Les troubles ont fait « au minimum 50 morts et disparus », a affirmé hier le coordonnateur de campagne de Jean Ping, René Ndemezo Obiang (droite), lors d'une conférence de presse. Steve Jordan /AFP
Le président gabonais Ali Bongo Ondimba, dont la réélection est violemment contestée par l'opposition, a contre-attaqué hier en martelant que la saisine de la Cour constitutionnelle est l'unique solution envisageable de sortie de crise.
La date limite des recours devant la Cour est fixée à cet après-midi.
Mais Jean Ping, le candidat de l'union de l'opposition arrivé juste derrière Ali Bongo selon les résultats officiels, et qui s'est autoproclamé président élu, affirme que la Cour est totalement inféodée à la présidence.
Renvoyant dans les cordes les observateurs de l'Union européenne qui ont fait état mardi d'une « anomalie évidente » dans les résultats du scrutin à un tour du 27 août, M. Bongo a jugé que « certains (d'entre eux) ont outrepassé leur mission ».
S'exprimant sur la radio française RTL, sur RFI et Europe-1, le président sortant a également balayé d'un revers de la main toute possibilité d'un recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote. Ce recomptage est réclamé par l'opposition mais aussi par la France, ancienne puissance coloniale toujours influente dans ce petit pays pétrolier d'Afrique centrale. M. Bongo a répété qu'une telle disposition n'était pas prévue par la loi électorale et relevait exclusivement d'une décision de la Cour.
M. Ping n'avait toujours pas annoncé hier soir s'il avait décidé ou non de saisir le tribunal. « Nous verrons », s'est borné à répondre son coordonnateur de campagne René Ndemezo Obiang à la presse qui l'interrogeait sur ce point.
Tacle pour l'opposition
« Je ne peux pas violer la loi » qui donne compétence seulement à la Cour constitutionnelle pour ordonner un recomptage, a argumenté M. Bongo. « Mes adversaires le savent, ils ont fait voter cette loi. Et quand cette loi a été votée, je n'étais même pas au gouvernement alors que certains d'entre eux y étaient », a-t-il poursuivi. Il faisait référence à nombre de responsables de l'opposition, dont M. Ping, qui ont travaillé durant de longues années aux côtés de son père, Omar Bongo, décédé en 2009 après avoir dirigé le Gabon pendant 41 ans. Il tacle d'ailleurs son rival à ce sujet : « Ce n'est pas à 74 ans que M. Ping va commencer une carrière de démocrate qu'il n'a jamais été. »
Il a également confirmé son intention de déposer des recours devant l'institution pour contester des résultats de M. Ping dans certains bureaux.
L'annonce des résultats officiels provisoires du scrutin le 31 août a déclenché une vague d'émeutes meurtrières et des pillages massifs à Libreville et dans plusieurs villes de province. « Le bilan matériel est très important. Nous sommes encore en train d'évaluer tout ce qu'il y a eu de pillé, de brûlé, de cassé. En ce qui concerne le bilan humain, nous déplorons trois décès et une centaine de blessés », a indiqué le chef de l'État, reprenant le bilan du ministère de l'Intérieur. Les troubles ont fait « au minimum 50 morts et disparus », a affirmé le coordonnateur de campagne de M. Ping.
Une délégation de chefs d'État de l'Union africaine est attendue à Libreville pour tenter de désamorcer la crise et éviter que le Gabon, jusqu'à présent un des rares pays stables d'une région troublée, ne sombre à son tour dans le chaos.
(Source : AFP)


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