Le sélectionneur Vicente Del Bosque a ouvert divers chantiers pour rebâtir la Roja. Nikolay Doychinov/AFP
Ils n'avaient jusque-là jamais réussi à se qualifier à un Euro de football : quelles sont les chances de faire encore mieux pour les cinq bizuths de l'Euro 2016, l'Albanie, l'Islande, la Slovaquie, l'Irlande du Nord et le pays de Galles ?
Cana, guide de l'Albanie
Il connaît bien les stades français, et surtout celui où l'Albanie défiera la France le 15 mai, le Vélodrome de Marseille. Lorik Cana (32 ans) a passé quatre saisons à Marseille, où il a conservé une belle cote de popularité. Meneur d'hommes, défenseur rugueux qui ne répugne jamais au combat, il est l'un des hommes forts d'une solide sélection albanaise qui avait battu la France 1-0 en juin 2015.
Le pays-hôte de la compétition sera le favori de son groupe A, mais le sélectionneur albanais Gianni De Biasi estime qu'il s'agira d'un « groupe équilibré », également composé de la Suisse et de la Roumanie, dans lequel il « espère entre la première et la deuxième place ».
L'Islande sur la lancée des qualifications
Qui aurait cru à la présence de l'Islande à l'Euro ? Un faible réservoir de population, un tropisme national plutôt tourné vers le handball... Et pourtant, le petit pays nordiste s'est sorti d'un groupe de qualifications qui comptait quelques cadors, la Turquie, la République tchèque et les Pays-Bas. Ces derniers, seule nation majeure absente de cet Euro 2016, ont d'ailleurs fait les frais de la réussite islandaise.
Ce n'est donc pas – seulement – l'élargissement du nombre de participants à l'Euro qui peut expliquer la présence de l'Islande dans un groupe F équilibré et indécis, qui compte le Portugal, l'Autriche et la Hongrie. L'Islande « peut battre n'importe qui », a prévenu l'attaquant Kolbeinn Sigthorsson. Turquie et Pays-Bas peuvent en témoigner.
La Slovaquie et l'expérience du Mondial 2010
C'est sa première fois à l'Euro, mais elle a déjà disputé une Coupe du monde : la sélection slovaque, qui défie dans le groupe B un autre bizuth, le pays de Galles, ainsi que la Russie et l'Angleterre, peut s'appuyer sur l'expérience de ses éléments les plus âgés, qui avaient atteint le cap des huitièmes de finale en Afrique du Sud.
Robert Vittek, plus de première jeunesse (34 ans) et peu utilisé lors de la campagne de qualification (1 match), aura sans doute quelques conseils pour la jeune garde slovaque emmenée par le Napolitain Marek Hamsik, lui qui a inscrit 4 buts lors des 4 matches de Coupe du monde jamais disputés par la Slovaquie.
Pour le pays de Galles, un effet Gareth Bale ?
En fait-on trop avec Gareth Bale ? Star incontestable du pays de Galles, le Madrilène a largement tenu son rang lors de la phase de qualifications : 10 matches joués, 7 buts inscrits. Son apport sera donc sans doute précieux dans ce groupe B plutôt accessible, où s'affronteront l'Angleterre, la Russie et la Slovaquie.
D'autant que le Gallois n'est pas le seul de l'effectif à évoluer dans un grand club : le milieu de terrain Aaron Ramsey est un élément important d'Arsène Wenger à Arsenal, Joe Allen est régulièrement titularisé par Jurgen Klopp à Liverpool et Andy King a été sacré rien moins que champion d'Angleterre avec l'improbable Leicester.
L'Irlande du Nord pas facile à manœuvrer
C'est vrai, le groupe de qualifications de l'Irlande du Nord était franchement homogène. C'est sûr, la sélection d'Ulster est promise à une élimination express dans le groupe C de l'Allemagne championne du monde, de la Pologne de Robert Lewandowski et de l'Ukraine d'Andriy Yarmolenko.
Mais la sélection de Michael O'Neill a terminé en tête de son groupe de qualifications en y inscrivant 16 buts, et, contre toute attente, le sélectionneur croit en « la possibilité de se qualifier ». « Nous sommes une petite nation, et, en tant que petite nation, tout ce à quoi nous aspirons est de passer au tour suivant », avait-il déclaré après le tirage au sort des groupes. Ce serait déjà une sacrée sensation.
