Jean-Pierre Lafon. Photo Vittorio Zunino Celotto/Getty Images
Jean-Pierre Lafon, ancien ambassadeur de France au Liban (1994-1997), a vu naître l'École supérieure des affaires il y a vingt ans. De retour la semaine dernière à Clemenceau pour fêter, précisément, ce vingtième anniversaire de l'unique école supérieure de commerce du pays, il nous a livré sa vision lucide du Liban et de ses multiples potentiels.
Le français peut-il encore être utilisé dans le milieu des affaires ? « Oui, nous dit M. Lafon, l'Esa est un pôle d'attractivité francophone en plein cœur de Beyrouth, même si dans le monde des affaires l'anglais est un outil de travail indispensable. La langue française n'a donc pas dit son dernier mot dans le monde du business et M. Lafon cite à titre d'exemple les liens commerciaux et économiques unissant le Liban à l'Afrique francophone et au Québec. « Lorsque nous avons créé l'Esa, avec la coopération du Premier ministre libanais, du gouverneur de la Banque centrale et du président Jacques Chirac, nous avons eu cette vision que la France était aussi dans le monde des affaires et dans le monde moderne et qu'il ne fallait pas en donner une image rétrograde », indique-t-il. « Vingt ans après, l'Esa telle que je la vois, est une réussite, souligne M. Lafon. Mais on ignore trop souvent que le Financial Times classe les écoles de management françaises parmi les meilleures du monde. Les Américains font de plus en plus appel à des professionnels français dans le monde du management. Nous avons une présence extraordinaire dans la Silicon Valley, à Londres et à Shanghai », souligne-t-il.
M. Lafon, qui a assisté à l'inauguration d'un incubateur des jeunes pousses (start-up) à l'Esa, insiste sur la nécessité de donner à la jeunesse libanaise les moyens de mettre des projets en place. « Le système français encourage les jeunes pousses. C'est bien ce modèle qu'on veut implanter au Liban, au service des Libanais. Je suis sûr que si vous faites travailler des jeunes à l'Esa sur des projets pour régler la crise des ordures ménagères dans le pays, il y aura des idées de start-up », a-t-il dit.
Jean-Pierre Lafon insiste par ailleurs sur la nécessité de suivre la révolution numérique, et ce dans tous les domaines de travail. « Nous sommes face à un monde qui change ; celui de la révolution digitale et de la société numérique et la France est à la pointe dans ce domaine. De toute façon, il faudra se mettre au digital, dans le Liban et dans le monde », explique-t-il.
Le point fort du Liban est sa diversité
Et M. Lafon d'ajouter : « J'ai une vision du Liban qui n'a pas changé depuis 20 ans. C'est un pays qui a un potentiel fantastique mais il n'y a pas beaucoup de pays qui s'y intéressent parce que le contexte régional fait que les gens ne veulent pas prendre de risques. La France est attachée à l'unité du Liban et c'est justement parce qu'il y a cette diversité que le Liban est particulièrement adapté à l'ère numérique. Grâce à sa diaspora en Europe, en Amérique et en Afrique, le Liban est un tremplin, souligne l'ancien ambassadeur. Je suis optimiste pour le Liban, je crois à la vitalité du Liban que j'ai vue de mes propres yeux », ajoute-t-il, plein de foi en la capacité des Libanais à avancer. Cet enthousiasme est relevé par François Abi Saab, ancien attaché de presse de l'ambassade de France, que nous avons rencontré en présence de l'ancien ambassadeur : « M. Lafon est plein d'espoir et de confiance en ce qui concerne le Liban. Il a une attitude que les Libanais eux-mêmes devraient adopter. »
Et Jean-Pierre Lafon de poursuivre : « Bien sûr qu'il y a des différences, mais c'est cette diversité qui fait la force du Liban, ce contact des communautés qui pensent différemment. C'est pour cela que ce pays est adapté à un monde de plus en plus mondialisé. Le Liban pourra profiter de sa francophonie, mais il doit également miser sur la langue arabe pour rayonner dans la région. »


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