Des combattants kurdes lors des funérailles samedi de leur frère d’armes tué pendant l’avancée des FDS vers Manbij. Delil Souleiman/AFP
Les combattants d'une alliance dominée par les Kurdes et soutenue par Washington se sont rapprochés hier de la ville syrienne de Manbij, fief du groupe État islamique (EI).
Les Forces démocratiques syriennes (FDS) n'étaient plus qu'à 5 km de Manbij contre laquelle elles mènent une offensive depuis le 31 mai, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) qui annonce par ailleurs la mort d'un de leurs hauts commandants, connu sous le nom de guerre d'Abou Layla. Cette ville de la province d'Alep est stratégique car elle se situe sur l'axe que l'EI utilise pour faire transiter hommes, armes et argent de la frontière turque – à une trentaine de km plus au Nord – vers Raqqa, la capitale de facto du groupe ultraradical en Syrie. Depuis samedi, cette route est coupée en raison des tirs des FDS, d'après l'OSDH.
Cette opération contre l'EI est l'une des offensives que mènent actuellement, dans plusieurs régions en Syrie ainsi qu'en Irak, des forces soutenues aussi bien par les États-Unis que par la Russie. Priver l'EI de tout accès à la frontière turque représenterait une victoire-clé, selon les responsables américains, car cela permettrait d'isoler encore plus les territoires contrôlés par le groupe en Syrie. Dans ce but, les avions de la coalition antijihadiste conduite par les États-Unis ont encore mené neuf frappes sur des positions de l'EI dans la région de Manbij, a annoncé hier le centre de commandement Centcom.
Américains sur le terrain
À 27 km à l'est de Manbij, dans le hameau de Halloula, un correspondant de l'AFP a par ailleurs vu des soldats américains à bord de jeeps. D'après Washington, ces forces conseillent les FDS sur le terrain mais sans s'impliquer directement dans les combats. Brett McGurk, l'envoyé spécial du président Barack Obama auprès de la coalition antijihadistes, a salué hier dans un tweet la mémoire du commandant des FDS « qui a perdu la vie dans l'opération en cours pour libérer sa ville natale Manbij des terroristes de l'EI ».
À Halloula, le journaliste de l'AFP a croisé des dizaines de déplacés des environs de Manbij, dont de nombreux enfants, la plupart démunis de tout. Selon l'Onu, au moins 20 000 civils ont été déplacés par les combats de Manbij qui, d'après l'OSDH, ont fait 74 morts : 30 jihadistes, 12 combattants des FDS et 32 civils. Dans l'un des villages pris aux jihadistes, les FDS ont libéré 6 femmes et 16 enfants yazidis enlevés par l'EI en Irak en 2014. De nombreuses yazidies ont depuis été vendues comme épouses aux jihadistes ou réduites à l'état d'« esclave sexuelle ».
Alep sous le feu
Outre Manbij, l'EI fait face à deux autres offensives dans son fief de la province de Raqqa, également dans le Nord syrien. L'une est menée par l'armée syrienne qui, appuyée par l'allié russe, est entrée samedi dans cette province pour la première fois depuis deux ans. L'autre est conduite par les FDS qui y progressent avec le soutien des Américains. La présence de ces différentes forces rend extrêmement complexe le conflit syrien qui opposait au début le régime et l'opposition armée, avant l'entrée en jeu de groupes jihadistes comme l'EI et des Kurdes qui défendent leur propre projet autonomiste.
Sur le front d'Alep, ville divisée depuis 2012 entre régime et rebelles, les bombardements ont repris jeudi après un mois de relative accalmie. Au moins 40 civils ont été tués et 200 blessés hier, selon l'OSDH. Les bombardements du régime ont fait 32 morts dans les quartiers rebelles, selon l'OSDH. Ils ont notamment dévasté des rues du quartier de Katerji, où des habitants essayaient de se frayer un chemin à travers les décombres et une épaisse poussière, a constaté un journaliste de l'AFP. « Il n'y a que des civils ici, il n'y a pas de rebelles ! », hurlait un homme en colère. Plus loin, un secouriste portait dans ses bras un enfant au visage ensanglanté vers une ambulance. Huit civils ont par ailleurs été tués par des tirs de roquettes rebelles sur les quartiers gouvernementaux.
La seule route de sortie hors d'Alep pour les quartiers rebelles est de facto coupée depuis jeudi en raison des bombardements du régime. Les secteurs tenus par les insurgés, où vivent quelque 200 000 personnes, sont ainsi totalement assiégés.
Enfin, l'OSDH rapportait hier qu'un avion de combat non identifié s'est écrasé dans la campagne au sud d'Alep, sans pouvoir préciser les causes de sa destruction.
(Sources : agences)

