, il ne verrait pas sa propre image qui serait toujours, selon le marquis de Sade, celle d'un fou). On remarque au terme de ce développement qu'aujourd'hui l'érotisme est d'une telle étendue que de quelque côté que l'on tourne le regard, il se présente, ici ou là, une scène osée, et franchement il faut le dire, celui qui n'en veut point regarder doit tenir fermés ses yeux pour quelques secondes.
Mais le comble, c'est que ces nymphettes suivent des directives à la lettre et elles se déchaînent dans leur corps avec un collier portant parfois un crucifix, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont chrétiennes, mais des athées qui veulent avilir la croix de Jésus-Christ. Ceux qui visionnent ces films au Proche-Orient ou dans le monde croient qu'elles sont chrétiennes, d'où naissent des préjugés et des condamnations de la religion chrétienne; tout cela, c'est l'œuvre de personnes dépravées qui veulent se donner une importance en portant la croix.
Les films X génèrent un chiffre d'affaires global considérable: cinquante milliards de dollars au niveau mondial. Le sexe sur Internet atteint un montant de deux à quatre milliards de dollars annuels dans l'univers.
Et Dieu dans tout cela? Qu'il veuille bien pardonner ces offenses et ces scandales, lui qui continue à faire germer le grain de blé et à nous donner notre pain quotidien.
Sylvain THOMAS