Corentin DAUTREPPE/AFP
Espagne
Les 12 travaux de Vicente Del Bosque
Après l'écroulement de l'Espagne au Mondial 2014, le sélectionneur Vicente Del Bosque a ouvert divers chantiers pour rebâtir la Roja.
1. Évacuer le Brésil
Selon Del Bosque, le relèvement de l'équipe double championne d'Europe en titre a débuté dès le Mondial brésilien, lors d'un troisième match de poules contre l'Australie gagné pour l'honneur par des remplaçants irréprochables (3-0). « Cela a été fantastique et par moments émouvant, parce que c'était un moment difficile pour tous, explique-t-il. Cela doit nous servir de stimulant, pour que (cet échec) ne se reproduise pas. »
2. Rajeunir l'Espagne
Confirmé dans ses fonctions à l'été 2014, Del Bosque (65 ans) a renouvelé l'équipe avec des valeurs montantes titrées dans les catégories de jeunes (Koke, Thiago Alcantara, Isco...). Le sélectionneur indique néanmoins qu'il maintiendra l'ossature d'hier. « Nous pensons que les sélections doivent fonctionner comme des équipes, avec une base de matches passés », fait-il valoir.
3. Convoquer les hommes en forme
Del Bosque a annoncé hier sa liste des 23 pour l'Euro. L'expérimenté attaquant Aritz Aduriz (35 ans) est de la partie, comme de bien entendu. « Tous ceux qui jouent bien ont été choisis, personne n'a été marginalisé », assure Del Bosque.
4. Trouver un avant-centre
À ce poste, l'Espagne n'a plus de titulaire indiscutable depuis 2012 et a parfois joué avec un « faux n° 9 ». Del Bosque exclut d'y recourir encore à l'avenir et cite ses multiples solutions en pointe : Diego Costa, Alvaro Morata, Paco Alcacer, Aduriz... Reste à trancher entre eux.
5. Gérer le cas Costa
L'indiscipline chronique de Diego Costa et son adaptation mitigée au jeu de passes espagnol pourraient poser problème, mais Vicente Del Bosque défend l'Hispano-Brésilien. « Diego n'a commis aucun délit. Avec nous, il a toujours été d'une extrême correction, note-t-il. Je ne crois pas qu'à cause de son comportement, nous puissions semer ce doute sur Diego. »
6. Choisir son gardien
Entre l'expérience du capitaine Iker Casillas (35 ans le 20 mai, 166 sélections) et les performances de David de Gea (25 ans, 8 sélections), Del Bosque dit n'avoir pas encore tranché pour l'Euro. « Nous avons encore du temps devant nous », assure le sélectionneur.
7. Réinventer son milieu
Après les retraites internationales de Xavi Hernandez et Xabi Alonso, l'entrejeu espagnol devrait s'articuler autour des Barcelonais Sergio Busquets et Andres Iniesta. Mais la Roja doit aussi prévoir « différentes organisations » en cas de problème, relève Del Bosque, évoquant par exemple un possible double pivot.
8. Pallier la pénurie en défense
Derrière les inamovibles Sergio Ramos et Gerard Piqué, l'Espagne manque de défenseurs centraux. Mais Del Bosque refuse de parler de « carence ». Et il cite notamment Nacho (Real Madrid) ou Marc Bartra (FC Barcelone), peu titulaires en club, mais qui gardent sa « confiance ».
9. Éviter l'essoufflement
En 2014, une finale 100 % espagnole en Ligue des champions (Real-Atletico) avait usé les forces vives de la Roja. La même affiche étant programmée le 28 mai, gare au même scénario ! « Nous sommes toujours un peu préoccupés. Les saisons sont très intenses dans les clubs et les joueurs arrivent très fatigués en fin de saison », reconnaît Del Bosque.
10. Sortir d'un groupe compliqué
Le groupe D, avec République tchèque, Turquie et Croatie, s'annonce très homogène pour l'Espagne, et Del Bosque pointe notamment la menace croate. « Le pire que nous puissions faire, c'est de sous-estimer n'importe quel adversaire », prévient-il.
11. Réussir le triplé
Sur un éventuel troisième titre européen consécutif, le sélectionneur joue la modestie. « Nous avons le rêve de faire un bon Euro, mais nous ne sommes pas prétentieux au point de penser "nous allons gagner" », souligne-t-il, parlant d'un statut à démontrer « sur le terrain ».
