La perchiste russe Yelena Isinbayeva tout heureuse après sa médaille d’or obtenue aux Mondiaux d’athlétisme, le 15 août 2013 à Moscou. On ne devrait néanmoins pas revoir ce sourire éclatant à Rio le mois prochain, la Russe ayant étant été privée des prochains JO... Du moins jusqu’à présent et avant la décision finale du CIO. Fabrice Coffrini/AFP
La « tsarine » de la perche, Yelena Isinbayeva, ne pourra pas décrocher un troisième titre olympique à Rio : le Tribunal arbitral du sport (Tas) de Lausanne a confirmé hier la suspension des athlètes russes, ouvrant la voie à une exclusion collective de la Russie par le CIO.
C'est un géant de l'athlétisme qui est ainsi privé des JO, le pays qui avait fini deuxième dans cette discipline derrière les États-Unis aux Jeux de Londres en 2012.
Pas d'Isinbayeva donc, ni de Sergey Shubenkov, le champion du monde du 110 m haies. Tous les athlètes qui avaient fait appel de leur suspension par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) le 17 juin ont été recalés hier par le Tas, à l'unanimité de ses trois juges.
Ce jugement est donc un succès par K.-O. pour l'IAAF et son président Sebastian Coe face au dopage d'État mis en place par la Russie.
« Merci à tous d'avoir enterré l'athlétisme », a aussitôt réagi Isinbayeva, dénonçant une décision « purement politique », comme le ministre des Sports Vitali Moutko qui a évoqué lui une sanction « sans fondement juridique ».
« On ne peut que regretter profondément » cette décision concernant des « athlètes qui n'ont rien à voir avec le dopage », a déclaré de son côté le Kremlin.
Deux autres sports avaient déjà pris une telle mesure d'exclusion pour les JO 2016 : l'haltérophilie avec la Bulgarie et le canoë-kayak en ligne avec la Roumanie et le Bélarus.
Réunion du CIO dimanche
Cette décision du Tas rend désormais encore un peu plus envisageable une exclusion collective de la Russie par le Comité international olympique (CIO), poussé de toutes parts à une telle extrémité depuis la publication du rapport McLaren lundi et ses détails sordides sur le « système de dopage d'État » en Russie, avec l'aide active des « magiciens » du FSB, les services secrets du Kremlin.
Dès mardi, le CIO avait cependant pris ses précautions en expliquant qu'il « explorait toutes les options juridiques » à sa disposition, mais qu'il entendait attendre la décision du Tas. Mercredi, il avait ajouté qu'il se donnerait « sept jours » pour étudier ce verdict, soit jusqu'au 27 juillet au plus tard. À neuf jours des JO !
La commission exécutive du Comité international olympique (CIO) va se réunir dimanche, par téléphone, a annoncé hier un porte-parole du CIO à l'AFP.
Un communiqué est attendu après cette réunion, au cours de laquelle le CIO va étudier le verdict du Tribunal arbitral du sport (Tas). Le CIO pourrait alors annoncer sa décision finale concernant une éventuelle exclusion collective de la Russie des Jeux cariocas.
Si une telle mesure d'exclusion collective de la Russie était prise par le CIO, ce serait « l'option nucléaire », avait affirmé récemment Dick Pound, le président-fondateur de l'Ama (Agence mondiale antidopage).
Le Comité olympique allemand (DOSB) s'est prononcé pour une solution moins radicale : uniquement l'exclusion des sportifs russes des 20 disciplines spécifiquement mentionnées dans le rapport McLaren.
C'est Dick Pound qui est à l'origine de la chute des athlètes russes. Dans son rapport commandé par l'Ama, c'est lui qui avait dénoncé le 9 novembre dernier la Russie, son gouvernement, ses athlètes et leur « culture profondément enracinée de la tricherie ».
Au passage, l'Ama avait tout de suite réclamé la mise au ban du monde sportif des athlètes russes, et donc leur exclusion des JO de Rio, en estimant que ces cas de dopage n'auraient « pas pu exister » sans l'assentiment du gouvernement.
Klishina et Stepanova seules rescapées
Ce rapport de plus de 300 pages avait décrit « un haut niveau de collusion parmi les athlètes, les entraîneurs, les médecins, les officiels et les agences sportives pour fournir de façon systématique aux athlètes russes des produits dopants afin d'atteindre le principal objectif de l'État (...) : produire des vainqueurs ».
Le 13 novembre, par 22 voix pour la suspension et 1 seule contre, l'IAAF avait suspendu provisoirement la Fédération russe d'athlétisme. Cette suspension provisoire avait été rendue définitive par l'IAAF le 17 juin.
Aucun athlète russe aux Jeux de Rio donc ? Pas tout à fait : elles seront deux à Rio à avoir échappé au filet antidopage lancé par l'IAAF.
Darya Klishina d'abord. Cette spécialiste du saut en longueur a en effet appris le 10 juillet qu'elle était la seule repêchée par l'IAAF. Sa chance ? Être basée en Floride, aux États-Unis, et avoir donc subi des contrôles antidopage crédibles.
La seule autre athlète russe certaine de pouvoir aller au Brésil est Yulia Stepanova, la lanceuse d'alerte à l'origine de toutes les révélations sur le dopage en Russie après son témoignage à visage découvert dans un documentaire de la chaîne allemande ARD en décembre 2014.
Repêchée depuis le 1er juillet par l'IAAF, celle-ci devrait concourir sous la bannière olympique, ou un drapeau neutre, ayant refusé de s'aligner sous le drapeau russe.
(Source : AFP)

