L'opposant Jean Ping a déposé, hier, un recours devant la Cour constitutionnelle du Gabon pour contester les résultats de l'élection présidentielle, remportée par le président sortant Ali Bongo Ondimba, selon un communiqué de son équipe de campagne. « Jean Ping a déposé au greffe de la Cour constitutionnelle une requête en réformation de la proclamation (...) des résultats de l'élection présidentielle du 27 août 2016 dans la province du Haut-Oogoué », indique le communiqué. La province du Haut-Oogoué est le fief familial des Bongo, qui a permis, selon les résultats officiels, la victoire sur le fil du président sortant. Le recours porte sur « le recomptage des suffrages dans cette province, bureau de vote par bureau de vote, à travers la confrontation des procès-verbaux détenus par la Cénap (commission électorale nationale) et toutes les parties », est-il encore écrit dans le document.
« Nous demandons à la Cour de constater qu'il y a des anomalies graves », a déclaré un des avocats de M. Ping, Jean-Rémy Batsantsa, reprenant les mots de l'observatrice en chef de l'Union européenne, Mariya Gabriel. « Nous avons 174 procès-verbaux (pour le Haut-Oogoué). Quand nous les compilons, nous nous rendons compte que, dans tous les cas, Ali Bongo ne peut pas gagner cette élection », a ajouté Me Batsantsa.
« Si nous allons devant la Cour constitutionnelle, nous entrons dans un piège d'où nous ne sortirons plus », expliquait, mercredi soir, un proche de M. Ping, affirmant : « Les dés sont totalement pipés avec la Cour », comparant l'institution à « la tour de Pise qui penche toujours du même côté ». Mais reconnaissait-il, « il vaut mieux faire cette saisine-là pour rester jusqu'au bout dans le cadre légal. C'est ce que demandent la France, les États-Unis et l'Union européenne », rappelait-il en espérant « que la pression internationale pourra se faire » pour un examen équitable des recours.
La France, ancienne puissance coloniale, a d'ailleurs clairement rappelé hier la position de la communauté internationale à ce sujet. Paris « souhaite que toutes les possibilités de recours soient engagées et que toutes les vérifications soient faites », a insisté le porte-parole du gouvernement français, Stéphane Le Foll. « Nous ne sommes plus dans la situation d'avant, il n'y a plus de Françafrique. La France n'est plus là pour décider à la place des pays africains, elle est là pour aider à trouver une solution et appuie la mission de l'Union africaine », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, la visite d'une délégation de chefs d'État de l'Union africaine, attendue avant la fin de la semaine pour faire baisser la tension, a finalement été reportée « sine die pour des raisons de calendrier », a annoncé le ministre gabonais des Affaires étrangères, Emmanuel Isozet Ngondet. « Il n'y a pas péril en la demeure, ni de situation sécuritaire ou humanitaire explosive qui justifierait une intervention plus ou moins musclée de la communauté internationale », a-t-il estimé. La saisine de la Cour offre un délai supplémentaire pour une médiation, car le tribunal a 15 jours pour examiner les recours et proclamer les résultats définitifs du scrutin.
(Source : AFP)


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