12. Trancher son avenir
En poste depuis 2008, Vicente Del Bosque a laissé entendre que l'Euro pourrait être sa dernière compétition, sans trancher la question. « L'important c'est l'Euro, pas la situation personnelle de chacun, coupe-t-il. Il n'y aura aucun vide, aucun problème, beaucoup d'entraîneurs sont prêts pour occuper cette place. C'est le cadet de nos soucis. »
Jean DECOTTE/AFP
Belgique
Marc Wilmots doit maintenant concrétiser
Il est l'homme qui a rendu sa fierté au football belge, replaçant les Diables rouges parmi les nations qui comptent : Marc Wilmots est pourtant sous pression, les supporteurs belges se montrant de plus en plus exigeants au moment d'aborder l'Euro.
Ces derniers mois, la Belgique a occupé durant quelques mois la place de n° 1 au classement Fifa (entre novembre 2015 et avril 2016). « Willie » est le premier à en convenir : cette place de n° 1 mondial « ne signifie pas grand-chose ». Mais, s'il ne veut pas dire que la Belgique fut un temps la meilleure équipe du monde, ce classement a le mérite de souligner la progression effectuée depuis mai 2012, quand Wilmots avait repris les rênes d'une formation moribonde, alors classée au-delà de la 50e place.
Avant lui, ni le Néerlandais Dick Advocaat ni Georges Leekens n'avaient réussi à transformer la somme des individualités d'une génération dorée en équipe qui gagne. Wilmots y est parvenu. Grâce à ses qualités de meneur d'hommes, il a créé un vrai groupe de copains. Son caractère de gagneur, son amour pour la discipline ont fini par façonner l'équipe à son image, efficace mais peu glamour, quitte donc à préférer le résultat à la manière. La Belgique, qui n'avait plus participé à un grand tournoi depuis le Mondial 2002, a joué les quarts de finale au Mondial brésilien en 2014. Objectif atteint ? Pas pour tous les observateurs au plat pays. Car la qualité de jeu proposée les a laissés sur leur faim. Ce fut encore le cas lors des qualifications pour l'Euro alors que Wilmots dispose de joueurs (Hazard, De Bruyne, Dembele, Lukaku, Carrasco, Witsel...) capables de donner du peps à un match.
Lacunes tactiques ?
Mais Wilmots n'a jamais été un esthète. Ni comme joueur ni comme coach. Joueur, il était surnommé le « Taureau de Dongelberg », en référence à son village de naissance et à son gabarit, ainsi que son allure sur un terrain. Tout en puissance. Sans fioritures. Coach, l'ancien joueur du Standard de Liège et de Schalke 04 a conservé la même philosophie : l'efficacité d'abord.
Wilmots a été très marqué par l'élimination de la Belgique par le Brésil en 8es de finale du Mondial 2002. Ce jour-là, les Diables avaient dominé les Auriverde (Wilmots marquant un but annulé pour une faute qu'il juge encore aujourd'hui imaginaire) avant de s'incliner... Quatorze ans plus tard, le Belge dit avoir retenu la leçon : « Jouer le plus beau foot ? Mais ça veut dire quoi ? Ce qui compte, c'est de gagner, de passer », répétait-il récemment.
Mais ce discours ne convainc guère en Belgique où, vu la somme de talents composant l'équipe, médias et supporteurs en veulent désormais plus. Et, de plus en plus régulièrement, les médias pointent de présumées lacunes tactiques. Qu'importe. Wilmots a la peau dure et les critiques des journaux ne semblent pas l'atteindre. Il répond souvent par l'humour ou le pragmatisme et ses conférences de presse peuvent parfois être savoureuses. Il aurait même un côté Raymond Goethals dans son sens de la répartie. En 2014, critiqué pour avoir empêché les femmes des joueurs de leur rendre visite au Brésil, il avait répondu à un journaliste : « Quand tu vas au boulot, tu prends ta femme avec toi ? » Du Wilmots pur jus.
Mais derrière l'humour se cache une réalité : en France, où il sera privé de son capitaine Vincent Kompany obligé de déclarer forfait sur blessure, Wilmots a pour mission d'emmener ses Diables en demi-finales... au minimum. Tout autre résultat sera considéré comme un échec. Et le sélectionneur, même protégé par un contrat courant jusqu'en 2018, pourrait ne pas y survivre.
