Impact Journalism Day

Santé

Quand le recyclage des déchets se transforme en assurance maladie

Gamal Albinsaid a mis en place à Malang, en Indonésie, un système d'assurance maladie qui permet aux plus pauvres d'accéder aux soins, en contrepartie de la collecte de déchets.

Gamal Albinsaid, un jeune Indonésien, a mis en place un système d'assurance maladie innovant qui permet aux plus pauvres d'accéder aux soins, en contrepartie de la collecte de déchets recyclables.

Dahlia IRAWATI | Kompas/INDONÉSIE
25/06/2016

«Je souhaite féliciter chaleureusement Gamal Albinsaid pour son initiative remarquable.»
Quand le prince Charles a prononcé ces mots, Gamal Albinsaid, jeune diplômé de l'École de médecine de l'Université de Brawijaya à Malang (Java oriental), a dû se pincer pour y croire.
Croire à tout le chemin parcouru depuis le lancement, dans son Indonésie natale, du mouvement qui a permis aux personnes sans couverture santé d'accéder aux services médicaux en échange de la collecte de déchets recyclables. Un mouvement qui l'a mené jusqu'à Londres, où il a remporté le prestigieux prix du prince de Galles du Développement durable aux jeunes entrepreneurs.


Lors de la remise de ce prix, par le prince Charles donc, l'héritier de la couronne britannique a déclaré que l'idée de Gamal, aujourd'hui âgé de 24 ans, de mettre en place un système d'assurance santé via les déchets – une idée développée avec quelques camarades de l'École de médecine de l'Université de Brawijaya – pouvait répondre simultanément à deux problèmes: la gestion des déchets et la démocratisation des soins de santé, spécifiquement pour les plus pauvres.


Gamal a eu l'idée d'établir un projet d'assurance via les déchets recyclables après le décès causé par une diarrhée non traitée d'un enfant de trois ans, dont le père faisait les poubelles pour survivre. Les parents, qui ne gagnaient guère plus que 10000 roupies par jour (0,65 euro; 0,73 USD), n'avaient pas les moyens d'amener leur enfant à une clinique, encore moins à l'hôpital. Gamal n'était alors, en 2009, qu'un étudiant secoué par cette histoire sordide. Rapidement, l'émotion s'est transformée en passage à l'acte. Avec plusieurs de ses amis, il a installé un service de santé à la clinique Mawar Husada, devant leur université sur l'artère Jl. Veteran à Malang. En guise de paiement, il était demandé aux patients d'apporter des détritus recyclables.
Aujourd'hui, les clients de l'assurance au déchet, qui compte désormais 500 familles, doivent simplement livrer une fois par mois leurs déchets ménagers non organiques, comme les bouteilles en plastique, les boîtes en carton et papier. À la clinique, les détritus sont pesés, estimés et considérés comme une sorte de prime d'assurance. La prime s'élevait en premier lieu à 1000 roupies pour monter jusqu'à 10000 par mois. Cette prime est utilisée comme un compte d'épargne qui sert à payer les coûts des soins médicaux à la clinique.
Gamal a choisi les déchets comme mode de «paiement», car chaque foyer en produit: «Nous souhaitons mobiliser cette ressource que les gens jettent», explique-t-il.

 

 

Aujourd'hui, le système fonctionne bien à Malang. Les résidents voisins de la clinique ont salué avec enthousiasme le plan d'assurance au déchet et commencent à y voir les bienfaits sur leur santé.
Fort de son succès, le projet ne devrait pas s'arrêter là. Les régions de Denpasar, Medan, Manado et Blitar font partie des prochaines extensions de cliniques fonctionnant sur l'idée de Gamal.


Dans le cadre de la compétition pour le Prix Unilever de la vie durable, dirigé par le prince Charles, Gamal Albinsaid, actuellement interne à l'hôpital Saiful Anwar à Malang mais aussi PDG depuis 2013 d'Indonesia Medika, une entreprise rassemblant des projets innovants dans le secteur de la santé créée avec de nombreux universitaires à travers l'Indonésie, était face à 511 autres entrepreneurs sociaux de 90 nationalités. Le prix du prince de Galles du Développement durable aux jeunes entrepreneurs vise à inciter les jeunes du monde à s'attaquer aux problématiques environnementales, sociales et sanitaires, et invite les entrepreneurs de moins de 30 ans à façonner des solutions claires, concrètes et inspirantes pour participer à la création d'une vie durable.


Ce profil correspond tout à fait à Gamal qui, aujourd'hui, veut aller encore plus loin. «Beaucoup d'Indonésiens ne bénéficient d'aucune couverture santé, note-t-il. Pour le futur, je veux dupliquer le système d'assurance par le déchet à plusieurs nouvelles régions, jusqu'à couvrir tout le pays puis l'étendre à l'étranger afin de trouver un modèle qui n'accable pas les gens.»

