Hier...
Il en va de certains reboots comme de certains repas familiaux. On y va à reculons en étant persuadés de la catastrophe annoncée. Écrit en 1894, le recueil du Livre de la jungle, dont le scoutisme s'est inspiré (meute, louveteaux, etc.), a connu une première adaptation très libre par les Studios Disney en 1967. Et même si, pour les spécialistes, ce film marque le début du déclin des Studios, il reste pour des millions d'enfants un souvenir impérissable. S'y attaquer en 2016, même avec l'aide des dernières techniques d'effets spéciaux, avait tout d'une fausse bonne idée, car de nombreux challenges restaient à relever. Trouver un acteur pouvant jouer Mowgli, maîtriser les bonnes techniques pour intégrer l'anthropomorphisme à des animaux plus vrais que nature, écrire un scénario qui soit plus proche du livre tout en collant au dessin animé pour ne pas perdre les spectateurs, utiliser les séquences légendaires du film de 1967 tout en se les appropriant. Autant de challenges qui ont été relevés haut la caméra par Jon Favreau et son équipe. Habitué des grosses productions Marvel – Iron Man 1 et 2 –,
le cinéaste a dirigé des films plus intimistes comme Chef, sorti en 2014 par exemple. Favreau maîtrise son cahier des charges du début à la fin. Il filme les aventures de Mowgli de manière très convaincante, humaine et ne subit jamais les effets spéciaux, mais au contraire s'en sert pour enrichir le récit et crédibiliser son œuvre. Faire un film pour enfants oblige en effet le réalisateur à rester lisible, compréhensible et clair. Il ne se perd donc pas dans des surenchères visuelles. L'anthropomorphisme évoqué plus haut est une autre des réussites du film, Neel Sethi qui joue Mowgli ressemble à s'y méprendre au personnage de Disney, ce qui permet aux (vieux) spectateurs de l'identifier immédiatement et l'aimer. Quant aux voix des animaux, elles ont été très bien choisies, avec un sublime Bill Murray en Balloo, un effrayant Idriss Elba en Shere Khan et une mention spéciale à Christopher Walken en roi Louie, dont on doit apprécier la participation au générique de fin et une scène d'introduction/clin d'œil à Marlon Brando. Pour finir, les critiques de l'œuvre de 1967 avaient souligné le manque de « méchants » et son côté un peu fleur bleue. Ici, le méchant en chef, Shere Kahn, a tous les attributs du salaud hollywoodien et, contrairement au Disney, le roi des singes Louie est aussi clairement un vilain, Ka et la voix envoûtante de Scarlett Johannson complétant ce trio du mal. Film pour tous les âges, Jungle Book, ou Le Livre de la jungle convainc à tous les niveaux, là où Batman vs Superman décevait ses fans, ce qui fait de lui la bonne surprise des grosses productions américaines de ce début d'année.