Benoît NOËL/AFP
À Paris, une fan zone géante ultrasécurisée
Un espace ultrasécurisé, grand comme 30 terrains de foot, pourra accueillir jusqu'à 92 000 supporteurs près de la tour Eiffel pendant l'Euro, a annoncé la maire de Paris, Anne Hidalgo. « Les plus hautes normes de sécurité à ce jour » seront retenues pour surveiller et protéger les 130 000 m2 du site, a assuré l'élue, en dévoilant les détails de la plus grande fan zone de la compétition. Les entrées et sorties s'effectueront par des sas sécurisés. Sont prévus des palpations, filtrations, contrôles magnétiques, des équipes cynophiles, et 400 agents de sécurité privée mobilisés en plus des forces de police et de gendarmerie déployés aux alentours. Le site sera protégé par 40 caméras de surveillance. Sur un espace central de 20 000 m2, les retransmissions de matchs seront assurées par huit écrans géants plus un écran de dimension inédite de 420 m2, placé dans l'axe de la tour Eiffel.
Pour l'Allemagne, un statut de championne du monde à confirmer
Championne du monde en titre, l'Allemagne sera très attendue lors de l'Euro, mais n'aborde pourtant pas la compétition avec autant de certitudes qu'on pourrait l'imaginer.
Il y a deux ans, plus encore que la finale, remportée 1-0 contre l'Argentine après prolongation, c'est surtout le terrible 7-1 infligé aux organisateurs brésiliens en demi-finale qui avait marqué les esprits. Placée à l'Euro 2008 (finaliste), au Mondial 2010 (3e) puis à l'Euro 2012 (demi-finaliste), l'Allemagne de Joachim Löw avait enfin confirmé les espoirs placés en elle. Autant dire qu'elle se rendra en France cet été avec une seule idée en tête, reconquérir le trophée qu'elle a soulevé pour la dernière fois en 1996, au terme de l'édition anglaise. Mais le bilan de 9 victoires pour 6 défaites, et 2 nuls, sur les deux dernières années n'est guère reluisant et très inférieur à la moyenne depuis que Löw a pris les rênes de l'équipe il y a dix ans. Le tirage au sort du premier tour s'est révélé plutôt favorable, puisqu'elle affrontera l'Ukraine le 12 juin à Lille, puis la Pologne à Saint-Denis le 16 et l'Irlande du Nord le 21 au Parc des Princes.
Et si le sacre mondial a sonné l'heure de la retraite pour des joueurs cadres comme le capitaine Philipp Lahm, le stoppeur Per Mertesacker ou le buteur Miroslav Klose, l'ossature de la Mannschaft ne devrait pas beaucoup varier. Sur les 27 joueurs de la liste élargie dévoilée mardi par Löw, 14 faisaient partie de l'aventure brésilienne, 13 étaient déjà de l'Euro 2012 en Pologne et un Ukraine. Le sélectionneur allemand a ainsi choisi de faire confiance à ses « blessés », Bastian Schweinsteiger et Sami Khedira, ainsi qu'à Julian Draxler, qui a repris la compétition il y a peu. La compétition aura aussi un doux goût de revanche pour Mario Gomez, redevenu à 30 ans incontournable, dans le sillage d'une saison prolifique en Turquie après avoir dû suivre, à la surprise générale, le Mondial brésilien à la télé.
Löw estime que ce groupe offre « une grande qualité footballistique, mais aussi beaucoup de flexibilité et de variété », des atouts nécessaires pour « un Euro couronné de succès ». L'équipe d'Allemagne part le 24 mai pour un stage dans les Alpes à Ascona (Suisse), où se fera le dernier écrémage pour établir la liste définitive des 23 avant le 31 mai.
Avant de rejoindre son camp de base pour la compétition, à Évian, elle disposera de deux matches amicaux, face à la Slovaquie le 29 mai et la Hongrie le 4 juin, pour se remettre en « mode compétition » et dissiper les doutes qu'ont fait naître des matches pas toujours très maîtrisés depuis le Mondial, à l'image de sa défaite rocambolesque, mais méritée, 2-3, à Berlin contre l'Angleterre, après avoir mené 2-0.
Frédéric HAPPE/AFP
Cana, guide de l'AlbanieIl connaît bien les stades français, et surtout celui où l'Albanie défiera la France le 15 mai, le Vélodrome de Marseille. Lorik Cana (32 ans) a passé quatre saisons à Marseille, où il a conservé une belle cote de popularité. Meneur d'hommes, défenseur rugueux qui ne répugne jamais au combat, il est l'un des hommes forts d'une solide sélection albanaise qui avait battu la France 1-0 en juin 2015.Le pays-hôte de la compétition sera le favori de son groupe A, mais le sélectionneur albanais Gianni De Biasi estime qu'il s'agira d'un « groupe équilibré »,...


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