Cette photo, datée du 16 décembre 2015, montre le chef démissionnaire de la délégation européenne à Ankara, le diplomate allemand Hansjörg Haber, discutant avec une réfugiée syrienne en Turquie, lors d’un cours en informatique dans un centre de formation financé par l’UE dans la province de Sanliurfa, frontalière de la Syrie. Adem Altan/AFP
Le chef de la délégation européenne en Turquie, Hansjörg Haber, a démissionné après des propos jugés inappropriés par les autorités turques au sujet de l'accord sur les migrants conclu entre Ankara et Bruxelles, a-t-on appris hier auprès de ses services. « Nous confirmons que l'ambassadeur a démissionné », a déclaré une porte-parole de la représentation, tandis qu'une porte-parole de la Commission européenne à Bruxelles, Maja Kocijancic, soulignait que l'émissaire européen quitterait la Turquie le 1er août. « Son successeur sera nommé rapidement », a souligné Mme Kocijancic, ajoutant que les 28 continueraient de travailler avec la Turquie, un « partenaire-clé ».
La démission de M. Haber, en poste dans la capitale turque depuis octobre seulement, intervient alors que les relations entre Ankara et Bruxelles se sont tendues ces dernières semaines au sujet d'une exemption de visas Schengen que la Turquie réclame pour ses ressortissants, et que les rapports entre la Turquie et l'Allemagne traversent des turbulences.
Le diplomate allemand avait été convoqué au ministère turc des Affaires étrangères, en mai, à la suite de déclarations jugées inappropriées pour s'entendre officiellement notifier le mécontentement d'Ankara. « Nous avons un proverbe : ''Commencer comme un Turc et terminer comme un Allemand''. Mais c'est l'inverse qui s'est produit ici. Cela a commencé comme un Allemand et s'est terminé comme un Turc », avait déclaré le diplomate pour illustrer le fait que les négociations en vue d'une exemption de visas pour les ressortissants turcs avaient commencé d'une manière ordonnée, avant de rencontrer des problèmes.
Respect des valeurs
Le ministre turc des Affaires étrangères, Omer Celik, a estimé hier que l'ambassadeur européen avait « violé les deux principes de base » incombant à un diplomate de son rang. « Il s'agit de respecter les valeurs et le poste de président du pays où vous êtes en poste », a-t-il dit à des journalistes turcs, lors d'une visite en Slovaquie. « Aucun ambassadeur n'a le droit d'humilier le peuple du pays dans lequel il se trouve ou de dire quelque chose à propos de son président. C'est la première règle de la diplomatie », avait estimé pour sa part son prédécesseur, Volkan Bozkir, sur son compte Twitter, le mois dernier.
Clause de l'accord controversé conclu le 18 mars entre Turcs et Européens, cette exemption de visas se heurte au refus de la Turquie d'assouplir sa législation antiterroriste, l'un des 72 critères fixés par Bruxelles. Les Européens craignent, en particulier, qu'elle soit utilisée pour restreindre la liberté d'expression et de la presse. Le gouvernement turc affirme qu'il est hors de question de souscrire à cette demande alors que le pays est confronté à une reprise violente du conflit kurde, depuis l'été 2015, couplée à une série d'attentats meurtriers attribués aux rebelles kurdes et au groupe jihadiste État islamique (EI).
Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a catégoriquement exclu une telle éventualité. « Nous menons une lutte acharnée pour l'unité et la survie de notre pays (...). Dans les conditions actuelles, il ne peut absolument pas y avoir de changement dans les lois antiterroristes », a-t-il déclaré hier au Parlement, devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur). Et d'ajouter que la Turquie en paierait le prix le cas échéant : « Si la conséquence (du refus turc) porte sur l'exemption de visa, alors soit. »
Les autorités turques ont admis, la semaine dernière, que la date initiale pour l'exemption de visas, prévue avant le 1er juillet, ne serait pas tenue. Bruxelles doit publier aujourd'hui son deuxième rapport sur l'application de l'accord sur les migrants. En outre, enfin, parallèlement aux tensions avec l'UE, le vote le 2 juin par la Chambre basse du Parlement allemand d'un texte qualifiant de génocide le massacre des Arméniens en 1915, sous l'Empire ottoman, a provoqué la fureur de la Turquie, qui a rappelé son ambassadeur à Berlin, dans un contexte bilatéral déjà sérieusement dégradé.
(Source : AFP)


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