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Liban

Le Théâtre de dix heures et Dudul feront toujours partie du patrimoine libanais

Le Théâtre de dix heures est arrêté lorsque le beau Liban a disparu ! Abdallah Nabbout, qui avait pris le nom de scène de Dudul, n'a pu endurer cette longue absence. Il nous a quittés il y a plusieurs jours. La vie au pays du Cèdre n'était plus supportable...

Abdallah faisait partie de mes plus bons amis, ceux que j'aime de tout mon cœur. Lorsqu'il a rendu son dernier souffle, j'ai retenu en mes yeux toutes les larmes du Liban, le Liban d'avant 1975, notre Liban. Permettez-moi en ces quelques mots de pleurer un peu !
Dudul, qui avait créé le Théâtre de dix heures, ce théâtre satirique des plus évolués, vivait en ce théâtre et ce théâtre vivait en lui !
Il allait, à la sortie du spectacle, accueillir les gens, plaisanter avec eux et leur faire entendre ses dernières pointes contre les politiques, puis revenait en fin de nuit à son théâtre pour dormir dans cet antre qui était son lieu de vie.
Il ressemblait beaucoup à ce Liban, et c'est pourquoi ils vivaient, comme deux amoureux, ensemble. Et lorsqu'il a senti que son Liban n'était pas seulement fini, mais qu'il n'y avait également plus d'espoir, que les ordures avaient triomphé de son paysage et de ses gouvernants, il a décidé de migrer, et sa migration, les derniers jours, était entièrement faite de souffrances, de douleurs intenables. Il n'acceptait pas que le Liban meure et qu'il demeure lui-même en vie, et il n'était pas possible que son cœur s'arrête de battre si le cœur du Liban n'avait pas cessé de faire sonner les cloches révélatrices de la joie !
Le Théâtre de dix heures créé par Dudul était similaire à son créateur. Les théâtres ne diffèrent que par leur impact sur les gens, leur pouvoir d'exprimer de manière sarcastique, mais non blessante, l'injustice subie.
Ce théâtre qui est né du cœur de Dudul et qui lui ressemblait était le dernier fil comique liant encore l'homme libanais à l'autre homme de ce pays, et le dernier facteur porteur de lettres satiriques aux tribus en conflit (lesquelles n'écrivaient plus des lettres patriotiques et n'en recevaient plus non plus).
Il était un théâtre agressif, volcanique, déposé au frigo par la guerre de libération de la Palestine (à Jounieh et Ouyoun el-Simane !), puis par la guerre de libération de la Palestine (à Lattaquieh et Alep !)
Lorsque le théâtre railleur avait arrêté son activité après la guerre civile libanaise, j'avais demandé à Dudul pourquoi il ne reprenait pas ses représentations, et il m'avait répondu : « Comment veux-tu qu'un théâtre railleur soit beau au sein de ce spectacle hideux que nous offre aujourd'hui le Liban ? »
Ce théâtre a été un séisme bienfaiteur qui est venu puis est parti en laissant derrière lui des roses, du rire, des lumières railleuses éclairant les vices des politiciens, de la politique et de la société.
Il était cette folie que nul gouvernement de l'époque n'avait pu faire juger et à laquelle il n'avait jamais pu s'opposer ou porter atteinte. Elle était plus forte que tous les gouvernements de ce temps.
Ce théâtre de Dudul était un feu d'artifice qui faisait flamber l'eau, les arbres, les moments mêmes du spectacle, les joueurs et les spectateurs ! Il était le heurt quotidien entre la triste réalité que nous vivions et le modèle idéal dont il rêvait, ce pourquoi il tentait de dessiner en son théâtre un rire où ne figurent pas des militaires, ni des hommes de religion. Le mot de ce théâtre était de la même dimension que le rire. Il produisait en ces si beaux temps un tremblement dans l'écorce de la terre libanaise et réalisait, avec son humour intelligent et raffiné, un changement dans la carte du monde libanais et de l'homme du Liban !
Dudul a conservé au théâtre son orgueil parce qu'il a su comment haïr les courtisans et les lèche-bottes.
Il était partie du voyage des oiseaux, du parfum des fleurs, du pleur des pluies sur les toits de tuiles des vieilles maisons de Beyrouth.
Le Théâtre de dix heures était la dernière des belles choses de notre vie au Liban !
C'était le dernier poème avant que nous sombrions dans l'illettrisme !
Le dernier grain de blé avant la sécheresse qui nous a envahis !
La dernière lune avant que nous attaque la nuit !
Si Florence est fière de son Michel Ange, Venise de ses vitraux colorés, Jérusalem de ses saints et prophètes, Bassora de son million de palmiers, le Liban est, lui, fier d'avoir été le pays du Théâtre de dix heures, bâti par Dudul.
Dudul ne disparaîtra pas, parce Baalbeck sera toujours là, parce que les cèdres seront toujours debout, parce que le Théâtre de dix heures fera toujours partie du patrimoine libanais.
Tu demeureras, Abdallah, dans nos cœurs !

Le Théâtre de dix heures est arrêté lorsque le beau Liban a disparu ! Abdallah Nabbout, qui avait pris le nom de scène de Dudul, n'a pu endurer cette longue absence. Il nous a quittés il y a plusieurs jours. La vie au pays du Cèdre n'était plus supportable...
Abdallah faisait partie de mes plus bons amis, ceux que j'aime de tout mon cœur. Lorsqu'il a rendu son dernier souffle, j'ai retenu en mes yeux toutes les larmes du Liban, le Liban d'avant 1975, notre Liban. Permettez-moi en ces quelques mots de pleurer un peu !Dudul, qui avait créé le Théâtre de dix heures, ce théâtre satirique des plus évolués, vivait en ce théâtre et ce théâtre vivait en lui !Il allait, à la sortie du spectacle, accueillir les gens, plaisanter avec eux et leur faire entendre ses dernières pointes contre les politiques, puis revenait en fin...
commentaires (1)

Enfin un hommage à Dudul qui représente à lui seul un pan de l'anthropologie politique et sociale du Liban ! Ce n'était pas trop tôt. Malgré le ton inutilement alarmiste de l'article, il est bon d'entendre reparler du théâtre des 10h qui fait partie d'un temps "que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître". Beyrouth en ce temps-là ...

Marionet

10 h 38, le 03 septembre 2016

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Commentaires (1)

  • Enfin un hommage à Dudul qui représente à lui seul un pan de l'anthropologie politique et sociale du Liban ! Ce n'était pas trop tôt. Malgré le ton inutilement alarmiste de l'article, il est bon d'entendre reparler du théâtre des 10h qui fait partie d'un temps "que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître". Beyrouth en ce temps-là ...

    Marionet

    10 h 38, le 03 septembre 2016

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