Hier, à Atareb, dans la province d’Alep. Ammar Abdullah/Reuters
La Syrie a connu hier une nouvelle journée sanglante avec la mort d'au moins 25 personnes dans des bombardements intensifs dans la province d'Alep. Au moins deux civils ont été tués par des tirs de roquettes rebelles sur des zones contrôlées par le régime dans l'ouest de la ville d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
L'aviation du régime a de son côté tué 15 civils dans des quartiers rebelles de l'est de cette ville coupée en deux depuis 2012, selon les secouristes. Trois autres, deux femmes et un enfant, ont péri dans des bombardements du régime.
Les secouristes de la Défense civile ont annoncé la mort de cinq de leurs camarades dans un raid aérien contre leur siège à Atareb, localité située à 35 km à l'ouest d'Alep et contrôlée par des rebelles islamistes. Une ambulance et un camion de pompiers ont également été endommagés par la frappe. Le bâtiment où siégeait la Défense civile était lui entouré de gravats et de ferraille. Il n'était pas immédiatement clair si les frappes sur Atareb avaient été conduites par l'aviation syrienne ou son allié russe. Ces frappes interviennent au lendemain de bombardements rebelles contre des quartiers tenus par le régime dans l'ouest d'Alep, faisant un vingtaine de morts.Au total, depuis vendredi, 100 civils ont perdu la vie dans cette ville où les artilleurs des deux bords, ainsi que l'aviation du régime, tirent sur les habitants. De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est dit hier « profondément préoccupé » par les violences qui se poursuivent en Syrie, invitant les deux camps à respecter le cessez-le-feu et à participer aux discussions de paix à Genève.
Parallèlement, la Turquie est tombée d'accord avec les États-Unis pour déployer courant mai des batteries américaines de missiles antimissiles à sa frontière avec la Syrie, pour contrecarrer les attaques de plus en plus fréquentes du groupe État islamique (EI), a annoncé son ministre des Affaires étrangères, cité hier par la presse. « Nous avons trouvé un accord pour déployer du côté turc de la frontière des (missiles antimissiles) Himars (High Mobility Artillery Rocket System) », a dit Mevlüt Cavusoglu au journal Habertürk.
Une quarantaine de roquettes tirées depuis des zones en Syrie tenues par l'EI, selon le gouvernement turc, se sont abattues cette année sur la ville frontalière turque de Kilis, causant la mort d'au moins 17 civils, dix Turcs et sept Syriens, et faisant 61 blessés. Hier, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a déclaré que le Conseil des ministres avait décidé de renforcer considérablement la présence de l'armée turque dans cette zone et promis de répliquer à toute attaque.
Le Groupe de Moscou et du Caire
Sur le plan diplomatique, un groupe d'opposants syriens, tolérés par Damas, a réclamé hier à l'Onu que les différentes composantes de l'opposition soient réunies dans une délégation unique aux pourparlers de paix de Genève, et qu'elles discutent directement avec les représentants du gouvernement. Qadri Jamil, coprésident de la délégation du « Groupe de Moscou et du Caire », a estimé que « la situation actuelle avec plusieurs délégations n'est pas normale. L'opposition a besoin d'être regroupée en une seule délégation, même si elle n'est pas unanime sur une position unique », a dit cet ancien vice-Premier ministre syrien à l'issue d'un entretien avec l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura.
Ce groupe d'opposants, avec lesquels le gouvernement de Damas estime pouvoir discuter, est vivement contesté par l'opposition « officielle » réunie au sein du Haut-Comité des négociations (HCN) qui rassemble des représentants politiques et des groupes armés. Pour rappel, le HCN a quitté la semaine dernière la table des négociations de Genève pour protester contre la détérioration de la situation humanitaire et les violations du cessez-le-feu en Syrie. Contrairement au HCN, qui exige le départ du président syrien Bachar el-Assad avant toute solution politique au conflit, le Groupe de Moscou et du Caire prône « un dialogue sans condition préalable et la recherche du consensus ».
Depuis le début de l'année, l'Onu a déjà organisé 3 rounds de discussions indirectes, les différentes délégations étant reçues à tour de rôle par le médiateur chargé de la Syrie. Le régime est représenté par son ambassadeur à l'Onu, Bachar al-Jaafari, mais trois délégations se réclament de l'opposition : le HCN, soutenu par les États-Unis, les pays occidentaux et l'Arabie saoudite, le Groupe de Moscou et du Caire, dont des représentants sont soutenus par la Russie, et la Plateforme interne de l'opposition, présente en Syrie et tolérée par Damas.
Le 3e round de discussions, qui a débuté le 13 avril, doit s'achever aujourd'hui, et Staffan de Mistura a déjà annoncé qu'il y aurait un 4e round à une date non encore précisée, a-t-il ajouté.
Le représentant du régime syrien a pour sa part eu en début d'après-midi un dernier entretien avec le médiateur de l'Onu. « Je peux dire que ce round a été utile et constructif, a dit M. Jaafari à la presse. C'était notre dernier entretien avec M. de Mistura, car nous quittons Genève demain, comme cela était convenu avec les Nations unies. »
(Source : AFP)

