Washington se focalise sur la préservation de la stabilité au Liban, où la sécurité est une ligne rouge, sans plus s'occuper du dossier de l'échéance présidentielle, au terme de près de deux ans de vide présidentiel. C'est du moins ce qu'affirment certaines sources, de retour des États-Unis, citant des responsables de l'administration US.
Selon ces responsables américains, la solution au problème de la présidentielle n'est pas encore prête, le climat ne se prêtant pas pour l'heure à un tel règlement. L'échéance n'est pas sujette à débat au sein des cercles de décision et tout le monde sait quelle est la partie qui bloque le processus. Téhéran refuse de desserrer son étau autour de l'élection et continue de poser ses conditions, selon ce que rapporte un responsable européen qui a récemment rencontré les dirigeants iraniens. C'est l'Iran, à travers son allié, le Hezbollah, qui bloque l'élection, quand bien même les deux principaux candidats déclarés à l'heure actuelle, les députés Michel Aoun et Sleiman Frangié, sont des piliers du 8 Mars.
De sources bien informées, Américains et Russes évitent pour l'instant de discuter de ce dossier avec Téhéran pour ne pas ouvrir la voie à un bazar ou une opération de chantage, qui pourrait avoir des répercussions négatives sur le règlement des crises régionales, à commencer par la guerre en Syrie. La facture que réclame l'Iran pour faciliter la tenue de l'élection présidentielle est en effet faramineuse, selon un responsable russe qui a requis l'anonymat, et dont les propos sont rapportés par une personnalité libanaise éminente. « En contrepartie du déblocage de l'échéance présidentielle, Téhéran réclame une reconnaissance de son rôle régional de la part de Washington et Moscou, et de son statut de partenaire dans la résolution des crises, ainsi que la consécration de son rôle en Syrie. C'est pourquoi les États-Unis et la Russie refusent de jouer aux médiateurs avec l'Iran concernant la crise libanaise, laissant à la France et à l'Union européenne le soin de mener des contacts pour tenter d'obtenir un règlement », précise ce responsable russe.
Selon un ancien ministre qui s'est rendu à Moscou et qui est concerné par le dossier régional et la question des chrétiens orientaux, « le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a adressé une lettre au patriarche Cyrille de Moscou, lui exposant la situation au Liban et les retombées du vide présidentiel sur le pays, les chrétiens libanais et arabes, et les minorités en général ». Selon cet ancien ministre, la lettre demande un parrainage russe à la solution de la crise libanaise, compte tenu du positionnement et du poids de Moscou dans la région et de ses relations avec Téhéran. La missive appelle également la Russie à sauver le Liban à travers l'élection d'un président de la République, la protection des chrétiens orientaux et la consolidation du rôle chrétien sur la scène nationale, compte tenu de son rôle prépondérant dans la renaissance culturelle et le développement du pays. Moscou doit user de toute son influence auprès de l'Iran pour le pousser à libérer l'élection présidentielle, ajoute le texte.
Le patriarche Cyrille a discuté du contenu de cette lettre avec le président russe, Vladimir Poutine, l'appelant à agir en direction de Téhéran pour sauver la présidentielle et les chrétiens d'Orient, ajoute l'ancien ministre. Or la question des chrétiens d'Orient et du Liban retient toute l'attention du président et des responsables russes, notamment au terme de concertations entre le Vatican, Moscou et Paris, visant à mettre un terme à la vacance présidentielle.
En dépit de sa résistance à soulever le dossier présidentiel avec l'Iran, Vladimir Poutine a dépêché à Téhéran, à la demande du patriarche de Moscou, son ministre adjoint des Affaires étrangères, Vladimir Bogdanov. Mais ce dernier serait retourné bredouille de sa médiation, les responsables iraniens se murant une fois de plus derrière leur rengaine habituelle : « La question est libanaise et c'est avec le Hezbollah qu'il faut en discuter... » Téhéran aurait également réclamé la levée des sanctions contre le parti chiite et son retrait de la liste des organisations terroristes... faute de quoi il ne serait pas possible de discuter de l'échéance présidentielle avec le Hezb.
Pour Moscou, l'attitude iranienne est un message clair selon lequel l'échéance présidentielle restera bloquée, la position jusqu'au-boutiste de Michel Aoun servant du meilleur paravent qui soit. Cependant, des milieux diplomatiques s'attendent à ce que la Russie prenne l'initiative d'un déblocage une fois les négociations syriennes entamées à Genève, en dépit de la rupture de la trêve sur le territoire syrien et des tentatives de chaque partie d'améliorer sa position sur le terrain en vue des pourparlers.
Actuellement en période électorale, Washington laisse Moscou agir dans la région, après l'accord Kerry-Lavrov. Or, au Kremlin, il est clair qu'il n'y a plus d'autre choix que celui de Genève et du dialogue entre le régime syrien et l'opposition. Concernant le Liban, la Russie mettra la pression pour l'élection d'un chef de l'État, mais c'est elle qui choisira le timing de son action et le mécanisme d'application, selon un ancien ministre, qui note dans ce cadre que les candidats du 8 Mars ne sont plus dans la course et que la voie est désormais libre pour les profils consensuels. Des personnalités libanaises auraient ainsi été invitées à cette fin à Moscou.
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20 h 05, le 21 avril 2016