Des emplois ont été créés mais ne rémunèrent pas assez pour permettre d’habiter aux alentours désormais. Jeff J. Mitchell/Reuters
À Stratford, dans l'est de Londres, les Jeux olympiques de 2012 laissent un souvenir mitigé : si le quartier déshérité, qui accueillait le principal site des épreuves, a gagné en transports et en infrastructures, c'est au prix d'une gentrification forcenée qui a chassé bien des habitants.
Sur le plan sportif, les Jeux de Londres, considérés par beaucoup comme parmi les plus réussis de l'ère moderne, ne font pas débat.
Le ministre des Sports de l'époque, Hugh Robertson, souligne qu'ils ont en outre poussé de nombreux Britanniques à faire du sport, avec 1,5 million de pratiquants supplémentaires depuis 2012.
Selon lui, le bilan est aussi très positif pour le quartier de Stratford, totalement transformé par les investissements reçus, avec des équipements sportifs et des bâtiments modernes qui ont poussé au milieu des terrains vagues.
L'autre principale réussite des Jeux a été de créer de nombreux emplois dans ce coin de l'est de Londres jusque-là abandonné, déclare-t-il à l'AFP.
Certes, tous les habitants n'en ont pas profité, admet-il. Mais la faute en incombe au gouvernement et non aux organisateurs des Jeux, dit-il encore, avant d'avancer : « C'est peut-être aussi lié aux compétences qui étaient requises. »
La sociologue Penny Bernstock, spécialiste du logement et du changement social dans l'est de la capitale britannique, reconnaît des avancées notables en matière de transports. Mais, déplore-t-elle, le nombre de sans-abri à Newham (le district qui inclut Stratford) a explosé de 151 % entre 2012 et 2015, contre 51 % pour la capitale dans son ensemble.
« On va tous devoir partir »
Et si des emplois ont bien été créés, ces derniers l'ont surtout été dans les services et la vente, et ne rémunèrent pas assez pour permettre d'habiter aux alentours désormais. « De nombreux appartements en vente dans ce quartier dit abordable ne sont en réalité accessibles qu'à des personnes gagnant 73 000 livres (96 000 dollars) par an », dit-t-elle.
Dans la zone, qui ne compte que 675 logements sociaux, un deux-pièces coûte en moyenne 600 000 livres (790 000 dollars), et il faut débourser 300 000 livres (395 000 dollars) pour un logement dit « abordable », soit spécialement destiné aux personnes à revenus faibles.
Selon une étude de la plateforme de financement participatif Property Partners, les prix de l'immobilier ont grimpé de 64 % dans les six arrondissements entourant le parc olympique depuis la cérémonie d'ouverture des Jeux en juillet 2012. Soit 11 points de plus que la hausse moyenne enregistrée par Londres dans son ensemble.
Hugh Robertson juge « légitime » la critique de la gentrification mais, pour lui, les Jeux en valaient la chandelle.
« Nous avons fait de la plus grosse friche industrielle de Londres, on ne va pas dire un jardin d'Éden, mais un lieu avec des infrastructures et une offre de logements extraordinaire », argue-t-il.
Des arguments loin de convaincre Andrew et sa femme, habitants du quartier de longue date. « Dans ce lotissement, l'héritage (des Jeux), c'est qu'on va tous devoir partir. Nous apprécions la proximité du parc et le stade, mais c'est à cause d'eux que nous allons perdre notre logement. Le conseil municipal va détruire tout ça et construire de nouveaux immeubles », explique Andrew en désignant les maisons de sa rue.
Pirate IRWIN/AFP


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