Le gouverneur de la BoE, Mark Carney, a espéré que les mesures annoncées allaient « réduire l’incertitude et tempérer le ralentissement économique ». Justin Tallis/AFP
La Banque d'Angleterre (BoE) a annoncé hier qu'elle abaissait son taux directeur à son plus bas niveau historique, 0,25 %, afin de soutenir l'économie britannique en proie à un accès de faiblesse depuis la décision du pays de quitter l'Union européenne.
Il s'agit du premier abaissement du taux de la BoE depuis mars 2009, lorsque l'institut d'émission cherchait à sortir le Royaume-Uni d'une récession dans laquelle il avait plongé en pleine crise financière internationale. La Banque centrale a laissé entendre qu'elle pourrait même prochainement réduire ce taux à quasiment zéro.
La BoE a en outre décidé d'injecter davantage de liquidités dans l'économie, en augmentant notamment de 60 milliards de livres (80 milliards de dollars) son programme de rachats d'obligations d'État, dont le montant total passe désormais à 435 milliards de livres (580 milliards de dollars). La banque a aussi lancé un nouveau programme d'achats d'obligations d'entreprises, pour un maximum de 10 milliards de livres (13 milliards de dollars). Elle a enfin créé un système pour fournir des fonds à bon marché aux banques : il s'agit d'un accès à un total de 100 milliards de livres (130 milliards de dollars) mis à disposition par la BoE pour permettre aux institutions financières de bénéficier au plus vite de l'abaissement du taux directeur.
En assouplissant sa politique monétaire, l'institut d'émission veut doper une économie qui suscite l'inquiétude depuis le référendum.
La BoE a prévu pour sa part une « croissance nettement plus faible » maintenant que le pays se dirige vers la sortie de l'UE et table notamment sur une croissance de seulement 0,8 % en 2017, contre 2,3 % attendus auparavant. L'institution monétaire juge qu'avec les mesures annoncées hier, le pays devrait échapper à la récession. En effet, après la montée vertigineuse des prix de ces dernières années, le marché de l'immobilier donne des signes de tensions, faisant craindre l'éclatement d'une bulle. La chute d'environ 10 % de la livre sterling depuis le vote risque en outre d'alourdir le prix des importations et donc des produits vendus dans le pays, ce qui devrait à court terme y élever l'inflation, a prévenu la BoE.
Le moral des consommateurs et des industriels a aussi flanché, bien qu'aucun impact marqué ne soit encore perçu du côté de la consommation. Primordial au Royaume-Uni, le secteur des services s'est contracté à un rythme inédit depuis plus de sept ans, a prévenu mercredi le cabinet Markit, qui, comme d'autres spécialistes, évoque lui un vrai risque de récession.
Sous pression pour agir
Dans ce contexte difficile, la Banque centrale cherche donc à rassurer et c'est en actionnant le levier de la politique monétaire qu'elle cherche à maintenir la confiance.
À la mi-juillet, elle avait maintenu intacte son orientation lors de la première réunion de son comité de politique monétaire (CPM) depuis le référendum. Mais la détérioration visible, depuis, dans les indicateurs a, cette fois, incité les neuf membres de son CPM, à l'unanimité, à baisser le taux directeur. Une majorité d'entre eux prévoient en outre de voter pour un nouvel abaissement de ce taux d'ici à la fin de l'année si la croissance ralentit comme attendu, a ajouté la banque, bien que son président Mark Carney ait précisé lors d'une conférence de presse qu'il ne voulait pas descendre sous zéro. Le gouverneur a espéré que les mesures annoncées allaient « réduire l'incertitude et tempérer le ralentissement économique », prévenant qu'elles pourraient être « augmentées » si nécessaire.
La décision de la BoE pourrait toutefois avoir pour effet pervers de limiter encore davantage les marges des banques et les revenus des épargnants. Mais la Banque centrale était sous la pression d'agir, d'autant que le nouveau ministre des Finances, Philip Hammond, a exclu pour sa part toute initiative gouvernementale pour relancer la croissance avant l'automne.
La Bourse de Londres a terminé hier en hausse de 1,59 %.
(Source : AFP)


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