Christo posant devant son « mastaba » de barils ; une étape sur la route d’un projet plus démesuré. Valery Hache/AFP
Mille barils de pétrole empilés écrasent la cour de la Fondation Maeght, habituellement peuplée de frêles silhouettes de Giacometti : Christo (80 ans) a investi ce temple de l'art sur la Côte d'Azur, dans le sud de la France, avec une gourmandise juvénile.
S'il ne commente pas directement cette œuvre éphémère, visible jusqu'à fin novembre, l'artiste semble heureux de déambuler dans l'exposition peuplée de ses croquis et maquettes de projets déclinant depuis un demi-siècle le baril comme unité de construction. « C'est l'ensemble du voyage de plusieurs décennies sur un même projet qui constitue l'œuvre d'art », explique-t-il. De fait, Christo a commencé à s'intéresser aux formes cylindriques en réalisant à la fin des années 1950 de petites sculptures avec des canettes, peintes ou emballées. En 1962, l'artiste, né en Bulgarie et qui avait fui le carcan de son pays communiste, barra une rue de Paris avec un mur de bidons, sa réponse au mur de Berlin.
L'installation de Saint-Paul-de-Vence – haute de 9 m, longue de 17 m et large de 9 m – avait été évoquée dès 1967 à la suite d'une demande de la Fondation Maeght, comme en attestent deux travaux préparatoires de la collection ensuite « totalement oubliés » par Christo. « Presque 50 ans plus tard, ils m'ont montré les dessins et l'idée a germé de finalement faire ce mastaba de barils dans la cour Giacometti », dit-il. Le mastaba désignait un édifice de terre né en Mésopotamie il y a 7 000 ans, avant de devenir un bâtiment funéraire pour les Égyptiens, explique l'artiste. Son choix est avant tout esthétique.
Deux murs verticaux et deux parois diagonales « c'est une forme en tension, prête à exploser », avance Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation Maeght. Les barils bleus et rouges de Christo semblent former des marches arrondies montant vers le ciel sur les plans inclinés. Les deux murs verticaux sont plus chamarrés avec l'aperçu des couvercles ronds des barils, aux couleurs chaudes jaune-orange. « Cette exposition éclate de joie et de jeunesse », estime Adrien Maeght, fils de Marguerite et Aimé Maeght, à l'origine de la fondation d'art inaugurée en 1964.
La sculpture apparaît toutefois comme une étape sur la route d'un projet plus démesuré. Des photos montrent Christo et son épouse Jeanne-Claude dans les dunes de sable, à 160 km d'Abou Dhabi, entre 1979 et 1982, début de leur réflexion commune sur un mastaba permanent 400 fois plus gros que la version exposée à la Fondation Maeght : 150 m de haut, 300 m de large, 225 m de profondeur. « Quand le mastaba d'Abou Dhabi se fera, ce sera la plus grande sculpture au monde, plus haute que la pyramide de Khéops », décrit Christo. « Je reviens tout juste d'Abou Dhabi », répète-t-il, sûr de son fait mais mystérieux sur l'avancement réel du projet. Si Christo a autofinancé toute sa vie ses projets en vendant des dessins préparatoires (jusqu'à 200 000 euros l'esquisse aujourd'hui), le « mastaba d'Abou Dhabi » – de 400 000 barils – doit être payé par les Émirats arabes unis.
L'artiste, qui travaillait en tandem avec son épouse décédée en 2009, a toujours lancé de multiples projets concomitamment. Car «en 50 ans, seulement 22 projets monumentaux ont abouti et 37 autres n'ont jamais eu d'autorisation». Pur hasard, Christo sera également à l'honneur cet été en Italie avec l'aboutissement de son projet «Floating Piers» (Pontons flottants), qui permettra de marcher pendant 3 kilomètres sur l'eau du lac d'Iséo, du 18 juin au 3 juillet. Il n'avait pas réalisé d'installation depuis 2005.
(Source : AFP)

