L’Onu a appelé à une pause dans les combats à Alep et à un accès immédiat aux quelque 1,5 million d’habitants qui risquent d’être totalement assiégés dans cette ville du Nord syrien où rebelles et régime se préparent à une bataille décisive. Rodi Said/Reuters
Les États-Unis et la France ont réclamé hier que de l'aide humanitaire puisse parvenir dans la ville assiégée d'Alep, avant que ne soit envisagée la tenue de nouveaux pourparlers de paix. L'ambassadrice américaine auprès de l'Onu, Samantha Power, a déclaré à la presse qu'il était urgent de reprendre les négociations « mais le contexte des discussions doit aussi être correct ». « Sur l'accès humanitaire, (...) nous sommes en marche arrière », a ajouté l'ambassadrice, à l'issue d'une réunion à huis-clos du Conseil de sécurité. L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura a pour sa part rendu compte de la situation devant le Conseil hier, faisant part de son espoir d'une reprise des pourparlers à la fin du mois tout en prévenant que la catastrophe humanitaire à Alep devait être abordée, ont rapporté des diplomates. « Je ne vois pas comment nous pourrions avoir des discussions sérieuses s'il n'y a pas un minimum d'environnement propice pour ça », a commenté Alexis Lamek, ambassadeur adjoint français.
De son côté, le responsable des opérations humanitaires de l'Onu Stephen O'Brien a renouvelé son appel pour une trêve de 48 heures à Alep et s'est dit, après la réunion à huis-clos, « encouragé » par le fait que le Conseil semble uni derrière sa proposition.
En revanche, la Russie a maintenu qu'il ne devrait y avoir aucune condition préalable à de telles tractations, que les Nations unies espèrent reprendre à Genève à la fin du mois. L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a relevé que Moscou discutait avec Washington au sujet de la livraison d'aides humanitaires à Alep, mais a rejeté toute suggestion que les pourparlers de paix pourraient capoter à cause de la situation dans cette ville. Selon lui, l'écueil le plus important dans les discussions est l'insistance de l'opposition à ce que le président Bachar el-Assad quitte le pouvoir.
Importantes pénuries
Auparavant, l'Onu avait appelé à un accès humanitaire immédiat aux quelque 1,5 million d'habitants à Alep. Des centaines de milliers de civils sont désormais pris au piège à Alep avec notamment d'importantes pénuries et une flambée des prix. « L'Onu se tient prêt à aider la population civile d'Alep, une ville désormais unie dans sa souffrance », ont affirmé le coordinateur humanitaire de l'Onu pour la Syrie, Yacoub el-Hillo, et le coordinateur régional Kevin Kennedy. Les stocks de nourriture et de médicaments sont « à un niveau dangereusement bas », ont-ils prévenu, appelant à des « pauses humanitaires hebdomadaires de 48 heures » dans les combats. Aussi bien le régime que les rebelles parviennent encore à faire entrer de la nourriture et d'autres produits dans les secteurs sous leur contrôle mais ces voies d'acheminement ne sont pas assez sûres pour permettre aux civils de les emprunter. « Toute la ville est sans eau courante depuis quatre jours. Les enfants et les familles à Alep sont confrontés à une situation catastrophique », s'est alarmé le Fonds de l'Onu pour l'enfance (Unicef). « Ces coupures d'eau surviennent en pleine canicule, ce qui expose les enfants à des risques graves de maladies », a souligné Hanaa Singer, représentante de l'Unicef en Syrie. « Le rétablissement de l'eau potable courante ne peut pas attendre la fin des combats ». « La vie des enfants est en danger », a-t-elle souligné. D'après l'Onu, deux millions de personnes « vivent de facto dans la peur d'être assiégées », dont 275 000 dans l'est d'Alep. Les experts estiment pour leur part à 1,2 million la population dans la partie gouvernementale et à quelque 250 000 celle du secteur rebelle.
« Mère de toutes les batailles »
Sur le terrain, les deux camps ont reçu ces derniers jours d'importants renforts en hommes et en armes à Alep et dans ses environs, après que les rebelles eurent brisé samedi trois semaines de siège imposé par le régime aux quartiers sous leur contrôle. À la faveur de cette contre-offensive, les rebelles ont pu du même coup encercler partiellement les quartiers prorégime dans l'ouest d'Alep, avant d'annoncer leur intention de s'emparer de l'ensemble de la ville, enjeu majeur du conflit qui ravage le pays depuis plus de cinq ans.
Hier, les combats se déroulaient près de Ramoussa que les troupes du régime veulent à tout prix reprendre. Mais « la grande bataille n'a pas encore commencé », a affirmé Yasser Abdelrahim, un commandant rebelle, précisant que les préparatifs étaient encore en cours. « Nous attendons plus de renforts et nous essayons d'identifier les points faibles de l'ennemi. »
Une source militaire à Damas a affirmé que les forces du régime s'étaient rapprochées d'un complexe militaire près de Ramoussa aux mains des rebelles.
Hormis ces combats, les raids du régime se poursuivaient sur le secteur est d'Alep, où trois civils ont péri, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Ahmad, un habitant d'un quartier gouvernemental proche de Ramoussa, a affirmé que « de nombreuses troupes se massaient à la lisière du secteur. La situation est effrayante ». « La bataille d'Alep est sans doute la plus symbolique et la plus stratégique des batailles en Syrie », écrit Charles Lister, du Middle East Institute. « Bien qu'il soit très improbable que l'opposition s'empare de la totalité de la ville, le fait d'avoir brisé le siège a envoyé un important message sur le caractère infatigable de la rébellion », souligne-t-il dans une analyse postée sur Internet sous le titre d'« Alep, mère de toutes les batailles ».
Par ailleurs, toujours selon l'OSDH, deux raids de l'aviation du régime ont tué 15 civils, dont trois enfants, dans la localité de Mheimidi, dans la province de Deir ez-Zor largement contrôlée par le groupe État islamique (EI).
(Source : AFP)