 

 



 

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Quand le recyclage des déchets se transforme en assurance maladie

Gamal Albinsaid a mis en place à Malang, en Indonésie, un système d'assurance maladie qui permet aux plus pauvres d'accéder aux soins, en contrepartie de la collecte de déchets.

Gamal Albinsaid, un jeune Indonésien, a mis en place un système d'assurance maladie innovant qui permet aux plus pauvres d'accéder aux soins, en contrepartie de la collecte de déchets recyclables.

Dahlia IRAWATI | Kompas/INDONÉSIE
25/06/2016

«Je souhaite féliciter chaleureusement Gamal Albinsaid pour son initiative remarquable.»
Quand le prince Charles a prononcé ces mots, Gamal Albinsaid, jeune diplômé de l'École de médecine de l'Université de Brawijaya à Malang (Java oriental), a dû se pincer pour y croire.
Croire à tout le chemin parcouru depuis le lancement, dans son Indonésie natale, du mouvement qui a permis aux personnes sans couverture santé d'accéder aux services médicaux en échange de la collecte de déchets recyclables. Un mouvement qui l'a mené jusqu'à Londres, où il a remporté le prestigieux prix du prince de Galles du Développement durable aux jeunes entrepreneurs.


Lors de la remise de ce prix, par le prince Charles donc, l'héritier de la couronne britannique a déclaré que l'idée de Gamal, aujourd'hui âgé de 24 ans, de mettre en place un système d'assurance santé via les déchets – une idée développée avec quelques camarades de l'École de médecine de l'Université de Brawijaya – pouvait répondre simultanément à deux problèmes: la gestion des déchets et la démocratisation des soins de santé, spécifiquement pour les plus pauvres.


Gamal a eu l'idée d'établir un projet d'assurance via les déchets recyclables après le décès causé par une diarrhée non traitée d'un enfant de trois ans, dont le père faisait les poubelles pour survivre. Les parents, qui ne gagnaient guère plus que 10000 roupies par jour (0,65 euro; 0,73 USD), n'avaient pas les moyens d'amener leur enfant à une clinique, encore moins à l'hôpital. Gamal n'était alors, en 2009, qu'un étudiant secoué par cette histoire sordide. Rapidement, l'émotion s'est transformée en passage à l'acte. Avec plusieurs de ses amis, il a installé un service de santé à la clinique Mawar Husada, devant leur université sur l'artère Jl. Veteran à Malang. En guise de paiement, il était demandé aux patients d'apporter des détritus recyclables.
Aujourd'hui, les clients de l'assurance au déchet, qui compte désormais 500 familles, doivent simplement livrer une fois par mois leurs déchets ménagers non organiques, comme les bouteilles en plastique, les boîtes en carton et papier. À la clinique, les détritus sont pesés, estimés et considérés comme une sorte de prime d'assurance. La prime s'élevait en premier lieu à 1000 roupies pour monter jusqu'à 10000 par mois. Cette prime est utilisée comme un compte d'épargne qui sert à payer les coûts des soins médicaux à la clinique.
Gamal a choisi les déchets comme mode de «paiement», car chaque foyer en produit: «Nous souhaitons mobiliser cette ressource que les gens jettent», explique-t-il.

 

 

Aujourd'hui, le système fonctionne bien à Malang. Les résidents voisins de la clinique ont salué avec enthousiasme le plan d'assurance au déchet et commencent à y voir les bienfaits sur leur santé.
Fort de son succès, le projet ne devrait pas s'arrêter là. Les régions de Denpasar, Medan, Manado et Blitar font partie des prochaines extensions de cliniques fonctionnant sur l'idée de Gamal.


Dans le cadre de la compétition pour le Prix Unilever de la vie durable, dirigé par le prince Charles, Gamal Albinsaid, actuellement interne à l'hôpital Saiful Anwar à Malang mais aussi PDG depuis 2013 d'Indonesia Medika, une entreprise rassemblant des projets innovants dans le secteur de la santé créée avec de nombreux universitaires à travers l'Indonésie, était face à 511 autres entrepreneurs sociaux de 90 nationalités. Le prix du prince de Galles du Développement durable aux jeunes entrepreneurs vise à inciter les jeunes du monde à s'attaquer aux problématiques environnementales, sociales et sanitaires, et invite les entrepreneurs de moins de 30 ans à façonner des solutions claires, concrètes et inspirantes pour participer à la création d'une vie durable.


Ce profil correspond tout à fait à Gamal qui, aujourd'hui, veut aller encore plus loin. «Beaucoup d'Indonésiens ne bénéficient d'aucune couverture santé, note-t-il. Pour le futur, je veux dupliquer le système d'assurance par le déchet à plusieurs nouvelles régions, jusqu'à couvrir tout le pays puis l'étendre à l'étranger afin de trouver un modèle qui n'accable pas les gens.»

 

 



 

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