Dans un arrêt, le Conseil d’État égyptien a annulé la rétrocession à l’Arabie saoudite de deux îles de la mer Rouge. Khaled Desouki/AFP
Le Conseil d'État égyptien, la plus haute juridiction administrative, a annulé hier la rétrocession à l'Arabie saoudite de deux îles de la mer Rouge, contestant une décision controversée des autorités de céder à Riyad ces « territoires égyptiens ».
L'arrêt du Conseil d'État « annule la signature du représentant du gouvernement égyptien » concernant l'accord de démarcation des frontières maritimes conclu qui prévoyait la rétrocession des deux îles à l'Arabie saoudite début avril, a indiqué à l'AFP un magistrat de cette institution. Le gouvernement peut encore faire appel de cette décision administrative.
Pour rappel, la rétrocession des deux îlots inhabités de Tiran et Sanafir, annoncée à l'occasion d'une visite au Caire en avril du roi Salmane d'Arabie saoudite, avait suscité un tollé sur les réseaux sociaux et des manifestations contre le régime du président Abdel Fattah al-Sissi. L'Arabie saoudite a déjà injecté des milliards de dollars en aides et en investissements dans une économie égyptienne en lambeaux en tant que l'un des principaux soutien du régime de Sissi. Les détracteurs de l'accord accusaient les autorités du Caire d'avoir cédé les deux îles en échange de ce soutien, soutenant que ces territoires appartenaient à l'Égypte, situés stratégiquement à l'entrée du golfe d'Aqaba. Face à ces accusations, le gouvernement égyptien avait martelé à maintes reprises que ces îles appartenaient bien à Riyad, mais que l'Arabie saoudite avait demandé en 1950 au Caire d'en assurer la protection.
Îlots « égyptiens »
Les manifestations déclenchées par l'annonce de la rétrocession avaient été immédiatement réprimées par les autorités. Des centaines de personnes avaient été arrêtées et des dizaines condamnées à des peines de prison. Plusieurs opposants ont été interpellés pour « diffusion de fausses informations », alors qu'ils s'étaient publiquement exprimés contre la rétrocession.
S'exprimant sous le couvert de l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet, le magistrat a affirmé que cet arrêt signifiait que les deux îles sont « égyptiennes ». Cette décision « signifie que les deux territoires sont égyptiens (...) et ne peuvent être cédés », a pour sa part indiqué l'avocat Khaled Ali, qui avait porté plainte devant la justice égyptienne pour protester contre l'accord de rétrocession. M. Ali, une figure de l'opposition de gauche, a partagé sur sa page Facebook le verdict qui explique que « les deux îles font partie du territoire égyptien et doivent rester sous la souveraineté de l'Égypte ».
(Source : AFP)

