Le président vénézuélien Nicolas Maduro a décrété hier l’état d’exception. Photo AFP
Les Vénézuéliens se préparaient hier à l'application de « l'état d'exception » décrété par le président Nicolas Maduro.
Dénonçant des « menaces extérieures », le socialiste Maduro a décrété « l'état d'exception », accusé les États-Unis de vouloir « en finir avec les courants progressistes en Amérique latine », annoncé la saisie d'usines et ordonné « des exercices militaires nationaux des forces armées, du peuple et de la milice » pour se « préparer à n'importe quel scénario ».
Le contenu du décret d'exception devait être publié hier dans la soirée, mais, selon certains experts, les libertés individuelles pourraient être affectées : droit de manifestation limité et détentions préventives autorisées sans décision d'un juge.
« Il semble que la décision officielle est de laisser mourir l'industrie nationale et d'appauvrir les Vénézuéliens », a déclaré à l'AFP Juan Pablo Olalquiaga, le président de la Confédération vénézuélienne des industries (Conindustria), à propos de saisies d'usines annoncées par le président Maduro. Dans le même temps, l'opposition appelait à descendre dans la rue pour réclamer un référendum pour le destituer dans un scénario rappelant en partie celui du Brésil. Coupures d'électricité quotidiennes, services publics ouverts uniquement deux jours par semaine, pillages de commerces, protestations et lynchages : le pays pétrolier sombre chaque jour un peu plus dans la crise politique, économique et sociale depuis la victoire d'une coalition d'opposition aux élections législatives, fin 2015. Le bras de fer entre chavistes (du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) et antichavistes s'est intensifié depuis que l'opposition a rassemblé début mai 1,8 million de signatures pour lancer le processus du référendum pour révoquer le président, qu'elle espère organiser d'ici à fin 2016.
« Coup d'État parlementaire »
Le vice-président Aristobulo Isturiz a tenté ce week-end de doucher les espoirs de la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, en rejetant dimanche toute possibilité de référendum de destitution.
« (Nicolas) Maduro ne va pas quitter le pouvoir à la suite du référendum parce qu'il n'y aura pas de référendum (...). Ils (les responsables de l'opposition) savent qu'il ne va pas y avoir de référendum parce qu'ils s'y sont pris trop tard, trop mal et en commettant des fraudes », a-t-il déclaré lors d'un rassemblement de soutien à Dilma Rousseff, écartée de la présidence brésilienne.
Le gouvernement chaviste fait le parallèle entre le Venezuela et le Brésil, où la présidente de gauche a été écartée du pouvoir par le Parlement. Et accuse l'opposition de préparer un « coup d'État » institutionnel contre Nicolas Maduro. « Ils devront tous nous tuer avant de nous faire un coup d'État parlementaire », a ajouté M. Isturiz. Les autorités électorales doivent encore se prononcer officiellement sur la recevabilité du projet de référendum alors qu'un des chefs de l'opposition, Henrique Capriles, a appelé à de nouvelles manifestations dans tout le pays, mercredi, devant les instances électorales.
Mercredi dernier, lors de mobilisations avec le même mot d'ordre, les forces de l'ordre avaient bloqué des rues pour empêcher le passage des manifestants, à Caracas et dans d'autres régions. À l'image de l'opposition, les experts pointent le risque « d'explosion » du pays alors que sept Vénézuéliens sur dix réprouvent la gestion de leur président, selon un sondage de l'institut Venebarometro.
Des responsables des services de renseignements américains cités par le Washington Post estiment que le gouvernement vénézuélien pourrait être renversé par une insurrection populaire cette année. « Vous pouvez entendre la glace craquer », résument-ils.
(Source : AFP)

