Des soldats syriens patrouillent dans le quartier de Bani Zeid, après avoir pris le contrôle total de cette zone. George Ourfalian/AFP
La Russie, alliée du président syrien Bachar el-Assad, a annoncé hier des couloirs humanitaires pour permettre aux civils et combattants de sortir des secteurs rebelles de la métropole d'Alep, assiégés et bombardés sans relâche par le régime.
L'initiative russe, si elle se concrétise, pourrait ouvrir la voie à la reprise totale par le régime de cette deuxième ville de Syrie et porter ainsi un coup dur à la rébellion qui lutte depuis cinq ans pour renverser M. Assad.
À coups de barils d'explosifs destructeurs et de raids aériens intensifs qui ont fait des centaines de morts et laissé en ruines les quartiers rebelles dans l'est d'Alep, les troupes d'Assad cherchent depuis des mois à reconquérir ce secteur où elles assiègent totalement quelque 250 000 personnes depuis le 17 juillet.
Moscou aide militairement depuis plus d'un an le régime d'Assad dans sa guerre contre les rebelles et les jihadistes. Son aviation a participé aux bombardements des secteurs rebelles d'Alep.
Parallèlement à l'initiative russe, M. Assad a décrété une amnistie pour tous les insurgés qui rendraient les armes dans les trois mois.
Constatant « une situation humanitaire difficile », le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé une « opération humanitaire de grande ampleur » à Alep avec la création de trois couloirs pour « les civils pris en otages par les terroristes et pour les combattants souhaitant déposer les armes ».
Un quatrième doit être ouvert, dans le nord, sur la route du Castello, afin de permettre « le passage en sécurité des combattants armés », a-t-il ajouté.
Les avions du régime ont largué dans la journée sur le secteur rebelle des tracts montrant un plan des quatre corridors, des dizaines de petits sacs en plastique contenant de la nourriture (pain, confiture, sucre, etc) ainsi que des couches de bébé, des shampooings et des lingettes. De nombreux produits portaient des marques russes.
L'opposition en exil a rejeté l'initiative russe, dénonçant des « crimes de guerre » à Alep et un « exode forcé » des habitants du secteur rebelle.
Scepticisme
L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a affirmé que les Nations unies n'avaient « pas été consultées » au sujet de l'opération humanitaire. « La situation est extrêmement sérieuse (...). Il y a probablement des provisions pour deux ou trois semaines », a-t-il toutefois prévenu.
De son côté, l'Onu a réagi à la proposition russe en réaffirmant que la meilleure solution était de permettre un accès humanitaire libre et sûr aux civils. « Personne ne doit être forcé de fuir, par un itinéraire précis ou vers une certaine destination », a souligné le patron des opérations humanitaires de l'Onu Stephen O'Brien.
Interrogé à ce propos, l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft s'est lui aussi montré sceptique. « Si ces couloirs permettent de faire parvenir de l'aide à Alep, ils seront bienvenus », a-t-il déclaré à des journalistes. Mais il a rejeté l'idée de s'en servir « pour vider Alep » en prélude à un assaut contre la ville.
Depuis le 7 juillet, aucune aide internationale n'est entrée dans les secteurs rebelles d'Alep après que les prorégime eurent réussi à couper la route du Castello, leur dernier axe de ravitaillement.
Appels à lever le siège
Paris et Londres, soutiens de l'opposition au régime syrien, ont appelé à mettre fin au siège « désastreux » d'Alep, estimant qu'il rendait « impossible une reprise des négociations de paix », au point mort.
Enjeu majeur du conflit, Alep est divisée depuis 2012 en quartiers tenus par le régime à l'ouest et secteurs contrôlés par les insurgés à l'est.
Hier, les prorégime, aidés de l'aviation du régime, ont chassé les rebelles du quartier de Bani Zeid, principal secteur d'où ces derniers tiraient des roquettes sur les quartiers ouest d'Alep.
Human Rights Watch a accusé les forces prorégime et russes d'utiliser massivement des armes à sous-munitions interdites, dans leurs offensives contre les rebelles.
Par ailleurs, au moins 15 civils ont été tués et des dizaines blessés dans des raids de la coalition internationale antijihadistes dirigée par Washington dans le nord de la Syrie, a indiqué hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
(Source : AFP)


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