Hier, des migrants dans le port de Mytilène, sur l’île de Lesbos. Louisa Gouliamaki/AFP
Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a assuré hier à son pays que les récentes arrivées de migrants ne constituaient pas « une invasion », tout en lançant un nouvel appel à se doter d'une stratégie européenne.
La « saison » des traversées à partir de la Libye, qui voyait ces dernières années les départs passer de quelques milliers par mois pendant l'hiver à entre 15 et 20 000 en avril, a en effet démarré fort.
Hier, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a relevé près de 6 000 arrivées en quatre jours en Italie, faisant valoir que, parallèlement, les arrivées en Grèce avaient quasiment cessé.
À Rome, beaucoup redoutent de voir une partie du flux bloqué en Grèce se dérouter vers l'Italie – ce qui n'est pas le cas actuellement – ou encore des factions libyennes faire partir davantage de migrants pour démontrer la faiblesse du nouveau gouvernement d'union.
Ces dernières semaines, des responsables européens ont parlé de centaines de milliers de candidats au départ en Libye.
« Il n'y a pas d'invasion en cours », a toutefois assuré M. Renzi en conférence de presse. « C'est un grand problème, mais nous avons les idées claires sur la manière d'y faire face. Je ne veux pas (le) minimiser » mais « les arrivées sont à peine plus nombreuses que l'année dernière » : « Je le dis aux Italiens : il faut garder raison et bon sens », a-t-il insisté.
Tandis que le premier anniversaire de deux naufrages ayant fait jusqu'à 1 200 morts ou disparus tombe cette semaine, une véritable armada patrouille au large des côtes libyennes pour tenter d'empêcher de nouveaux drames.
Manque de places
L'inquiétude porte désormais sur la capacité de l'Italie à trouver de nouvelles places dans les centres d'accueil : 29 000 demandeurs d'asile hébergés en mars 2014, 67 000 en mars 2015 et plus de 106 000 le mois dernier.
Les appels d'offres sont en cours pour des milliers de nouvelles places financées par l'État dans d'anciens hôtels, écoles, centres de loisirs, etc. réaménagés. Les candidatures sont nombreuses, mais les structures ne sont pas toujours à la hauteur, et surtout de nombreux élus locaux cherchent à mettre leur veto.
Selon La Repubblica, le gouvernement italien prépare une lettre à l'Union européenne pour proposer une accélération de la conclusion d'accords avec les pays d'origine et la mise en place de fonds pour inciter les pays de transit à bloquer les flux.
« Il faut une stratégie globale pour ces hommes et ces femmes qui fuient la violence et la terreur. Sur l'immigration, on passe toujours du silence de mort aux sirènes d'alarme. La réalité est qu'on a compris qu'il fallait (...) intervenir sur les pays d'origine », a insisté M. Renzi.
Zizanie
Parallèlement, après sa récente offensive pour fermer la route des Balkans aux migrants, l'Autriche pourrait encore semer la zizanie dans le débat européen sur l'accueil des réfugiés en verrouillant une autre frontière stratégique ainsi que son droit d'asile.
Il y a deux mois, Vienne s'attirait le courroux d'Athènes avec sa volonté d'isoler la Grèce, porte d'entrée du flux migratoire vers l'Europe. Cette semaine, le gouvernement autrichien a essuyé un feu de critiques venues d'Italie sur son projet de dispositif antimigrants, assorti d'une clôture au col de Brenner qui relie les deux pays dans la région du Tyrol.
Annoncé en janvier, cet aménagement policier, et sans doute militaire, a vaguement pris corps ces jours-ci avec la mise en chantier d'un « auvent ». Vienne, qui n'a pas arrêté de date pour la pose de la clôture proprement dite, souhaite un dispositif opérationnel d'ici à juin.
Mais ce sont aussi les déclarations des dirigeants autrichiens qui ont irrité leurs homologues transalpins. La ministre de l'Intérieur sortante Johanna Mikl-Leitner (conservatrice) a ainsi intimé à Rome de « s'assurer qu'il n'y aura pas de flux migratoire incontrôlé » si l'Italie veut que le col reste ouvert.
Une pression qui n'est pas sans rappeler les mises en garde répétées de la ministre, cet hiver, à la Grèce sur son supposé laxisme migratoire.
L'Autriche dit faire de la « prévention » contre une possible augmentation des arrivées via la Libye. Les autorités italiennes ont enregistré 25 816 personnes depuis le début de l'année, soit environ 7 000 de plus que l'année dernière à la même date.
C'est aussi par « prévention » que le gouvernement planche sur une loi qui réduira drastiquement les possibilités des migrants de demander l'asile en Autriche, après que ce pays a accueilli 90 000 réfugiés, soit plus de 1 % de sa population, en 2015. Les organisations d'aide dénoncent le risque d'une « abolition du droit d'asile » à l'avenir. Le projet de loi, passé jeudi en commission parlementaire, doit être adopté vers la fin du mois.
(Source : AFP)


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06 h 13, le 17 avril 2016