« Mains propres sur Rio » : à trois mois des JO d'été, le patron du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, veut éliminer les tricheurs, échaudé par les allégations visant les Jeux d'hiver 2014 de Sotchi qui montreraient un dopage et « un degré de criminalité sans précédent ».
Thomas Bach n'a plus le choix, la crédibilité de l'institution qu'il dirige et celle des JO sont en jeu. Pour son opération, M. Bach peut s'appuyer sur l'arme nucléaire des réanalyses. Mardi, le CIO a annoncé 31 cas de dopage, issus de nouvelles analyses d'échantillons datant des JO 2008 de Pékin. Dans une tribune au quotidien français Le Monde, hier, M. Bach enfonce le clou : « Des dizaines d'athlètes dopés (seront) vraisemblablement empêchés de participer aux JO de Rio de Janeiro », du 5 au 21 août.
Les résultats de réanalyses de 250 échantillons de Londres 2012 devraient également produire leur lot de cas positifs. « Les résultats provisoires devraient être connus d'ici à une semaine », a précisé hier Richard Budgett, directeur médical du CIO. Pour le moment, aucun nom n'a filtré. Seuls les sportifs incriminés ou les fédérations responsables peuvent rendre publiques les identités des coupables. « Certains d'entre eux ont participé à la fois aux Jeux de Pékin et de Londres, et pourraient se qualifier pour Rio », a cependant précisé M. Bach.
Fin de la présomption d'innocence ?
Le président du CIO a détaillé la procédure qui a conduit à ces nouveaux tests : « Nous avons commencé en août 2015 avec la sélection des athlètes et des sports qui devaient être ciblés. Et les tests ont commencé en mars. » Quant aux échantillons B de Pékin 2008, ils seront analysés « début juin », si besoin, a-t-il ajouté. Dans les semaines qui viennent, à l'approche du grand rendez-vous brésilien, les forfaits purement diplomatiques devraient donc se multiplier, officiellement pour blessure, méforme ou insuffisance de résultats.
Le message du patron du CIO est très clair : l'instance veut mener à terme « sa politique de tolérance zéro ». Le trop-plein a été atteint avec les allégations concernant les Jeux d'hiver de Sotchi en 2014. Pour résumer, la Russie aurait tout simplement torpillé l'événement et dupé l'Agence mondiale antidopage (AMA) et le CIO, à coup de faux échantillons, de trafics des services secrets et de mensonges, selon les aveux de l'ancien patron du laboratoire antidopage de Moscou lui-même. Le CIO a donc expressément demandé à l'AMA d'enquêter sur ce point.
C'est une véritable révolution que propose le président du CIO en matière de lutte contre le dopage. En envisageant la possibilité de sanctions collectives, à l'égard de fédérations entières, M. Bach glisse au passage l'éventualité de la fin de la « présomption d'innocence » pour les athlètes. « Il faudrait considérer si dans le cas de telles fédérations contaminées (...) la charge de la preuve ne pourrait peut-être pas être renversée », demande ainsi M. Bach dans sa tribune, en envisageant qu'il soit demandé aux athlètes eux-mêmes « de démontrer » qu'ils sont honnêtes.
Cela n'a pas manqué de faire réagir les Russes. « La responsabilité doit être personnalisée. Les sportifs propres, qui ont passé plusieurs années de leur vie à s'entraîner et à respecter toutes les règles et les règlements, ne doivent pas être privés de compétition », a rétorqué le ministère russe des Sports. La diplomatie sportive va devoir se montrer solide pour éviter que Rio ne rime avec fiasco. Déjà, l'ancienne championne olympique russe de saut en longueur Tatiana Lebedeva, devenue sénatrice, accuse : « J'aimerais dire que ça n'a rien à voir avec la politique, mais ce n'est pas le cas (...). C'est l'action du lobby anglo-saxon, ils voient que les sanctions (économiques) ne donnent pas les résultats espérés et ils commencent à nous attaquer là où nous sommes forts », a-t-elle déclaré à l'agence de presse russe RIA-Novosti.
(Source : AFP)

