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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux »

Ce que nous avons vu la semaine dernière (L'OLJ du vendredi 15 avril), sous le titre «L'identification, l'Idéal du moi et le Moi Idéal», permet à Freud de comprendre comment se construit la structure de la personnalité. Mais comme nous allons le voir, cela ouvre la voie également à la compréhension des mécanismes collectifs : une foule, quel que soit le nombre de personnes qui la composent, une dizaine ou des millions, se soumet aveuglément à son chef, et les personnes qui la composent oublient leurs consciences de sujets et abdiquent sur leur liberté.
«Ceux qui affirment détenir la vérité détiennent en fait la maîtrise», «L'amour de la servitude s'est substitué au désir de la liberté», «C'est bien le peuple qui délaisse la liberté et non pas le tyran qui la lui prend», «Seule la servitude de l'homme permet au tyran de rester au pouvoir, l'obéissance du peuple est un préalable à la violence du tyran», «Les tyrans ne sont grands que parce nous sommes à genoux».
Ces déductions ne sont pas de Freud, elles sont d'Étienne de La Boétie (1530-1563). En 1547, à l'âge de 18 ans, il rédige Discours de la servitude volontaire qui sera publié en 1576, 20 ans après. Le texte pose la question de la légitimité de toute autorité et de tout pouvoir. Le titre pose un paradoxe fondamental: la servitude volontaire.
À partir de sa deuxième topique, l'analyse que fera Freud de la foule, de son leader et du transfert total du pouvoir des membres de la foule vers le tyran qui en est le chef permettra de comprendre la description, d'une précision chirurgicale qu'en avait faite La Boétie.
Dans un texte de 1921, «Psychologie collective et analyse du moi», Freud va commencer par décrire la foule et ses caractéristiques, puis analyser, sans s'y référer, le phénomène de la «servitude volontaire»
de la foule.
«La foule est impulsive, mobile, irritable. Les impulsions auxquelles elle obéit sont impérieuses... Elle ne supporte aucun délai entre le désir et sa réalisation, elle se sent toute-puissante et la notion d'impossible n'existe pas pour elle. La foule est influençable, crédule et dépourvue de tout sens critique, elle ne connaît ni doute ni incertitude.» Cette description que fait Freud, reprise à Gustave Le Bon (1841-1931), médecin et anthropologue, nous montre un grand degré d'animalité, où l'instinct grégaire prend le dessus. «Par le fait seul qu'il fait partie d'une foule, l'homme descend plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation.» À la question « pourquoi tant d'hommes et de femmes, intelligents, cultivés, diplômés, se laissent mener si aveuglément par un leader tyrannique», la réponse est leur appartenance à la foule.
«Isolé, l'homme intelligent, cultivé et diplômé, garde sa conscience morale presqu'intacte. Dans la foule, il devient instinctif, perd sa conscience morale et devient violent, féroce et barbare, comme un primitif.» Pour comprendre comment, Freud prend l'exemple de l'Église et de l'Armée et aboutit à la nécessité d'un leader, d'un chef qui dirige et contient la foule. Deux types d'identification agissent dans cette cohésion. Celle où chaque membre de la foule projette son Idéal du moi sur le chef. La projection de cette instance intrapsychique, régulatrice du comportement et proche de la conscience morale appauvrira chaque membre de la foule. N'ayant plus d'Idéal du moi, le chef sera l'Idéal du moi de chacun et agira en tant que tel. N'ayant plus de conscience morale individuelle, le chef remplira cette fonction. Appauvris, soumis, les membres de la foule vont s'identifier entre eux dans leur moi. Ils n'ont plus besoin de penser par eux-mêmes. «La critique à l'égard du chef se tait, la voix de la conscience se tait: tout ce que fait le chef est bon et irréprochable.»
Freud va comparer le rapport au tyran à l'aveuglément amoureux et à l'état hypnotique. Dans l'état amoureux, «on peut devenir criminel sans remords: l'objet d'amour a pris la place de l'Idéal du moi». Dans l'hypnose, «on fait preuve à l'égard de l'hypnotiseur de la même soumission, du même abandon et de la même absence de critique à son égard». Si nous prenons en compte le fait que l'une des principales fonctions de l'Idéal du moi est «l'épreuve de la réalité», soit qu'il permet de distinguer l'imaginaire de la réalité, dans les trois cas sa projection à l'extérieur appauvrit le sujet qui devient capable de n'importe quelle transgression. «Le rapport hypnotique ressemble à une formation collective à deux.» Dans la foule, dont les membres ont perdu leur Idéal du moi au profit du chef, l'identification de chacun à l'autre transforme la foule, quel que soit son nombre, en une seule personne. Influençable à souhait, «hypnotisée» par le chef, on peut comprendre comment le nazisme fut, de ce point de vue possible. Également comment les chefs de sectes ont-ils autant de pouvoir sur leurs adeptes. Enfin, comment tant de personnes respectables peuvent-elles suivre aveuglément tel ou tel autre tyran.

Chawki AZOURI

Ce que nous avons vu la semaine dernière (L'OLJ du vendredi 15 avril), sous le titre «L'identification, l'Idéal du moi et le Moi Idéal», permet à Freud de comprendre comment se construit la structure de la personnalité. Mais comme nous allons le voir, cela ouvre la voie également à la compréhension des mécanismes collectifs : une foule, quel que soit le nombre de personnes qui la composent, une dizaine ou des millions, se soumet aveuglément à son chef, et les personnes qui la composent oublient leurs consciences de sujets et abdiquent sur leur liberté.«Ceux qui affirment détenir la vérité détiennent en fait la maîtrise», «L'amour de la servitude s'est substitué au désir de la liberté», «C'est bien le peuple qui délaisse la liberté et non pas le tyran qui la lui prend», «Seule la servitude de l'homme permet...
commentaires (1)

OU PARCEQUE NOUS SOMMES TROP PETITS... L,ADAGE DIT : KALBANE BYI2TILOU ASSAD !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

07 h 31, le 22 avril 2016

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Commentaires (1)

  • OU PARCEQUE NOUS SOMMES TROP PETITS... L,ADAGE DIT : KALBANE BYI2TILOU ASSAD !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    07 h 31, le 22 avril 2016

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