Les randonneurs lors d’une de leurs rencontres avec les villageois. Photo Michael Chami
Un an après le terrible tremblement de terre qui a ravagé le Népal, l'un des pays les plus pauvres au monde, la population se remet difficilement du traumatisme. Survenus le 25 avril 2015, deux séismes de magnitude supérieure à 6, un troisième le lendemain, ainsi que deux autres répliques le 12 mai, soit plus de deux semaines plus tard, feront plus de 8 000 morts et près de quatre fois plus de blessés, rien que dans le pays. Près de 8 millions de personnes ont été affectées par les conséquences de la catastrophe. Les habitants de la capitale Katmandou seront parmi les plus touchés, mais également ceux de nombreux villages situés en altitude, qui jusqu'à aujourd'hui n'ont que très légèrement, voire pas du tout, bénéficié d'aides à la reconstruction. Pourtant, l'aide humanitaire et les dons de différents pays, d'entreprises ou de personnes privées ont très largement afflué après que le pays se fut retrouvé totalement paralysé et endeuillé.
« Les rues de Katmandou sont dévastées. Les décombres des maisons qui se sont écroulées sont restés tels quels, et certains temples tiennent debout grâce à de simples rondins de bois », raconte Michael Chami. Ce jeune Libanais expatrié à Bahreïn s'est rendu sur place le mois dernier avec 7 collègues d'une société européenne de trading pétrolier, pour laquelle ils travaillent tous aux quatre coins du globe. À travers la fondation caritative de l'entreprise, le groupe a levé les fonds nécessaires à la reconstruction des infrastructures de base des villages, comme les écoles ou les systèmes sanitaires. Après avoir largement dépassé la somme espérée permettant de financer leur trek et de redistribuer une grande part de l'argent aux Népalais, par le biais de la fondation dZi, leur mission pouvait donc démarrer.
Cette ONG, fondée en 1998 par deux montagnards chevronnés, les Américains Jim Nowak et Kim Reynolds, travaille main dans la main avec les communautés népalaises au nord-est du pays afin d'améliorer leur quotidien. Le terme « dZi » provient du nom d'une pierre percée, aux pouvoirs protecteurs, composée d'une agate gravée de motifs géométriques, propre aux habitants de l'Himalaya. Si en un an la fondation a permis d'entreprendre de nombreux projets de réhabilitation et d'aide aux civils, la route à parcourir est encore longue. En organisant cette randonnée le mois dernier, l'association a tenu à réunir les différents acteurs du processus d'aide, à savoir les donateurs de la compagnie européenne (à travers leurs employés dépêchés sur place) et les habitants, afin de vérifier où les fonds devront être répartis.
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Aventuriers
Après le Kenya en 2009, et les favelas brésiliennes en 2014, c'est naturellement pour le Népal, si fortement éprouvé, que Michael Chami a décidé de se mobiliser, par le biais de la fondation de son entreprise. Arrivé à Katmandou le 7 avril dernier, il découvre effaré une ville extrêmement polluée, où tous les stigmates de la catastrophe sont encore présents. « Il n'y avait pas d'ouvriers reconstruisant des bâtisses par exemple, et les seuls aménagements qui ont été faits sont extrêmement sommaires. Certains corps n'ont même pas été retrouvés. Le gouvernement est à l'arrêt car il espère encore recevoir des aides financières, mais en attendant, rien n'est fait de manière concrète », déplore-t-il. Le prix de l'immobilier y avoisine celui de New York, fait aberrant au vu du PIB du pays, qui ne dépasse pas les 1 200 dollars par habitant.
Le lendemain de leur arrivée, un séisme se produit, comme un clin d'œil funeste du destin. Plus de peur que de mal cette fois, mais la menace est bien réelle. Le troisième jour sonne le démarrage du trek, avec comme point de départ Gudel, un village situé dans le district de Solukhumbu (nord-est), dans lequel se trouve un comité de développement. « C'est un village qui n'utilise pas de plastique. On devrait en prendre de la graine, nous autres Libanais! » plaisante Michael. Là se produit une véritable scène de liesse de la part des habitants du village à la vue de ce groupe d'étrangers accompagnés de leurs guides, dont Ben Ayers (seul expatrié de l'ONG), et d'une équipe de sherpas. « Ils nous ont offert des écharpes considérées comme sacrées et des couronnes de fleurs, si bien que certains d'entre nous se sont retrouvés recouverts jusqu'aux yeux. C'était vraiment émouvant, et c'est là que nous avons compris combien les Népalais sont bons et généreux, malgré le fait qu'ils ne possèdent pas grand-chose », se souvient Michael. C'est l'un des villages que dZi a aidés avant et après le séisme. Des installations sanitaires ont notamment été réalisées, véritable révolution dans ce genre de contrées habituées à une vie rude. Les déjections finissaient dans une fosse dans laquelle se nourrissaient les cochons, ensuite consommés par les villageois.
