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Sport - Football - Euro 2016

Les Bleus et Deschamps sur un champ de mines

Forfaits, menace terroriste, conflit social et accusations de racisme contre le sélectionneur : la route vers le championnat d'Europe est plus tortueuse que jamais pour la sélection française.

Les 23 joueurs de la sélection des Bleus. De haut en bas et de gauche à droite : les gardiens Hugo Lloris, Steve Mandada et Benoît Costil ; les défenseurs Bacary Sagna, Laurent Koscielny, Raphaël Varane, Patrice Évra, Christophe Jallet, Eliaquim Mangala, Jérémy Mathieu et Lucas Digne ; les milieux de terrain Paul Pogba, Dimitri Payet, Blaise Matuidi, Yohan Cabaye, Morgan Schneiderlin, N’Golo Kante et Moussa Sissoko ; les avants-centres André-Pierre Gignac, Kingsley Coman, Antoine Griezmann, Anthony Martial et Olivier Giroud. Photo AFP

Forfaits en cascade, accusations de racisme portées contre Didier Deschamps : la préparation pour l'Euro 2016 prend de plus en plus des allures de chemin de croix pour l'équipe de France et son sélectionneur.
Les Bleus et leur patron étaient venus en Autriche pour quatre jours de stage paisible, à l'abri des regards et à la recherche de la « tranquillité », selon les mots de Deschamps, loin des titres de la presse anxiogènes autour du tournoi, entre menace terroriste ou appels à la grève reconductibles. Raté ! L'hôte du championnat d'Europe ne connaît aucun répit et voit le climat s'alourdir à un peu plus d'une semaine du match d'ouverture contre la Roumanie, le 10 juin au Stade de France.
Rarement les semaines précédant une phase finale auront été aussi mouvementées, rappelant les pires heures de l'équipe de France juste avant le fiasco retentissant du Mondial 2010 en Afrique du Sud et la grève de l'entraînement à Knysna. À peine les pieds posés dans la station tyrolienne de Neustift sous une pluie persistante, les Français ont perdu mardi soir un nouveau joueur et pas n'importe lequel, Lassana Diarra, la sentinelle du milieu de terrain. Touché au genou gauche, le joueur de Marseille (31 ans, 34 sélections) a dû renoncer juste avant la date limite imposée pour le dépôt des listes des 23 sélectionnés à l'UEFA.
Le forfait de « Lass » fait les affaires de Morgan Schneiderlin (26 ans, 15 sélections), mais il n'arrange absolument pas Deschamps, obligé de se séparer d'un élément expérimenté, passé par les plus grands clubs (Real Madrid, Arsenal, Chelsea), et de rebâtir une partie de son entre-jeu alors qu'il fait déjà face à un énorme chantier en défense après les défections de Raphaël Varane et Jérémy Mathieu (blessés), ainsi que de Mamadou Sakho, suspendu jusqu'au 28 mai pour une infraction à la législation antidopage.

Camouflet pour Deschamps
Voilà pour la partie strictement sportive. Mais les polémiques sur la non-sélection de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa risquent d'avoir autant d'impact, voire plus, sur le moral des troupes que les pépins physiques à répétition des cadres bleus.
La première salve lancée par Éric Cantona, accusant Deschamps de ne pas avoir retenu les deux attaquants en raison de leurs origines nord-africaines, avait déjà quelque peu pourri l'ambiance générale et poussé le technicien français à porter plainte pour « diffamation ». Mais la sortie de Karim Benzema dans le journal espagnol Marca est plus spectaculaire et menace désormais de fracturer le groupe entre les pro et les anti. Pour le joueur du Real Madrid, non sélectionné pour l'Euro en raison de sa mise en examen dans l'affaire du chantage à la « sex-tape » contre Mathieu Valbuena, le sélectionneur « a cédé à la pression d'une partie raciste de la France ».
Attaquant du plus grand club du monde, le double vainqueur de la Ligue des champions avec le Real Madrid est un personnage respecté en équipe de France et conserve des soutiens parmi les internationaux malgré l'affaire de la « sex-tape ». Son interview au quotidien sportif espagnol pourrait ainsi avoir des conséquences non négligeables sur la cohésion de la bande à Deschamps. Les déclarations de Benzema prennent surtout des allures de camouflet pour le sélectionneur, qui a longtemps soutenu le meilleur buteur en activité des Bleus (28 ans, 81 sélections, 27 buts) avant de se résoudre à se passer de ses services. À la pression venue des sommets de l'État (le Premier ministre Manuel Valls) s'étaient greffés des enquêtes d'opinion dévastatrices pour le joueur et des résultats sportifs plutôt probants en son absence.

Loin de la mystique « Black-Blanc-Beur »
Deschamps « est en pleine forme, il est costaud (...), irréprochable », a toutefois assuré Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF), dans un point presse improvisé hier devant l'hôtel des Bleus en Autriche. « Karim Benzema, je l'aime bien, je n'ai pas changé d'idée, il s'est laissé un peu aller, je préférerais qu'il soit plus aimable avec ses copains, mais je ne lui en tiens pas rigueur », a ajouté le patron de la FFF.
Le stage à Biarritz, puis le match amical contre le Cameroun (3-2), lundi à Nantes, avaient montré un engouement populaire pour l'équipe de France dans la perspective de l'Euro organisé à la maison. Cette union sacrée pourrait aussi voler en éclats, loin de la mystique « Black-Blanc-Beur » incarnée par les champions du monde 1998 dont le capitaine était... Didier Deschamps.
Pour assombrir encore un peu plus le tableau à l'approche du tournoi continental, les Bleus, retranchés dans leur repaire tyrolien, ont peut-être également pris connaissance de l'avertissement lancé mardi par le département d'État américain sur les risques d'attentats terroristes. Le président français François Hollande a, de son côté, prévenu que « la menace reste celle du terrorisme », dans un entretien au quotidien régional français Sud-Ouest. Des alertes qui interpellent forcément les Bleus. Les Français, qui bénéficient désormais d'un renforcement conséquent de leur dispositif de sécurité, n'ont pas oublié que le Stade de France avait été pris pour cible le soir du 13 novembre 2015 pendant le match France-Allemagne.
Outre le terrorisme, il y a aussi des possibilités de paralysie du pays en raison des conflits sociaux. Bref, la route vers l'Euro est plus tortueuse que jamais pour les Bleus, censés atteindre au moins les demi-finales de la compétition. Vu l'atmosphère viciée de cette préparation, ce serait déjà un immense exploit.

