Hier soir, après leur réunion qui a duré cinq heures sans que rien ne filtre, le Premier ministre turc, Binali Yildirim, et la haute hiérarchie militaire (YAS) ont été reçus à dîner par le chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdogan, au palais présidentiel à Ankara. Kayhan Ozer/Bureau de presse présidentiel turc/AFP
Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a rencontré hier la haute hiérarchie militaire (YAS) pour remanier une armée laminée par le limogeage de près de la moitié de ses généraux depuis le putsch raté. Rien n'a filtré de la rencontre, qui a duré cinq heures, entre M. Yildirim et ce qu'il reste de la hiérarchie militaire. La télévision s'est bornée à montrer des généraux aux visages graves. Une annonce pourrait intervenir aujourd'hui après cette réunion, qui devait donc décider du remplacement d'une partie du haut commandement. Signe de la défiance du pouvoir, la rencontre ne s'est pas tenue comme d'habitude au quartier général de l'armée, mais dans la résidence du Premier ministre à Ankara.
De son côté, le ministre turc de l'Intérieur, Efkan Ala, a annoncé à l'agence TGRT Haber/Ihlas que la police serait désormais équipée d'armes lourdes, une mesure visiblement destinée à contrebalancer le pouvoir de l'armée.
Le pouvoir islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan a intensifié ces derniers jours « le grand ménage » destiné à mettre hors jeu les partisans du prédicateur exilé Fethullah Gülen, qu'il accuse d'avoir ourdi le coup d'État, ce que nie ce dernier.
Au total, 149 généraux et amiraux ont été exclus de l'armée, mercredi, pour leur « complicité dans la tentative de coup d'État », selon un décret officiel. Parmi eux, 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air et 32 de la marine. En outre, 1 099 officiers ont été exclus pour cause d'indignité. Hier, juste avant la réunion du YAS, deux des plus importants généraux ont démissionné : le chef de l'armée de terre, le général Ihsan Uyar, et le chef des « entraînements et de la doctrine de commandement », le général Kamil Basoglu, a rapporté l'agence de presse privée Dogan.
En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a redit la préoccupation de Berlin face à la riposte turque au putsch : « Mon inquiétude porte sur le fait que les actions sont très dures et que le principe de proportionnalité ne prévaut pas toujours. » Son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a également dénoncé les purges, jugeant qu'elles « dépassaient toute mesure » et que face à elles, « on ne pouvait se taire ». Pour sa part, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusolgu, a déclaré que l'Allemagne « devrait extrader » les juges et procureurs de « l'État parallèle » (les gulénistes) se trouvant sur son sol.
Outre l'armée, les médias sont en première ligne des purges avec l'annonce officielle, mercredi, de la fermeture de plus de 130 d'entre eux : 45 journaux, 16 chaînes de télévision, 3 agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d'édition. Certains étaient déjà injoignables hier et avaient cessé de diffuser. Ces mesures viennent s'ajouter aux 89 mandats d'arrêt émis contre des journalistes entre lundi et mercredi. Le pouvoir les accuse d'être liés au réseau du prédicateur Gülen.
(Source : AFP)