Des flancs de montagne rasés
L'agriculture, secteur principal de l'économie népalaise, a elle aussi été gravement touchée par le séisme. Avec le tremblement de terre, ce sont des pans entiers de montagne qui se sont écroulés. Les plus touchés ont été les flancs de montagne aménagés en terrasses pour la culture des fruits et légumes, car il n'y avait pratiquement aucun arbre, donc pas de racines qui auraient pu préserver les autres versants.
Mais au-delà du bilan matériel, ce sont les habitants que le groupe de randonneurs tient à rencontrer et à écouter. En rencontrant le chef de chaque village, l'équipe cerne au mieux leurs besoins urgents, comme reconstruire les maisons ou l'école. Les travaux entrepris permettront de les faire travailler et de les former. Les histoires, plus tragiques les unes que les autres, sont racontées par les villageois qui ont de près ou de loin tous été touchés par la catastrophe. Si l'émotion est palpable du côté des Occidentaux, les Népalais, eux, ne laissent rien paraître. Leur force mentale, leur abnégation et leur foi leur permettent d'avancer sans fléchir, selon Michael. « De village en village, c'est ce qui nous a le plus sauté aux yeux. Ils n'ont rien et ils vous donnent tout. Ils partagent avec nous leur repas, alors que certains jours ils n'ont pas de quoi manger », poursuit-il. Des danses et des discours sont au rendez-vous afin d'accueillir en grande pompe ces étrangers venus les aider. L'un des villages est d'ailleurs si excentré qu'il n'avait pas vu de « blancs », comme les Népalais les surnomment, depuis 4 ans.
De nouveaux sentiers sont empruntés pour rejoindre les campements, car les séismes ont redessiné le paysage, ce qui contraint les habitants à marcher parfois durant 4 jours pour atteindre un centre de soins par exemple. À plus de 30 degrés Celsius parfois, 15 kilos sur le dos, et entre 10 à 12 heures de marche par jour, l'équipe a repoussé ses limites jusqu'à l'ultime étape, le mont Kala Patthar, culminant à 5 545 mètres, et offrant un point de vue sur le versant sud de l'Everest.
Sur le mont Everest
Mais avant cela, le groupe va atterrir en hélicoptère sur l'aéroport connu comme étant le plus dangereux au monde, celui de Lukla, qui dessert principalement le camp de base du mont Everest.
Une fois arrivés au sommet, la pression redescend. Certains s'effondrent en larmes, d'autres restent aphones pendant de longues minutes. La majesté des lieux, mais surtout les souvenirs impérissables de l'aventure à but humanitaire du trek pour la bonne cause résonnent dans leurs têtes. « On se dit qu'on n'a pas fait ça pour rien. Personnellement, je reviendrai au Népal. Les gens ont tellement besoin d'aide », confie Michael. « Certains m'ont demandé pourquoi je m'étais rendu au Népal, alors que le drame des Syriens nous concerne davantage. Je comprends leur questionnement, mais certaines de ces personnes ne bougent pas un petit doigt pour les réfugiés », explique le jeune homme, assurant par ailleurs que la compagnie dans laquelle il est employé aide considérablement quatre ONG déployées au Liban et s'occupant des réfugiés syriens.
En attendant, le Népal se remet doucement du traumatisme. Et si l'on regarde de manière positive, on constate que le pays a bénéficié d'une « chance relative », selon Michael. « Le premier séisme s'est produit un samedi, et tout le monde était dehors. Et surtout, les enfants ne se trouvaient pas à l'école », raconte-t-il. Selon le directeur de l'ONG dZi au Népal, Ben Ayers, si la catastrophe s'était produite un jour de semaine, plus de 900 000 enfants auraient été en classe, et au moins un 10e d'entre eux auraient péri sous les éboulements.
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