Keyvan NARAGHI/AFP

La liste des 18 arbitres

Pavel Kravolec (République tchèque)
Martin Atkinson (Angleterre)
Mark Clattenburg (Angleterre)
Clément Turpin (France)
Felix Brych (Allemagne)
Viktor Kassai (Hongrie)
Nicola Rizzoli (Italie)
Björn Kuipers (Pays-Bas)
Svein Oddvar Moen (Norvège)
Szymon Marciniak (Pologne)
Ovidiu Hategan (Roumanie)
Sergey Karasev (Russie)
William Collum (Écosse)
Milorad Mazic (Serbie)
Damir Skomina (Slovénie)
Carlos Velasco Carballo (Espagne)
Jonas Eriksson (Suède)
Cüneyt Cakir (Turquie).

Les suspensions : mode d'emploi

Rappel du règlement de l'UEFA pour les avertissements et les exclusions durant l'Euro.
• En règle générale, un joueur exclu du terrain est suspendu pour son prochain match de la compétition. En cas d'infraction grave, l'instance de contrôle et de discipline de l'UEFA est habilitée à aggraver la sanction, y compris pour l'étendre à d'autres compétitions.
• En cas d'avertissements répétés : le joueur est suspendu pour le match suivant de la compétition après deux cartons jaunes dans deux matches différents, ainsi qu'après le quatrième avertissement.
• Les avertissements et les suspensions non purgées suite à deux cartons jaunes obtenus lors des qualifications ont été annulés, ils ne sont pas reportés dans la phase finale.
• Les avertissements infligés lors des matches de la phase finale sont annulés à l'issue des quarts de finale. Ils ne sont pas reportés dans les demi-finales.
• Les suspensions non purgées suite à deux cartons jaunes et les avertissements infligés lors de la phase finale sont annulés à la fin de la compétition.

La technologie sur la ligne de but enfin en vigueur

Quatre ans après la Fifa, l'UEFA va enfin faire sa petite révolution arbitrale avec l'introduction de la technologie sur la ligne de but pour l'Euro, afin de seconder les arbitres et d'éviter une erreur majeure comme lors de la dernière édition. Le 19 juin 2012 à Donetsk : lors du match de poule Ukraine-Angleterre de l'Euro, l'Ukrainien Marko Devic pensait avoir égalisé en voyant son tir contré franchir la ligne, avant d'être dégagé en catastrophe par l'Anglais John Terry. Mais, comme lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, et la fameuse frappe de Frank Lampard contre l'Allemagne qui avait touché la barre transversale de Manuel Neuer avant de rebondir nettement derrière la ligne, l'arbitre hongrois Viktor Kassai n'avait pas validé le but, malgré la présence d'assistants supplémentaires derrière les cages. Pour éviter de nouveaux épisodes similaires, l'UEFA a autorisé en janvier l'utilisation de la GLT (diminutif tiré de l'anglais Goal Line Technology), alors que celle-ci avait déjà été introduite dès 2012 par la Fédération internationale (Fifa), notamment pour le Mondial 2014, suivie depuis par quatre des principaux championnats européens (Allemagne, Angleterre, France, Italie). Cette technologie permet, grâce à des caméras, de vérifier si un ballon a bel et bien franchi la ligne de but. Elle viendra en complément de l'arbitrage à cinq déjà utilisé par l'UEFA, longtemps privilégié par son ancien président Michel Platini. « La Goal Line Technology et les arbitres de surface (situés derrière les cages) se complètent parfaitement », avait estimé Pierluigi Collina, patron de la commission d'arbitrage de l'UEFA, fin avril. L'instance européenne a choisi la technologie développée par la société Hawk-Eye pour équiper les dix stades de l'Euro. Une technologie utilisée pour la première fois lors de la finale de l'Europa League et également retenue pour la finale de la Ligue des champions, à Milan, le 28 mai.

Forfaits en cascade, accusations de racisme portées contre Didier Deschamps : la préparation pour l'Euro 2016 prend de plus en plus des allures de chemin de croix pour l'équipe de France et son sélectionneur.Les Bleus et leur patron étaient venus en Autriche pour quatre jours de stage paisible, à l'abri des regards et à la recherche de la « tranquillité », selon les mots de Deschamps, loin des titres de la presse anxiogènes autour du tournoi, entre menace terroriste ou appels à la grève reconductibles. Raté ! L'hôte du championnat d'Europe ne connaît aucun répit et voit le climat s'alourdir à un peu plus d'une semaine du match d'ouverture contre la Roumanie, le 10 juin au Stade de France.Rarement les semaines précédant une phase finale auront été aussi mouvementées, rappelant les pires heures de l'équipe de...
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