Dans plusieurs villes françaises, des rassemblements ou des messes en hommage aux victimes se sont tenus hier. Valery Hache/AFP
L'auteur tunisien de l'attentat de Nice revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI) a soigneusement planifié son attaque et envoyé des SMS à de possibles complices que les enquêteurs cherchent à identifier.
Peu avant l'attentat de Nice jeudi soir, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a envoyé un SMS « se félicitant de s'être procuré un pistolet de calibre 7,65 et évoquant la fourniture d'autres armes », selon des sources proches du dossier. Les enquêteurs, dont plus de 200 d'entre eux sont mobilisés pour « identifier l'ensemble des destinataires » des messages, se demandent donc si des armes supplémentaires étaient destinées au tueur et/ou à d'autres personnes. Parmi les SMS, figure une photo du chauffeur-livreur tunisien de 31 ans « au volant du camion entre le 11 et le 14 juillet » qui, selon une source proche des enquêteurs français, avait repéré les lieux avec son camion les 12 et 13 juillet avant le carnage du 14 juillet.
Du côté de l'enquête, le tueur, qui a écrasé ou renversé près de 300 personnes sur deux kilomètres, a tué dix enfants et adolescents ainsi qu'au moins 17 étrangers. La communauté russe de Nice a d'ailleurs payé un lourd tribut, selon ses représentants, avec « au moins une dizaine de personnes » tuées ou blessées. Concernant les blessés, le pronostic vital de 18 personnes, dont un enfant, était toujours engagé hier et 85 personnes sont toujours hospitalisées. Enfin, sept personnes se trouvaient en garde à vue hier, après la levée de celle de l'épouse de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, dont il était séparé. Parmi elles, un Albanais de 38 ans, arrêté hier, est soupçonné d'avoir fourni le pistolet 7,65.
Radicalisation
Alors que son père avait affirmé qu'il n'avait « aucun lien avec la religion », plusieurs témoins interrogés, parmi la centaine déjà entendus, ont évoqué pour la première fois la religiosité du Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, inconnu des services de renseignements français. « Il semble qu'il se soit radicalisé très rapidement », avait d'ailleurs déclaré samedi le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. À en croire les premiers témoignages de voisins, l'assaillant, présenté par l'EI dans sa revendication comme « un soldat de l'État islamique », semblait également avoir un profil de déséquilibré, multipliant les « crises » avec sa famille. Les clients d'une salle de sport que fréquentait l'assaillant ont pour leur part évoqué un « frimeur » et un « dragueur ». Pourtant, selon le témoignage de l'un des hommes en garde à vue, rapporté par son avocat Jean-Pascal Padovani, le tueur était « intégré à Nice, il connaissait beaucoup de monde ».
« Arrêtons le massacre ! »
À la veille d'une minute de silence nationale aux 84 personnes tuées et d'un nouveau conseil de défense et de sécurité pour tirer les leçons de cet attentat, l'exécutif français continue d'être critiqué sur sa gestion antiterroriste. Le « ras-le-bol » des Français face à la vague d'attentats se lisait d'ailleurs dans les messages déposés sur la Promenade des Anglais à Nice. « Assez de discours ! », « Marre des carnages dans nos rues ! », « Arrêtons le massacre ! », pouvait-on notamment lire. De son côté, l'ancien Premier ministre Alain Juppé et candidat à la primaire pour la présidentielle de 2017 a de nouveau tiré hier à boulets rouges sur le gouvernement en estimant que la France pouvait « faire plus et mieux même si, bien sûr, le risque zéro n'existera jamais ». Il a appelé à « passer à la vitesse supérieure » contre le terrorisme. « Les Français attendent plus du président de la République et du gouvernement », a pour sa part renchéri le président du Sénat Gérard Larcher (droite).
En réponse, le Premier ministre socialiste Manuel Valls a mis en garde contre toute surenchère : « Remettre en cause l'État de droit, remettre en cause nos valeurs serait le plus grand renoncement. » Selon les autorités, « 100 000 policiers, gendarmes et militaires sont mobilisés pour assurer la sécurité » en France. Huit mois après avoir décrété l'état d'urgence en France et adopté de nouvelles lois antiterroristes dans la foulée des attaques jihadistes du 13 novembre à Paris, le gouvernement socialiste a appelé samedi « tous les Français patriotes » à venir épauler les forces de sécurité. Cet appel du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, à rejoindre les réservistes de la police et la gendarmerie, est la seule proposition nouvelle lancée par le pouvoir, acculé à réagir trois jours après le carnage.
(Source : AFP)


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